Music par Violaine Schütz 03.11.2015

Pourquoi Adele cartonne ?

C’est historique. La chanteuse Adele a battu le record de ventes de téléchargement légal aux Etats-Unis : plus de 1,11 million de fois en une semaine outre-Atlantique. Le précédent record était de 636 000 ventes, pour le « Right Round » de Florida en 2009. Mais pourquoi tant d’amour ?

« Hello », le single du retour de la chanteuse britannique a été téléchargé plus d’un million de fois en une semaine aux États-Unis. Un chiffre hallucinant qui laisse présager des ventes jamais égalées pour son prochain album prévu le 20 novembre, intitulé 25, alors qu' »Hello » est loin d’être son meilleur morceau. On s’attend à ce que ce soit le plus gros succès de l’année, son précédent LP, 21, s’avérant le disque plus vendu du 21ème siècle au Royaume-Uni et le plus écoulé aux US deux années de suite. Mais on peut s’interroger sur les raisons d’un tel raz-de-marée en pleine crise de la musique. Trois pistes de réflexion pour expliquer la tornade de la vie d’Adele et son pouvoir d’attraction inaltérable.

Elle joue sur le mystère. Peu d’interviews, peu de sorties en public, pas de premiers rangs de défilés, Adele joue depuis ses débuts sur le mystère et se fait désirer. Son prochain disque est ainsi son premier depuis cinq ans. C’est long, et dans toutes les histoires d’amour, on sait qu’alimenter le désir demeure une ficelle vieille comme le monde. Ce qui est rare est précieux. Après trois ans de silence, la (re)belle vient de confier au magazine I-D : « Je suis mal à l’aise avec l’idée d’accepter ce genre de situation (la célébrité, ndr). Etre photographiée en plein shopping à Waitrose c’est de la célébrité sans raison, et ce n’est pas quelque chose que je tiens à revendiquer ». Authentique et différente, en pleine ère de la télé-réalité et des réseaux sociaux tout puissants, ça change.

Elle reste atypique. Aujourd’hui, les chanteuses sont toute marquetées, relookées et affichent la taille mannequin et la garde-robe d’une actrice possédant un contrat avec une marque de fringues ou de cosmétiques. D’ailleurs la plupart des interprètes défilent pour de grands créateurs et signent des contrats mirobolants pour devenir égéries mode. Or à la base, la musique c’est quand même une affaire de voix et de charisme, pas de physique. Adele, l’anti Lana Del Rey-Beyoncé-Rihanna rappelle ce principe de base, avec son poids de vraie femme, ses vêtements sobres d’Anglaise lambda et son timbre digne d’une Nina Simone 2.0 qui fait trembler les poils : l’essentiel n’est pas visible à l’œil nu. Et comme le chantait Courtney Love, l’important est de demeurer « pretty on the inside ».

Elle est brillante. De nombreux artistes bourrés de talent n’atteignent hélas jamais les charts ni même les scènes des clubs, pourtant, quand on possède la voix d’Adele, on imagine très mal comment on pourrait échapper à la postérité. Pour comprendre la chargé émotionnelle qu’elle represente, il suffit d’écouter l’un de ses plus beaux morceaux, publié en 2009 quand elle était alors encore quasi inconnue et indépendante (signée chez XL Recordings), le puissant « Hometown Glory » qui parle de mal du pays. Un crève cœur qui la rend aussi indispensable et éternelle qu’une Amy Winehouse ou une Billie Holiday. Forcément, un tel don vaut de l’or, des voix comme ça arrivant à peu près une fois tous les dix ans. Et encore.

Bonus track : la formule gagnante Jamie XX + Adele = la crème anglaise