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Les vices de la cuisine hipster

Les vices de la cuisine hipster

«Un resto d’hipsters». Mais c’est quoi, au juste, un restaurant d’hipsters ? On les taquine constamment en s’amusant de leur façon, un brin caricaturale, de s’habiller et de manger. Pourtant, leur préoccupation du beau, bio et bon a envahi nos assiettes dans les restaurants les plus branchés. A y regarder de plus près, les codes de la culture food des hipsters, dans les restaurants, sont identiques. Liste exhaustive de leurs péchés mignons.

Un menu unique

Allez savoir pourquoi, le client n’est pas franchement roi dans un restaurant estampillé hipster. Le menu, qui arrive bien souvent sur une simple feuille de papier pour marquer le côté artisanal de la chose, est unique. Un prix, un menu. Si l’idée est évidemment de travailler moins de produits pour une plus grande qualité dans l’assiette, certains habitués des brasseries d’antan n’y trouvent pas leur compte. Dans un restaurant branché, le chef est un artiste et il délivre son art. Vous vous devez d’en aimer toutes les teintes.

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Septime, 80 rue de Charonne, Paris 11ème

Des produits locaux

Lorsqu’on demande à Sandrine Houdré-Grégoire, auteur de l’ouvrage Hipster cocktails (ed. Larousse), ce qui rassemble ces établissements, elle affirme qu’ils «affectionnent les beaux produits souvent d’origine Française. Dans tous les cas, ils recherchent le meilleur». Le hipster mange local et cite fièrement la provenance de tous ses aliments, on appelle ça le sourcing, et c’est son jeu favori.

Une assiette instagrammable

thumb_IMG_4029_1024Dans un restaurant hipster fréquenté par des hipsters, on utilise Instagram plus souvent qu’on ne regarde le prix des plats. L’assiette, souvent en céramique, souvent fabriquée à la main, se doit donc d’être «graphique». Dressés d’un seul côté de l’assiette, les aliments sont peu nombreux et toujours mis en valeur. On les immortalise rapidement mais inévitablement sur les réseaux sociaux. Ici tout est instagrammable... De l’assiette aux aliments en passant par le verre souvent estampé du logo de l’enseigne. Le diable se cache dans les détails.

Un penchant pour l’Asie

Kristin Frederick a été une précurseur par deux fois dans le domaine culinaire. Elle a tout d’abord importé les foodtruck avec le fameux Camion qui fume, puis créer une cantine chinoise, Huabu. Paris n’en finit pas de s’émoustiller pour l’Asie. Les restaurants coréens comme Hero font la part belle au renouveau d’une cuisine enfermée dans ses clichés. Même chose pour les japonais qui se décident enfin à faire découvrir leurs diversités culinaires. On craque également pour Street Bangkok Local Food, Siseng, Trois fois plus de piment ou Miss Banh Mi, des lieux hipsters comme on les aime qui proposent une cuisine asiatique modernisée. Preuve ultime s’il en est, la sauce thaïlandaise siracha remplace petit à petit le ketchup sur les tables huppées.

Une ambiance tamisée

Vous ne reconnaissez pas un restaurant qui prône la culture hipster quand vous sortez le vendredi soir entre amis ? C’est pourtant simple, on n’y voit pas très clair. Certains sortent même leurs smartphones pour tenter de lire le menu. Vous pourrez toujours compter sur les longues bougies qui trônent sur toute table hipster qui se respecte. Parce que s’éclairer à la chandelle, c’est résolument plus authentique...

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D'une île, L'Aunay, 61110 Rémalard

Des toilettes déco

Carrelages de métro blancs, bouquets de fleurs, accumulation de miroirs, savons signés Aesop -la marque australienne des produits de soin des hipsters- les toilettes sont tout d’abord plus grandes que votre propre studio mais également dix fois mieux décorées. Parce qu’on n’oublie jamais que les gens adorent prendre des selfies dans ces endroits très privés. Et toujours aussi instagrammables.

Des murs bruts

thumb_IMG_6710_1024La décoration, si chère aux hipsters qui élèvent le vintage au rang de religion, est un sujet sérieux pour toutes ces entreprises. Dans ce type de restaurant, elle s’adresse principalement aux initiés car tout y est travaillé pour avoir l’air, justement, de ne pas avoir été pensé. Les objets déco sont tous «négligemment» posés : du magazine Kinfolk, la bible des hipsters, au pichet en émail blanc tout droit sorti du grenier de votre grand-mère. Mais l’élément commun est assurément les murs dits bruts. Soit un mur décrépi, laissé en lambeaux, qui cultive le charme de l’histoire. Non, ils ne sont pas en travaux. Oui, c’est le comble du cool.

La Cave à Montreuil, 45 rue de Paris, Montreuil

Du fastfood embourgeoisé

Rappelons-nous que ce phénomène a débuté avec le hamburger et les restaurants branchés de Brooklyn. Bien sûr, nous avons allègrement suivi le mouvement et dégustons désormais des «hamburgers gourmets» chez Blend et autres «hamburgés» chez Big Fernand. Parce que le hipster s’intéresse aussi à la sémantique. Les tacos ont déferlé en ville et il n’est plus rare de rejoindre ses amis ou même son mec pour un restaurant qui sert uniquement des... hot-dogs. Nous vous parlions même du kebab chic. Un seul mot d’ordre : donner ses lettres de noblesses à la bouffe de rue qu’on appellera «mets gastronomiques». Les hipsters ont d’ailleurs inventé un type de restaurant pour cela : le resto monomaniaque où un seul produit est traité. Vous avez dit marketing ? Le hipster se vend très bien.

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PNY Oberkampf, 96 rue Oberkampf, Paris 11ème

Un café torréfié

Chez les hipsters on ne rigole vraiment pas avec le café. On le déguste. On traverse même Paris pour aller chez Coutume, Belleville Brûlerie ou L’arbre à café, établissements emblématiques du genre. C’est dans ces endroits que vous pouvez écouter des conversations surréalistes sur la Chemex qui n’est ni une drogue, ni une marque japonaise de céramique comme les hipsters affectionnent tant, mais bien une machine à café qui fait bondir de joie ces individus. Et comme chaque élément poser sur une table se doit de rester visuellement instagrammable, certains cafés ont développé le 3D Latte Art. Ou l’art de transformer sa tasse en une véritable création à partir de la mousse de son café... Jamais à court d’idées.

☕️ Cutest coffee ever!

Une photo publiée par #cupofcouple (@cupofcouple) le

Des lieux audacieux

On aurait mauvaise conscience de vous laisser avec cette liste, plus taquine que moqueuse, sans rappeler que les restaurants hipsters, c’est aussi tout ce qu’on aime. C’est bien parce que tout y est pensé absolument parfaitement qu’on apprécie planter nos fourchettes dans leurs plats audacieux. Il faut avouer qu’ils inventent et ne cessent de cooliser la scène culinaire. Alors même s’il faut parfois y patienter de très longues minutes pour accéder au graal, vous êtes certains de nous trouver dans la queue.

Crédit photos : Bérengère Perrocheau
Photo de couverture : Le Coutume Café - Luc Boegly pour Cut architectures