Music par Clémence Meunier 31.10.2015

Battles, Thom Yorke, Four Tet… On était au jour 2 du Pitchfork 2015

Battles, Thom Yorke, Four Tet... On était au jour 2 du Pitchfork 2015

Fêter l’arrivée du week-end en compagnie de Rome Fortune, Battles, Thom Yorke ou encore Four Tet ? Il y a pire. On vous raconte la deuxième soirée du Pitchfork Music Festival Paris. 

Trois concerts très attendus (Battles, Thom Yorke et Four Tet ont joué à la suite : rarement 4h30 ont passé aussi vite), des lightshows hypnotiques, un public toujours aussi international, un accueil parfait… Autant le dire tout de suite, le Pitchfork Music Festival a réussi son vendredi soir. A commencer par Rhye.

Rhye, la douce découverte

Tout en sobriété, Mike Milosh et Robin Hannibal de Rhye ont présenté Woman, leur dernier album presque unanimement plébiscité par la critique. Sur scène, les Londoniens se défendent avec un « slow R&B » qui donne des frissons. Les corps se balancent doucement de gauche à droite et on ressent comme une communion parmi la foule. Chaque fin de chanson est applaudie tandis que le très bon live band du duo entame un nouveau titre… Si l’on connaissait déjà le morceau « Open », les autres titres confirment notre impression sur ce groupe qui a réussi à nous faire planer pendant de longues minutes.

Mais soyons honnêtes, on n’a ensuite pas été hyper convaincu par Kurt Vile, trop lo-fi, trop plaintif, trop borderline niveau justesse. Qu’à cela ne tienne, on est allé se balader du côté du playground. Douces balançoires, table de ping pong ronde et lumière tamisée, avec en bonus une vue plongeante sur une des scènes : les festivaliers ayant envie de faire une petite pause y sont plutôt bien installés ! Sans compter, bien sûr, le flipper Greenroom – oui, on se vante, mais il est beau notre flipper spécial Pitchfork Music Festival Paris avec ses décors à la Great Gatsby.

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Le stand du jour : Tot, headband d’hiver

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Il y a quelques mois, nous nous intéressions au headband, cet accessoire devenu un incontournable des festivals. Au détour du village de créateurs Klin d’œil, qui fait face au Playground, un joli stand a attiré notre attention. Bessie Yeung, la créatrice de la marque Tot, s’est présentée en quelques mots : « je suis originaire de Hong Kong et j’ai débarqué à Paris en 2002 pour étudier le stylisme au Studio Berçot. ». Son stand est très girly, les headbands sont soit de couleurs unies soit avec des motifs originaux comme du tartan ou des pois. Alors qu’on lui annonce qu’on est très intrigué par la sélection qu’elle a choisi pour le festival, elle nous explique : « j’ai surtout choisi des modèles pour l’hiver qui tiennent chauds avec par exemple du velours, des couleurs automnales comme le moutarde, mais je suis aussi connue pour mes modèles en wax qui est une matière plus légère ». Alors, le headband est-il un accessoire indispensable en festival ? La maître en la matière annonce : « je ne sais pas si c’est un indispensable mais ça change un look , selon l’humeur que tu as il y aura forcément un headband qui te correspond ». Sa collection est impressionnante, et elle s’explique alors sur ses inspirations : « Je m’intéresse beaucoup aux tissus et après j’adapte selon le design du headband, parfois ça peut être un petit bout de tissu vintage que je peux faire reproduire ». Puisqu’on est ici pour la musique avant tout, Bessie nous a confié que son coup de cœur musical de cette moitié de festival était Rhye, confirmant ainsi nos impressions.

We are all set! Just waiting for u @klindoeil @pitchforkparis

Posté par Tot Paris sur jeudi 29 octobre 2015

 

Rome Fortune, barbe turquoise et flow électrisant

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Mais le duo Rhye n’est pas le seul à avoir beaucoup plu en ce début de soirée. Si le Pitchfork Music Festival fait en effet la part belle au rock indé, le hip hop est loin d’être en reste. Rome Fortune, jeune rappeur récemment signé sur Fool’s Gold, était l’une des bonnes surprises de ce deuxième jour de festival. La recette est simple : prenez un MC à la plume inventive, un beatmaker turbulent, et le tour est joué ! Le rappeur d’Atlanta a très vite fait grimpé la température dans une Halle de la Villette qui se remplissait peu à peu. Avec l’audacieux « Four Seasons », le public se laissait aller et on en a même aperçu en train de s’essayer au crunk. On est à Paris mais l’ambiance qui règne dans la fosse nous renvoie tout droit à Atlanta, c’est dire à quel point Rome Fortune a réussi son escapade parisienne ! Encore sonné par son show, on l’a croisé dans la foule des festivaliers avec son crew. Forcément, on n’a pas pu se retenir de lui poser quelques questions.

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Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Jerome Fortune, j’ai 27 ans et je viens d’Atlanta. J’essaye de faire ce que j’aime, ça m’a pris du temps pour en arriver là et obtenir de la reconnaissance. Depuis peu, je suis signé sur Fool’s Gold, le label d’A-Trak.

