Music par Nora 29.12.2015

Four Tet : l’homme de l’année

Four Tet : l'homme de l'année

Résident du Plastic People – célèbre club londonien fermé en janvier dernier – pendant près de 8 ans, Four Tet est un de ces producteurs qui ne peuvent s’empêcher d’innover et de produire pour les autres. Comme Caribou et Floatings Points – avec qui il forme d’ailleurs un trio trépidant -, il est constamment derrière des platines ou en train de digger pour agrandir son importante collection. Retour sur un personnage important de la musique électronique.

Mais qui est Four Tet ? On pourrait répondre à cette question en une simple phrase : un génie des platines comme on en croise rarement. Mais Four Tet, Kieran Hebden de son vrai nom, mérite bien qu’on s’attarde un peu plus sur son parcours. Il a commencé la musique quand il était au collège au sein du groupe Fridge qu’il a monté avec ses camarades de classe Adem Ihan et Sam Jeffers.

Comme les membres de The xx et Hot Chip, ces trois-là se sont rencontrés sur les bancs de la Eliott School de Londres. Petit à petit, le groupe trouve son public et leur rock progressif s’étendra sur cinq albums jusqu’en 2007. Dès 1999 et en parallèle de son implication dans Fridge,  Kieran prend un virage solo sous le pseudonyme Four Tet et sort l’album Dialogue sur le label Output. La machine est lancée : il ne s’arrêtera plus.

Un producteur habile et éclectique

Four Tet est un acharné de travail et a sorti de nombreux disques depuis le début des années 2000. Pas du genre à se cantonner à un stylé défini, il voit chaque nouvelle sortie comme le moyen d’exprimer sa pluralité musicale, allant tantôt vers l’abstract hip hop avec l’EP A Joy sorti en 2005 que vers la tech house sur l’EP Jupiters/Ocoras. Kieran ne se cantonne pas à un style particulier même si on ressent un attrait particulier pour la deep house dans ses sets, comme lors du Pitchfork Music Festival en octobre dernier.

Cette année, il n’a pas chômé et dévoilait dès janvier l’album surprise 2011 until 2014 sous son alias Percussions. On y retrouvait des nouveaux titres mais également quelques morceaux déjà sortis au cours des années précédentes. Mais la vraie surprise de 2015 restera la sortie de l’album Morning / Evening, largement inspiré par les disques de musique indienne qu’il avait reçu en héritage à la mort de son grand père. Dans une rare interview accordée à The Guardian le lendemain de la sortie de l’album, il confiait avoir commencé à écouter les disques en 2013, peu après la mort de sa grand-mère. Sur cet album, on retrouve la voix de la chanteuse indienne Lata Mangeshkar, qui accompagne des boucles et nappes de synthé complètement hypnotiques qui se perdent pour se transformer en folle techno. Four Tet a imprégné ce disque de sa double culture et le résultat est là : il n’a jamais été aussi authentique. 

S’il continue à sortir ses propres productions, Four Tet prend également le temps de produire d’autres artistes. Et là aussi, c’est plutôt éclectique. Si on n’a pas été très surpris de le voir travailler sur les deux derniers albums d’Omar Souleyman – Four Tet ayant toujours aimé le folklore – ses collaborations avec Roots Manuva ou encore le rappeur d’Atlanta Rome Fortune étaient assez étonnantes. Il n’hésite pas à se lancer des défis et à surprendre tout le monde, à l’image de son récent travail avec Floating Points pour le nouveau projet de l’Anglais Katy B intitulé Honey

Un entourage de choix

Four Tet a su se construire au fil des années en aidant d’autres artistes et en affirmant sa patte sur différents disques. Mais il a aussi beaucoup appris en compagnie d’autres talentueux personnages.

Dans le monde de la musique électronique, il faut savoir lier des affinités fortes pour pouvoir évoluer. Dès ses débuts, Kieran a trouvé en la personne de Steve Reid, un batteur de jazz reconnu, un mentor. Ensemble, il sortiront pas moins de quatre disques en trois ans. A la mort de Steve en 2010, Kieran demande à Domino, son label, de sortir un documentaire inexploité datant de 2006 et qui retrace l’enregistrement de l’album Tongues. Tout au long de la vidéo, leur complicité crève l’écran. C’est aussi ça la magie de la musique !

S’il a autrefois trouvé en Steve Reid un complice, il peut aujourd’hui compter sur deux figures importantes de la musique électronique. Avec Caribou et Floating Points, Four Tet forme un trio au pouvoir magique sur les dancefloors. Ensemble, ils arrivent à retourner les festivals mais également les plus petits clubs avec des DJ sets toujours bien étudiés, où leurs morceaux les plus puissants se confrontent à des raretés issues de leurs collections de vinyles personnelles.

Si on ignore toujours ce que nous réserve Four Tet pour 2016, il est déjà certain que lui a quelques plans en tête. Pourquoi pas un album avec Caribou et Floating Points ?