Franchement, allez voir Star Wars

Franchement, allez voir Star Wars

Le septième épisode de la saga Star Wars débarque dans notre galaxie dans moins d’un mois. « Bof », « on s’en fout », « j’aime pas la science fiction » : oui, certes, chacun fait ce qu’il veut. Mais Star Wars, ce n’est pas qu’un empire financier ou une saga kitsch. C’est un pan de notre histoire culturelle – et non, personne n’a été payé chez Greenroom pour dire ça. Pas convaincus ? On en a discuté avec Mathieu Mondoloni, co-auteur du livre Génération Jedi et des chroniques radio du même nom sur France Info, ainsi qu’avec des irréductibles n’ayant jamais, ô grand jamais, vu le moindre poil d’Ewok au cinéma. 

« Le bien contre le mal, des sabres-lasers, fiouuu fiouuuu (c’est le bruit qu’ils font), et puis y’a le gentil il découvre que le méchant, c’est son père » : Walter n’a jamais vu Star Wars, il l’avoue. Comme Romane, Abigail et Nada. Pourtant, les quatre sont issus de la génération 90’s, bercées aux films que regardaient leurs grands frères et soeurs, de Star Wars à E.T.. Mais non, Star Wars, ce n’est pas pour eux, même si « Yoda a l’air sympa », s’amuse Romane. Sauf que, mine de rien, ils connaissent l’histoire, la base même de la saga de George Lucas : la mythologie du bien contre le mal, du père, du grand méchant qui respire mal – même si « dans le genre ‘mec qui parle lentement, d’une voix essoufflée’ y’a déjà Stevie dans Malcolm« , précise Walter.

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« Pour moi, c’est une posture de ne pas vouloir connaître Star Wars », confie Mathieu Mondoloni, co-auteur avec Baptiste Schweitzer de Génération Jedi, un livre et une série de chroniques sur France Info. « C’est comme tout ce qui appartient à une culture dominante, des gens prennent la position inverse, je peux comprendre et je ne veux vraiment pas être prosélyte. Mais ils passent à côté de quelque chose : Star Wars est le reflet déformé de notre monde et de notre culture. C’est passionnant de voir que George Lucas a projeté quelque chose dans les étoiles, alors qu’en fait, il parle de nous ». C’est peut-être pour ça que cette histoire universelle résonne auprès d’un public extrêmement varié et international, qui se retrouve tous les deux ans lors de l’impressionnante « Star Wars Celebration » en Californie. En découle une foule de produits dérivés. Pour beaucoup, l’utilisation marketing d’une oeuvre, c’est sale. Mais il n’empêche que, dans le cas de Star Wars, l’aura populaire de la saga aura permis, en vrac : un super festival tunisien, Les Dunes Electroniques, qui se tient sur les lieux de tournage de la planète Tatooine, la création d’une religion très peace inspirée du Code Jedi des films mais aussi du bouddhisme (le « jediisme »), un très bon morceau d’IAM ou encore de support de com’ pour aider à la préservation de la langue Navajo (les six films ont été doublés dans cette langue en voie de disparition à la demande du Musée de la nation Navajo, en Arizona). Fêtes, musique, philosophie, histoire… C’est toute la culture, et pas seulement cinématographique, qui est touchée par le bon côté de la Force. S’il existe (pour de vrai !) des profs de langue elfique, ou une équipe nationale de QuiddichLe Seigneur des Anneaux ou Harry Potter n’arrivent pas à concurrencer quarante ans d’histoire Star Wars, totalement ancrée dans nos petites têtes, même pour ceux qui ne l’ont pas vu.

