JE RECHERCHE
Qu'est-ce que c'est un "directeur artistique" de label ?

Qu'est-ce que c'est un "directeur artistique" de label ?

"Le pote du pote de mon pote est DA de label, il peut nous faire rentrer facilement dans ce club" : les mots "directeur artistique" et "label" forment une combinaison magique qui évoque les paillettes, les dérives du music business, voire les gros psychopathes dans le film Kill Your Friends sorti hier en salles. Mais au fait, c'est quoi un directeur artistique de label ? 

Owen Harris (croisé comme réal d'épisodes de MisfitsJournal intime d'une call girl ou Black Mirror) a choisi un milieu plein de fantasme pour planter le décor de Kill Your Friends, son premier long-métrage : l'industrie musicale. Le mot fait peur, évoque de gros PDGs en costards obligeant leurs artistes à sortir des albums formatés pour la radio. Le personnage principal, interprété par Nicholas Hoult (X-Men : Days Of Future Past, Warm Bodies, Skins...), est un jeune employé de maison de disques prêt à tous les coups bas pour évincer ses collègues. L'enjeu ? Savoir qui, parmi les DA de ce label, réussira à dénicher LA perle rare de la brit-pop - et donc gardera son poste. L'ensemble est trash, ironique et évoque à FHM un "American Psycho nouvelle génération". Surtout, il fait détester autant qu'admirer ce milieu de la musique... En se basant, cinéma oblige, sur un bon gros tas de cliché. On en a discuté avec Maxime Parnotte, DA chez Arista, un label dépendant de Sony Music France et ayant signé Alb, Chateau Marmont, Stal, Peter Peter, Griefjoy ou encore la gestion française des très bons Joey Bada$$ et Doja Cat, entre autres.

A quoi sert le directeur artistique dans un label ? 

Maxime Parnotte : Le DA fait du repérage, en allant à des concerts, en fouillant SoundCloud ou les réseaux sociaux. Une fois que l'artiste est signé, il s'occupe de la musique en elle-même, donc du bon déroulement de l'enregistrement. Il aide à construire l'univers d'un artiste, le mettre dans les meilleures dispositions possibles pour qu'il puisse créer sans problème, en lui trouvant par exemple l'ingé son, les musiciens ou auteurs idéaux pour son album. Une fois que le disque est terminé, il passe la main.

Donc le cliché du DA qui est invité absolument partout est vrai ? 

Complètement ! Mais il faut bien sélectionner ses dates, écouter les morceaux en amont, se fier au bouche à oreille. Sinon tu vas dans toutes les soirées où on t'invite : tu t'épuises ou, plus embêtant, tu passes à côté de belles choses.

Tu te fais harceler par des gens voulant absolument être signés ? 

Oui, un peu ! Mais on a une boîte mail faite spécialement pour ça, sinon on passerait la journée à trier. Aussi, on reçoit encore quelques trucs par courrier, il est ouvert mais pas hyper régulièrement. On n'a rien contre les gens qui viennent nous démarcher. Mais la plupart du temps, le mec n'a pas de public et en est toujours à composer des morceaux dans sa chambre, c'est pour ça que c'est très rare que ça fonctionne. Il faut monter quelque chose, en terme musical bien sûr, mais aussi d'univers, de communication, d'image... La musique toute seule ne suffit plus.

Ça ne te soûle pas que la musique soit devenu une affaire d'image ? 

Non, pas du tout. Les artistes véhiculent un mode de vie, une façon de s'exprimer, une authenticité ou au contraire une attitude travaillée. On consomme du son ET de l'image et ça enrichit le propos.

On entend souvent que les maisons de disques obligent les artistes à être plus commerciaux, radio-friendly, accessibles...

C'est un mythe complet. Ce sont avant tout les artistes qui font leur musique. Jamais je ne me suis retrouvé en studio à regretter que tel titre ne soit pas assez radiophonique ou accessible. J'ai déjà dit "ça pourrait être mieux", mais je n'ai jamais appauvri quoique ce soit, c'est un vieux cliché que l'on entend de moins en moins, heureusement. En plus, le DA est la personne du label qui passe le plus de temps avec l'artiste. Un enregistrement dure entre 3-4 mois et 2 ans, et le DA est là. Il y a forcément une relation humaine qui s'installe, tu n'as pas envie de lui niveler vers le bas son projet.

A part le stéréotype du mec invité à tous les concerts ou celui qui influence les albums, qu'est-ce qu'il y a comme cliché véhiculé sur les DA ?

Que nous sommes des feignasses. Pourtant, on travaille beaucoup sur de l'administratif, des aspects légaux, des négociations. Il n'y a pas que du studio.

Quelle est ta journée type ? Un petit meurtre l'après-midi et une énorme soirée ensuite, comme dans Kill Your Friends

A priori, je n'ai pas trop trop de cadavres dans mes placards ! J'arrive vers 10 heures, je m'occupe de l'administratif le matin. Je suis tout seul à l'artistique chez Arista. Je fais un point avec le boss et puis avec l'international. Je passe l'après-midi en studio et je rentre chez moi vers 20 heures.

Il n'y a pas de concurrence entre les DA de différents label pour savoir qui va trouver la perle rare ? 

La concurrence interne existe, mais elle est saine. Il y a pas mal de turnover entre les DA. Je l'ai été pour RCA Records, puis Columbia et maintenant Arista. Evidemment, on a tous envie de faire LA découverte. Mais on a une charte chez Sony : on ne se tire pas dans les pattes sur un projet !

Justement, quelle est ta dernière belle découverte ?  

Stwo. C'est un jeune producteur signé chez Drake et Kaytranada. Je l'ai repéré il y a un an, j'ai adoré, et finalement on l'a récupéré chez Arista !

Pour résumer, ton job n'a absolument rien à voir avec ce qui peut être décrit dans Kill Your Friends (heureusement). Tu l'aimes quand même ?

Grave ! Je fais de la musique, c'est une chance. Les gens de ma génération (Maxime a 31 ans, ndlr.) peuvent avoir plein de diplômes et ne pas trouver du travail. Là je voyage, je fais des rencontres, mes journées ne se ressemblent jamais, je suis très autonome... Oui, j'aime vraiment bien mon métier.

Arista est sur Facebook et Twitter