Music par Nora 04.11.2015

Interview : le solaire John Talabot se dévoile

Interview : le solaire John Talabot se dévoile

 Oriol Rivolera Soto, alias John Talabot, est un Barcelonais de 33 ans qui s’est forgé une belle réputation au sein de la grande sphère des musiques électroniques. D’abord résident au Loft puis au gigantesque Razzmatazz, il a fini par quitter son Espagne natale pour fouler les platines des clubs du monde entier. Après quelques essais techno derrière le pseudo Daryl, il s’est finalement affirmé comme l’une des perles rares de la deep house. Il était de passage à Paris pour la dernière édition du Pitchfork Music Festival et s’est livré durant une interview.

Que penses-tu de Pitchfork ?

Ils ont toujours su s’imposer comme de bons curateurs dans le monde de la musique et je suis vraiment content de revenir jouer à Pitchfork Paris. Il y a un système de scène alternée alors tu peux vraiment tout voir sans avoir à faire de choix. 

ƒIN, ton premier album, est sorti en 2012. Es-tu en train de travailler sur le prochain ?

Tout à fait, l’album est en cours mais je prends mon temps et actuellement je suis en train d’avancer sur les chansons. J’ai besoin d’y travailler encore et d’ailleurs je vais en studio fin janvier en Norvège. On en a loué un à Oslo, entouré de neige et de glaces, et on y sera pour une quinzaine de jour avec Miguel (Pional). J’ai envie d’enregistrer quelques vocaux et Miguel est plutôt doué pour ça.

Ce sera donc un album solo… Comptes-tu laisser ton duo avec Axel Boman de côté ?

Non, pas du tout ! Il va aussi y avoir une nouvelle sortie pour Talaboman. Ce projet est presque fini, on a terminé le mixage la semaine dernière. Mais on cherche encore vers quel format se diriger alors je ne sais pas si on va en faire un album. On a surtout eu envie de réaliser toutes les idées qu’on a quand on est ensemble et c’est pour cela qu’il y a beaucoup de chansons. Comme pour mon album solo, ce sera une surprise qu’on dévoilera en 2016. 

Tu es ami avec Jamie xx et on a cru comprendre que tu avais adoré In Colour, son dernier album. Tu as fait plusieurs remixes de « Loud Places », tu n’arrivais pas à te décider sur la version que tu préférais ?

Je ne savais pas laquelle choisir, j’avais beaucoup de doute en fait. Il y en a encore deux qui vont sortir dans les semaines qui viennent. Je voulais vraiment trouver quelque chose de spécial à faire pour cette chanson mais c’est compliqué de faire un remix du morceau de l’année. Le premier remix que j’ai fait est assez décomposé, j’ai enlevé les vocaux de Romy et j’en ai fait un morceau de club, un peu plus bouncy. Il y en a un autre qui est plus mélodique, parfait pour une fin de set.

Quel est ton disque préféré ?

Il y a une poignée de disques que je pourrais écouter tout au long de ma vie mais ne pourrais pas choisir celui que je préfère. J’aime beaucoup celui de Jeff Buckley car toutes les chansons de cet album sont vraiment magnifiques. La chanson « Grace » est un ensemble parfait mais sur tous les morceaux sont très bons. Que ce soit au niveau de la production, de la construction des chansons, ou même de la manière qu’il a de chanter, cela donne un ensemble merveilleux. Sinon j’aime aussi beaucoup SAW85-92 (Selected Ambient Works 85-92) et Polygon Window d’Apex Twin. C’est avec lui que j’ai découvert la musique électronique.

Si tu devais choisir une chanson triste et une autre qui te donne envie de danser comme un fou, ce serait quoi ?

Il y a la chanson « The Damned Don’t Cry » du groupe Visage qui est à la fois très triste et très belle. La tristesse ça a du bon parfois, ça donne de magnifiques chansons.

Pour danser, je dirais un bon gros classique techno comme « The Bell’s » de Jeff Mills. J’étais à Dekmantel cette année et il l’a passé, c’était fou mais certains ont détesté. Franchement quand tu as fait un classique pareil comment se retenir de le passer…

Où vas-tu pour trouver les disques qui complèteront ta grande collection de vinyles ?

J’aime aller dans les disquaires de Barcelone, je passe des heures chez Discos Paradiso, à parler avec eux des nouveautés. Quand ils achètent une collection à un particulier, ils m’envoient un texto pour que je vienne voir. Mais parfois je suis à l’étranger et je suis vraiment trop déçu de devoir attendre pour découvrir le nouvel arrivage alors je les oblige à me faire une liste pour que j’aille checker sur discogs et je fais ensuite mon choix à distance (rires).

En parlant de Barcelone, quels sont les endroits que tu conseilles pour sortir en club ?

A Barcelone, il y a le Nitsa avec une bonne programmation mais aussi le Moog avec une ambiance détendue parfois un peu bizarre mais c’est ce qui fait son charme. Il n’y a pas de nouveaux clubs car l’ouverture d’établissements est compliqué à Barcelone pour divers raisons mais on a aussi des festivals qui font de bonnes programmations avec peu de budget comme le Lapsus et le Mira Festival.

Si tu n’étais pas producteur, tu serais…

…un docteur et j’aimerais toujours le devenir d’ailleurs. J’aime aussi l’architecture mais je suis trop nul en dessin alors j’ai décidé de ne pas le faire quand j’étais plus jeune. J’étais aussi mauvais en maths donc ce n’était sûrement pas ma voix mais j’ai toujours été passionné par ce domaine, sûrement parce que j’ai toujours baigné dedans de par ma mère.

Tu es certainement l’un des DJ qui tournent le plus en ce moment. Tu aimes ce rythme de vie effréné ?

On s’habitue mais j’aime être avec mes amis, je suis une personne plutôt simple. Je voyage beaucoup alors j’apprécie encore plus les moments de calme quand je suis près de la maison et maintenant ça devient presque une obsession. J’aime être près de la plage, dans une jolie ville de la Costa Brava.