Blockbuster

Star Wars, ce n’est pas seulement des combats de sabres-lasers et un petit bonhomme vert qui parle à l’envers. La saga a changé notre culture donc, mais aussi l’histoire du cinéma. Soyons honnêtes, pas forcément par son scénario : quand Nada déplore une histoire « banale » et trop centrée sur « l’éternelle lutte du bien contre le mal », on ne peut pas lui donner tort – même si c’est écarter d’un coup toute la dimension mythologique de Star Wars, inspirée des célèbres épopées héroïques à l’image des Chevaliers de la Table ronde ou de L’Iliade et l’Odyssée.

Non, c’est bien par l’esthétisme que Star Wars a tout chamboulé. « Les gens n’avaient jamais vu ça au cinéma », rappelle Mathieu Mondoloni. Nous sommes en 1977, La Guerre des Etoiles vient de sortir et Hollywood ne comprend pas bien ce qui vient de lui tomber sur le nez. Le mot « blockbuster » est définitivement lancé, alors qu’il a été utilisé la première fois cinq ans avant pour Le Parrain : les spectateurs doivent tellement faire la queue pour rentrer dans le cinéma que la file d’attente atteint la fin du pâté d’immeuble – « block » aux Etats-Unis. Et dire que les producteurs ont d’abord refusé de rallonger le budget quand George Lucas avait tout dépensé en effets spéciaux ! « Personne n’y croyait », raconte Mathieu Mondoloni. « C’est seulement quand George Lucas a négocié les droits sur les produits dérivés qu’Hollywood a accepté de continuer ». Ils ont bien fait : « Si vous regardez la liste des cent films qui ont rapporté le plus d’argent à Hollywood depuis Star Wars, je crois qu’il y en a 97 avec des effets spéciaux. Sans George Lucas, ça aurait été différent. Peut-être qu’un autre film aurait servi de référence. Mais il s’avère que ça a été Star Wars, car Lucas a inventé beaucoup de choses sur ce film ». Le réalisateur a effet créé ILM (Industrial Light & Magic), sa propre boite d’effets spéciaux, ainsi que Skywalker Sound pour s’occuper de l’audio. Le son estampillé THX que l’on entend au cinéma ? C’est lui. Les effets spéciaux utilisés dans Jurassic Park ? C’est lui aussi, Spielberg ayant repris les mêmes procédés techniques. Sans Star Wars, pas d’E.T., de Cinquième Element et, à terme, d’Avatar.

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L’abus des effets spéciaux, c’est pourtant ce qui a perdu George Lucas dans la deuxième trilogie, dont le rendu est considéré comme fake par beaucoup de fans. La faute à trop de fonds bleus ou verts et à Jar-Jar Binks, personnage loufoque entièrement créé numériquement – et récemment accusé d’être, en fait, du côté obscur de la Force. J.J. Abrams, qui reprend les rênes de la saga pour cet épisode 7, a tenu à rassurer tout le monde : Le Réveil de la Force compte bien ressusciter le charme de la première trilogie, avec des décors naturels et des monstres articulés bien réels. « Cinématographiquement parlant, il y a de quoi avoir bon espoir », assure Mathieu Mondoloni. Quant à l’influence de Disney, J.J. Abrams promet qu’elle sera minime pour cette suite… Qui n’en est pas vraiment une. Explication : « Disney n’appelle pas ça ‘épisode 7′, mais simplement Le Réveil de la Force. Certes ils ont convoqué les acteurs de la première trilogie (Harrison Ford, Carrie Fisher, Mark Hamill), mais ils veulent mettre en avant une nouvelle génération de héros. Je pense que s’ils avaient eu le choix ils auraient préféré faire un reboot comme ils ont pu le faire avec les films de super-héros. Sauf que Star Wars est beaucoup trop inscrit dans la pop culture pour accepter un reboot. Alors ils ont fait une suite », conclut Mathieu Mondoloni. De quoi enfin s’y mettre ? « Possible ! », confie Abigail, qui a tout de même un peu peur « d’être lynchée par une horde de gens armés de sabres en plastique » quand elle avoue ne jamais avoir vu les films. Promis, si le Réveil de la Force est bon, ils sauront se tenir.