Quelles sont tes impressions sur le festival ?

C’est le festival le mieux organisé auquel j’ai participé, tout le monde passe un super moment, et ça m’a donné envie d’aller voir de plus près. On a encore 8 dates en Europe, on va passer par l’Allemagne, la Belgique, ça va être fun. Après, je vais aller voir Four Tet qui est un grand copain et qui a d’ailleurs produit quelques uns de mes morceaux dont « Leaders ».

Tu as un style étonnant, ta barbe est turquoise…

Oui, j’avais envie de le faire alors j’ai sauté le pas. J’aime bien les fringues, je vais en friperie pour trouver des vestes sympas mais aussi chez Acne.

Chemises à motifs et bombers

Il n’y a pas que sur scène que l’on croise de bons styles à Pitchfork : dans la foule, Menlook a repéré deux festivaliers aux ensembles qui attirent l’oeil. Avis d’experts :

  « Un look à l’image de la programmation du festival : tout simplement éclectique ! Car si le blouson en cuir et le jean peuvent paraître simples, toute la tenue prend son importance avec la chemise à motif, qui est loin de passer inaperçue ».

« En voilà un qui n’est pas là pour plaisanter. Sweat-shirt à imprimé requin, blouson bombers à inspiration militaire… Sur scène comme dans le public, les choses sérieuses prennent place du côté de la Grande Halle de la Villette. »

(texte : Chris Sengthong)

Thom Yorke, ce génie

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Thom Yorke, lui, a l’air de s’en foutre un peu des vêtements qu’il porte, entre un tee-shirt noir tout simple et pantalon un peu trop grand… Et pourtant, à la minute où résonnent les premières notes de son concert (arrivant après un live épatant de Battles, beaucoup moins bordéliques que sur album), l’Anglais hypnotise son audience. Charismatique et danseur (il est un des seuls à le faire, côté public la foule est si compacte qu’applaudir est déjà un défi), il réveille en chacun un doux sentiment nostalgique post-Radiohead. Mais ce n’est pas un concert tribute au groupe mythique que Thom Yorke proposera ce soir : il est ici pour présenter Tomorrow’s Modern Boxes, son dernier album solo (le deuxième, neuf ans après The Eraser). Accompagné en live par Nigel Godrich (le producteur habituel de Radiohead) et Tarik Barri, il s’autorisera quelques anciens titres, à l’image de « Black Swan », plusieurs reprises d’Atoms For Peace, son autre groupe… Mais pas de Radiohead. Pas grave : VJing juste ce qu’il faut de psychédélique, superbe moment trip-hop sur « Truth Ray », extrait du nouvel album, énergie constante, long rappel sur du Atoms For Peace… Thom Yorke est toujours aussi douée pour faire vibrer une génération entière avec sa voix aiguë et ses instru’ planantes. On le répète : ce type à chignon est un génie.

Pause sandwich chez Myrthe

GREENROOM_PITCHFORK_DAY_3-4On ressort du concert de Thom Yorke un peu perdu, légèrement euphorique… Et affamé. Cela tombe plutôt bien, mais en plus de proposer de super stands de mode, le Pitchfork Music Festival Paris met à disposition de ses festivaliers gloutons plusieurs foodtrucks. Après les Niçois hier, testons les sandwichs de Myrthe, une de ces épiceries qui démontent le cliché de « l’alimentation générale au coin de la rue ». Avec leurs recettes toutes simples (jambon-beurre, jambon-raclette-moutarde ou végétarien), Laura et Marion, la trentaine, misent sur le made in France et l’artisanal. Ces copines de lycée ont lancé leur épicerie fine il y a 10 mois rue de la Grande aux Belles, dans le 10ème arrondissement de Paris – une adresse à visiter pour apprécier, entre autres, de l’excellent jambon Prince de Paris. Un seul mini bémol : gloutons s’abstenir, les portions sont plutôt modestes. En même temps, vaut mieux ne pas s’enfiler une double tartiflette quand on sait ce qui nous attend… Une heure et demi de danse avec Four Tet.

Club géant avec l’étonnant Four Tet

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Pourquoi s’interdire d’inviter un artiste deux années de suite s’il est certainement le meilleur représentant du festival ? Four Tet, déjà présent lors de l’édition 2014, est donc revenu avec sa valisette remplie de vinyles pour un DJ Set qui a clos en beauté ce deuxième jour de Pitchfork. Il a réussi à nous faire redescendre de notre petit nuage Thom Yorke pour nous inviter à entrer dans une danse endiablée dont le point culminant étant sans aucune doute le moment où il a glissé son remix deep house du titre « Opus » d’Eric Prydz.

On assiste à une grande communion dans la Halle qui s’est transformée en club géant avec un light show impressionnant qui enjolive chaque pas de danse. L’étonnant Four Tet a livré un avant goût parfait de la nuit électronique qui nous attend ce soir, où la Grande Halle de la Ville accueillera Unknown Mortal Orchestra, Run The Jewels, Ratatat, John Talabot B2B Roman Flügel, et, en guise de bouquet final, Laurent Garnier.

Texte : Nora Djaouat et Clémence Meunier
Photos : Romain Leblanc