Music par Clémence Meunier 08.01.2016

Super 8 mon amour

Super 8 mon amour

Kodak a annoncé le retour de la caméra Super 8. La pop culture, musique comprise, n’a pas attendu cette résurrection pour aimer ces vidéos au grain si particulier. 

CES 2016, Las Vegas. Kodak, n’est pas là pour présenter un nouveau smartphone (leur IM5 n’est pas particulièrement sexy) ou une caméra hi-tech. Non, la firme, mise en danger par l’arrivée du numérique, a décidé de miser sur une bonne vieille caméra lancée en 1965 et depuis devenue culte : la Super 8. Ses images peuvent paraître de mauvaise qualité aujourd’hui, mais à l’époque, la Super 8 est une révolution : elle est la première caméra à rendre possible les home movies grâce à son utilisation très simple. Contrairement aux caméras existant avant elle, il n’y a qu’à mettre une cartouche dans le boitier pour la faire fonctionner, sans risque de brûler la pellicule au moindre rayon de soleil. Et ça, ça change tout. Les petits Steven Spielberg, Quentin Tarantino ou Christopher Nolan se sont emparés des Super 8 de leurs parents pour commencer leurs expérimentations vidéo. La pellicule ne peut imprimer que trois minutes d’images environ. Pas grave, c’est amplement suffisant pour Spielberg qui s’amuse à tourner, notamment, une catastrophe ferroviaire avec son petit train électrique. La scène sera reprise par J.J. Abrams dans le bien nommé Super 8 : des gamins s’amusent à tourner un film avec une caméra (vous aurez deviné le format des pellicules) alors qu’un train percute une voiture – la Super 8 enregistre la scène et le film (le vrai) démarre.

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La Super 8 est facile à prendre en main. Mais ce sont ses images qui resteront dans la conscience collective (le son n’arrive qu’en 1973) : le grain y est reconnaissable, les couleurs Kodachrome (les mêmes utilisées pour le portrait « Afghan Girl » de Steve McCurry) vives et chaudes, les imperfections plutôt charmantes, le format 5,69 × 4,22 mm se rapproche de manière assez commode du 4/3 de la télévision… De quoi inspirer pas mal d’artistes, même longtemps après l’arrêt de la production. Car oui, quand sont arrivées les années 80, la VHS a totalement écrasé les Super 8. Kodak est alors contraint d’arrêter la fabrication des caméras, puis des pellicules (la dernière, l’Ektachrome 100D, a disparu en 2012). Beaulieu, une entreprise française, fera pendant quelques temps figure de résistante : malgré les suppressions de postes dans cette firme respectée pour son matos, un noyau de passionné a continuer à fabriquer des Super 8 jusqu’en 2002 – Beaulieu s’occupe maintenant de produire des bornes tactiles et autres projecteurs pour façades d’immeubles. La Super 8 tombera ensuite dans un semi-oubli jusqu’à cette semaine et l’annonce fracassante de Kodak. Mais certains n’ont pas attendu le CES pour déterrer leur vieille caméra.

Le cas Lana Del Rey

Utiliser une Super 8 en 2016 revient à dire deux choses : je veux donner une image arty et DIY de ma musique, et je joue sur la nostalgie, même si elle est ressentie par un public qui n’a jamais connu autre chose que le numérique (allez, avec les VHS peut-être). C’est exactement le discours de Lana Del Rey qui, depuis le début de sa carrière sous cet alias, évolue dans un univers fantasmé du Hollywood rétro. Dans ses premiers clips (comme « Video Games »), bidouillés dans une optique tout à fait do it yourself, elle n’hésite pas à utiliser des archives en Super 8… Ou du moins des extraits vidéos traités à la manière des Super 8. Car si le rendu de ce format plaît, il reste compliqué et pas donné à mettre en oeuvre. Ainsi, Lana Del Rey a fait simple : le clip d' »Ultraviolence » a été filmé à l’iPhone puis blindé de filtres et d’effets imitant les craquements de la pellicule 8mm – plusieurs applications permettent de faire la même chose, sous iOS comme sous Android.

Avant elle, Madonna a déjà utilisé le format Super 8 pour un clip BDSM (« Erotica ») afin de lui donner un effet à la fois authentique et épileptique – attention, NSFW. Ou encore « Blue Hotel » de Chris Isaak, tube rockabilly sorti en 1986 : le Super 8 renvoie alors à la nostalgie, le fond de commerce du chanteur aux faux airs d’Elvis.

Passion rétro

Ce regain d’intérêt pour le format Super 8 et les caméras Kodak (mais on pourrait également parler du succès des friperies, des années 90 omniprésentes dans la mode actuelle, du retrogaming…) n’intervient pas par hasard : le vintage est à la mode, véritable doudou d’une génération pas vraiment gâtée qui fantasme sur la vie facile qu’ont eu (supposément) leurs parents. Quoi de mieux pour la représenter que quelques minutes de films, sans son, avec ce grain si chaud et ces couleurs douillettes ?

Photo de couverture : capture d’écran de cette vidéo… Tournée en Super 8 bien sûr !