Spots par Greenroom 11.01.2016

Detroit : le retour du cool

Detroit : le retour du cool

C’est la nouvelle tendance du moment : de plus en plus, la presse américaine parle du renouveau de Detroit. La capitale du Michigan, en faillite il y a seulement un an, commence à attirer hipsters et artistes dans ses rues. Et laisse de nombreux espoirs pour l’avenir.

Le message est clair : « Detroit embauche ». Dans les rues de Brooklyn, les hipsters branchés du quartier n’ont qu’à lever la tête pour s’en rendre compte : des grandes affiches pour promouvoir Detroit placardent les murs de la Big Apple. Largement relayée dans la presse américaine, cette campagne de pub de mars 2015 n’est pas une initiative de la mairie, mais plutôt un coup de comm’ d’un restaurant asiatique branché de Detroit, Katoi.

A l’origine, le schéma exact de ce que l’on nomme le « renouveau de Detroit ». En visitant la ville pour la première fois en 2013, Philip Kafka, un artiste et entrepreneur New Yorkais, se passionne pour la capitale du Michigan. Deux ans plus tard, il achète avec deux associés un vieux bâtiment abandonné en bordure du centre-ville, le retape, et fonde son restaurant. Celui des affiches de New York.

Un centre ville en pleine renaissance

Cette histoire, elle se répète presque chaque semaine dans la Motor City : en se baladant dans le centre-ville et ses environs – le quartier de Midtown – il n’est pas rare de voir une nouvelle enseigne faire son apparition. Les montres raffinées de Shinola, les vinyles exclusifs de Third Man Records, un coffee shop… La clientèle visée reste toujours la même. La jeunesse américaine branchée, souvent aisée, et avide de nouvelles expériences.

12370796_913145992094672_577649756250286733_o

Un constat particulièrement flagrant du côté d’Eastern Market : considéré comme mal famé il y a quatre ou cinq ans, le quartier du marché est aujourd’hui l’un des plus appréciés de cette nouvelle jeunesse tendance qui s’installe peu à peu. Les murs sont tapissés de street-art, on peut y acheter des fruits et légumes frais, boire un café moulu sur place au coffee shop Germack (photo ci-dessus), s’habiller avec des pièces de créateurs européens dans la boutique épurée d’Orleans and Winder ou aller voir une exposition d’art contemporain du côté de l’Inner State Gallery. Tout pour plaire aux habitants de Brooklyn, donc.

La techno toujours reine

Les loyers encore bas, le coût de la vie plus faible que dans les autres grandes villes, et les grands espaces à disposition (la ville manque encore de 1,3 million d’habitants) attirent ainsi artistes et jeunes entrepreneurs depuis quelques années. On peut donc y trouver un loft spacieux dans une ancienne caserne de pompier ou une usine réhabilitée pour un prix largement inférieur à ceux des autres grandes villes américaines.

Cette nouvelle population accélère même encore le phénomène de gentrification qui anime Detroit ces dernières années : la profusion de soirées, d’expositions, et d’événements qui passent sur Facebook en est bien la preuve.

La techno de Detroit, évidemment, continue de raisonner en ville, à travers des clubs comme le TV Lounge, ou plus récemment le Populux. Date obligatoire pour beaucoup de DJ américains, la Motor City accueille régulièrement des gros noms dans ses bars et clubs, à l’image de Richie Hawtin ou Seth Troxler. Il n’est d’ailleurs pas rare de discuter avec des Detroiters fêtards presque blasés de voir passer des noms comme Juan Atkins ou Derrick May, là ou la Concrete ferait complet du côté de Paris.

Une ville encore en reconstruction

Il serait donc bien faux de croire qu’en 2016, Detroit reste cette ville inquiétante et dangereuse que les médias ont si souvent dépeinte par le passé. Detroit serait-il le nouveau cool pour autant? A lire les récents articles (très) élogieux, on pourrait presque le penser. Soirées techno tous les week-ends, nouvel eldorado pour hipsters, terrain de jeu pour artistes… Le tableau est pourtant trop beau pour être vrai pour l’instant.

Si le cœur de la ville est bien en pleine renaissance, les quartiers aux alentours n’en profitent pas autant : sur place, on remarque facilement qu’à quelques blocs des boutiques tendances de Midtown, c’est encore la pauvreté qui domine. Detroit reste une des villes les plus en difficulté des Etats Unis et n’a pas encore de juste milieu. Elle passe constamment d’un quartier enthousiaste en pleine renaissance à une rangée de maisons abandonnées. Un décalage prégnant qui cause même la colère de certains habitants en difficulté, qui aimeraient que l’on évoque aussi leur sort. Si la ville espère trouver son salut dans l’arrivée d’une nouvelle population aisée, elle devra donc d’abord relever un double défi : concilier renaissance et aide aux plus démunis. Et ce n’est pour l’instant pas une mince affaire.

Brice Bossavie