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Quentin Tarantino, machine à films cultes

Quentin Tarantino, machine à films cultes

Pratiquement tous les plans de Kill Bill ou Pulp Fiction sont devenus cultes. A moins d'une semaine de la sortie de The Hateful Eight, on s'est demandé quel était le secret de Quentin Tarantino pour que son cinéma s'imprime autant dans nos rétines. 

Quentin Tarantino est bourré de tics. Et c'est peut-être pour ça que sa patte se reconnaît si facilement et que ses films s'incrustent durablement dans la culture pop : le meilleur moyen de se souvenir de quelque chose, même inconsciemment, est de le voir répété plusieurs fois. Les fans trouvent ça magique, les autres répétitif, mais une chose est sûre : Tarantino a des marottes qui lui sont propres. La plus connue ? La vue du coffre. C'est bien simple, sept de ses neuf films sortis contiennent ce plan, que ce soit la scène avec Mr Blonde, Mr Pink et Mr White dans Reservoir Dogs ou Vincent Vega et Jules Winnfield dans Pulp FictionLa preuve :

Mais ce n'est pas tout : les scènes de danse (la plus iconique est ci-dessous, juste pour le plaisir), les gens pieds nus (avec beaucoup de gros plans et de petons féminins, vous en tirerez la conclusion que vous voulez), les plans-séquences (avec Reservoir Dogs en tête et ses 7min16 sans éteindre la caméra), la tension de plusieurs personnages se menaçant les uns les autres avec leurs armes, le stylisme parfois improbable (la combinaison et les Asics jaunes de La Mariée dans Kill Bill, la coupe au carré de Mia ou le mulet de Vincent dans Pulp Fiction, les lunettes rondes de Django dans Django Unchained)... De quoi signaler bien clairement que ce film est made in QT - et rendre ces scènes-modèles reconnaissables entre toutes et, par extension et parce que bien faites, complètement cultes.

Evidemment, les personnages ne font pas que danser et ouvrir des coffres dans le cinéma de Tarantino : ils parlent aussi, et plutôt bien ! Que ce soit Leonardo DiCaprio et son monologue très habité dans Django Unchained, le "Gentlemen, you had my curiosity… but now you have my attention" par DiCaprio toujours dans Django Unchained, la pseudo-sagesse de Kill Bill Vol. 2 (Bill : "N'est-ce pas là une parfaite image de la vie et de la mort ? Un poisson qui gigote sur le tapis, puis qui ne gigote plus sur le tapis"), la tirade de Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction... On pourrait continuer à énumérer ses punchlines quasi publicitaires pendant des heures. Et on n'est pas les seuls : impossible de compter tous les articles s'intéressant uniquement aux techniques d'écriture de Quentin Tarantino.

Le fond et la forme : pas étonnant que l'Américain fasse briller les yeux d'une foule d'aspirants réalisateurs et qu'il soit classé, en 2005 (donc un an après la sortie de Kill Bill Vol. 2) parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde du Time Magazine. Et lui, qu'est-ce qui l'influence ? La pop culture toujours, des films d'arts martiaux aux séries B, en passant par les westerns spaghettis. Rien de bien compliqué a priori, et même si Tarantino a une culture cinématographique gigantesque. C'est ce qui fait la force de l'univers Tarantino : ses films ne sont pas idiots, mais ils sont compréhensibles par tous, sans avoir besoin d'avoir mangé une Encyclopédie du cinéma avant de s'installer dans la salle. De quoi rester mémorables auprès de tout le monde, et pas seulement des critiques de cinéma pointus.

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Enfin, impossible d'évoquer le succès des films de Tarantino sans parler de musique. Et là, quels que soient les goûts cinématographiques de chacun, il n'y a pas à tortiller : le bonhomme est excellent pour déterrer de super morceaux et leur redonner une seconde vie dans ses longs-métrages. "J'ai une énorme collection de disques", confiait-il en décembre 2012 au New York Times"je les stocke dans une pièce collée à ma chambre. Ça ressemble à un vieux magasin de disques, avec des posters et des bacs d'albums classés par genre. Cela a une grande influence sur la façon dont je réfléchis. Quand je m'apprête à écrire un nouveau film (...), je vais dans cette pièce et essaye de trouver la musique pour ce film - des soundtracks, des chansons, peu importe. Quand je trouve quelques morceaux, c'est deux ou trois pas de faits vers le film". "Bang Bang" de Nancy Sinatra dans Kill Bill, "Girl You'll Be A Woman Soon" de Urge Overkill dans Pulp Fiction, "Little Green Bag " de George Baker dans Reservoir Dogs... De quoi laisser tourner les nombreuses playlists best-of de Youtube toute la soirée.

Alors, pour The Hateful Eight (Les Huit Salopards en VF), de quelle chanson est parti Quentin Tarantino pour s'inspirer ? Et bien aucune en particulier puisque pratiquement toute la bande-originale du film a été composée spécialement par Ennio Morricone, le patron des BO de western. Rien que pour ça, The Hateful Eight sera une oeuvre à part dans la filmographie de Quentin Tarantino. Et ce sera peut-être la dernière, le réalisateur ayant souvent assuré prendre sa retraite au bout de dix films (en comptant le collégial Groom Service, on arrive bien à dix, mais Tarantino a tendance à compte les deux volumes de Kill Bill comme un seul film... Who knows ?). Mais une chose est déjà sûre : The Hateful Eight deviendra culte.