Music par Clémence Meunier 24.11.2015

Les Trans Musicales, une référence pour les autres festivals

Les Trans Musicales, une référence pour les autres festivals

Depuis 37 éditions, les line-ups des Trans impressionnent par leur éclectisme et leur côté sans concession. Et les programmateurs des autres festivals, qu’est-ce qu’ils en pensent ? 

« Bien sûr que je vais aux Trans, chaque année », assure Etienne Blanchot, le programmateur du festival Villette Sonique. Depuis une quinzaine d’années, il est impensable pour lui de ne pas aller fouiller du côté de Rennes. A la clé, peut-être, un artiste qu’il aura bien envie de booker. « Quand j’aime vraiment quelqu’un aux Trans, je ne m’interdis pas de lui proposer de passer à Villette Sonique. Nous sommes à Paris, les Trans en Bretagne, on ne vise pas forcément le même public. Jean-Louis est plus intransigeant là-dessus ». Jean-Louis (Brossard) est le programmateur des Trans Musicales, la figure emblématique du festival. Il fouille, aime et booke des groupes des quatre coins du monde sans se soucier s’ils ramèneront des billets. « Les spectateurs font confiance au programmateur, comme au MIDI Festial ou aux Siestes Electroniques qui sont allés jusqu’à donner leur line-up au tout dernier moment cet été », raconte Donatien Cras de Belleval de Cracki Records, depuis deux ans à l’origine du Macki Music Festival en association avec le collectif La Mamie’s. Lui n’est jamais allé au Trans. « Mais à chaque fois que je regarde la programmation, je suis étonné de voir à quel point c’est éclectique et avec un fort parti pris ». Entre le Macki et les Trans, il y a quand même quelques similitudes : pas moins de cinq groupes ou artistes de leur line-up parisien sont ou vont passer à Rennes, à l’image de Bon Voyage Organisation attendu le 3 décembre ou Moodoïd invité aux Trans en 2013. « Je n’imaginais pas qu’il y en avait autant ! », avoue Donatien, surpris. Et oui, les groupes que l’on retrouve dans les festivals sympas et les web-radios novatrices sont bien généralement passés par la case Trans, repérés grâce à une obscure date anglaise ou au détour d’un festival étranger. « Jean-Louis est toujours à la recherche de nouveautés, on se croise souvent dans des festivals européens et notamment à The Great Escape. On le voit plus souvent à l’étranger sur des festivals qu’à Paris », s’amuse Julien Catala, programmateur au Pitchfork Music Festival Paris.

Du côté du Macki, on essaye, aussi, de programmer au coup de coeur. C’était le cas de Chester Watson, invité par Cracki et la Mamie’s alors qu’il a tout juste 18 ans et pas de bookeur. Etienne Blanchot, fort de 10 ans de Villette Sonique, tente aussi de dénicher LA révélation du moment. L’année dernière, tout le monde n’avait ainsi qu’un nom à la bouche : Shamir. Révélé aux Trans fin 2014, le jeune Américain a conquis toute la presse spécialisée en moins d’un an – nous compris. Quelques mois plus tard, il se retrouvait à Villette Sonique, même si Etienne connaissait le prodige r’n’b-house avant son passage à Rennes. Il avoue « éviter les artistes qu’on a vu partout ailleurs. Shamir, à la suite des Trans, a été invité dans tous les festivals de France et de Navarre. Mais on avait vraiment envie de l’avoir, alors on a changé un peu les règles pour lui ! ». Oui, c’est le gros challenge pour Villette Sonique, les Trans Musicales et même le Macki ou Pitchfork : choper une programmation qui ne se retrouvera pas dans le reste des festivals d’été, qui partagent pour certains la quasi intégralité de leurs affiches. Ainsi, du côté des Trans et dans une certaine mesure Villette Sonique, on ne connaît pas grand monde dans la prog’, et c’est bien le but du jeu. Ce n’est pas une raison pour se tourner les pouces et ne pas se préparer : « cette année, je vais voir Automat, le secret le mieux gardé de l’électro française, Okmalumkoolkat, la relève du hip-hop sud-africain et France, un super trio totalement instrumental puissant et hypnotique », prévoit déjà Etienne.

Julien Catala, qui se déplace à Rennes chaque hiver depuis maintenant dix ans sera aux premières loges pour London O’Connor (« la prochaine grande révélation du festival après Shamir ? ») ou Monika, « la Grimes grecque ». Il y va aussi pour l’ambiance, et le côté grande famille : « c’est un grand rendez-vous pour les professionnels de la musique qui viennent faire des découvertes et y repérer de possibles artistes pour leurs prochaines éditions ». De quoi retrouver les copains, avant d’aller rendre visite… Au médecin : « Les Trans, c’est très physique, les journées sont longues et il y fait froid. On rentre tous avec des rhumes ou des angines. Mais on y revient chaque année ! ». A dans un mois alors.

Les 37ème Rencontres Trans Musicales de Rennes du 2 au 6 décembre. Toutes les infos ici.
Photo de couverture : le public des Trans en 2014, par Nicolas Joubard
Propos recueillis par Nora Djaouat et Clémence Meunier