Music par Clémence Meunier 26.10.2015

On a passé notre vendredi soir avec Moby

On a passé notre vendredi soir avec Moby

Moby était de passage à Paris ce vendredi 23 octobre. On en a profité pour lui coller aux basques. 

Quand on pense à Moby, on imagine de grosses lunettes, un crâne rasé, et un personnage calme, à l’image de son album-phare Play« Porcelain », « Honey », « Find My Baby », « Why Does My Heart Feels So Bad ? », « Natural Blues »… Tous les êtres humains dotés d’oreilles fonctionnelles en l’an 2000 ont entendu au moins un de ses tubes, devenus pour beaucoup des génériques et autres musiques de pub à l’époque hype et apaisantes. Et ça n’a pas loupé : retrouvé sur le toit du Peninsula – le palace où Richard Melville Hall de son vrai nom dormait ce soir-là -, Moby a l’allure typique du garçon lunaire, étonnamment juvénile pour ses 50 ans et fixant… Le ciel. Il est fasciné par les nuages parisiens. « Cela fait trois mois que je n’ai pas vu de ciel gris », explique-t-il, en train de prendre en photo la météo menaçante avec son téléphone.

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Mais le moment d’émerveillement ne peut pas durer. Il est en effet attendu à la soirée Electro Shock #4 organisée au Zénith par Virgin Radio. Il y sera accueilli en grandes pompes : depuis son album Innocents sorti en 2013, Moby était plutôt discret. Non pas qu’il se la coule douce ! Depuis cinq ans, ce New-Yorkais pur souche teste une nouvelle vie à Los Angeles. « Je voulais avoir plus chaud en hiver », plaisante-t-il, non sans évoquer la hausse des prix new-yorkais ayant fait fuir les artistes, musiciens et autres photographes qui faisaient pour lui l’intérêt de la ville.

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« Si tu vis dans des villes comme New York ou Paris, tu es entouré par des gens, et par les choses que les gens ont construites. Mais Los Angeles est différente, et étrange : c’est une nouvelle ville, entourée par le désert et l’océan. Tu es cerné par le vide. C’est le sens de mon nouveau projet », ajoute-t-il. Car oui, le nouveau Californien prépare quelque chose : Moby & The Void Pacific Chord – « void » signifiant « vide », justement.

Moby qualifie ce Void Pacific Choir d’ « espèce de secte », indique qu’il fait à peu près tout tout seul mais qu’il y a « environ une dizaine de personnes impliquées, qui porteront des masques et des costumes ». Il reste mystérieux. Il est peut-être un peu tôt pour creuser les raisons profondes de ce projet, encore embryonnaire. Mais il y en a forcément : Moby conceptualise la moindre de ses actions. Chacune de ses phrases semble être l’aboutissement d’une longue réflexion, de The Void Pacific Chord à la beauté de l’architecture. Lui qui fait de la musique, à savoir « de l’air qui bouge un peu différemment à chaque fois », est en effet fasciné par les immeubles, dont il prend beaucoup de photos. « Ils sont beaucoup plus structurés, permanents. Ils existent uniquement pour servir quelques buts : on construit un endroit pour dormir, manger, travailler ou entreposer des choses. Ça nous dit beaucoup sur l’humanité » : quand on vous dit qu’il est du genre à réfléchir à ce qu’il dit.

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Mais sur scène, c’est un tout autre homme que l’on découvre. Après un passage survolté d’Etienne de Crécy venu présenter son Super Discount 3, Moby surgit derrière le DJ booth géant du Zénith et apprivoise rapidement la scène. Pendant toute la durée de son set, il fait preuve d’une grande énergie, n’hésitant pas à s’avancer vers la fosse avec détermination. Passant de la grosse techno au dubstep, Moby conquis le public en folie lorsqu’il saute sur le DJ Booth et enlève son t-shirt. Du haut de ses 50 ans, il est presque en transe sur scène et offre un remix dévastateur de son morceau « Para ». Il est difficile de se frayer un chemin pour rejoindre le devant de la salle tellement la foule est agitée et ce n’est pas le survolté « Get Down » de Jack Beats qui fera redescendre l’ambiance. Il crie, sue, lève le poing : qui êtes-vous et qu’avez-vous fait du moine zen rencontré plus tôt ? « Les humains sont compliqués. Ils peuvent être très calmes, énergiques, joyeux, en colère… Si tu regardes l’océan, il est parfois très immobile, et le lendemain il peut y avoir un cyclone. Je ne fais pas confiance aux gens qui n’ont pas ces extrêmes », explique-t-il.

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La soirée ne s’arrête pas là. Après sa demi-heure de set au Zénith, Moby enchaîne avec le Nuba, où il mixera une heure lors d’une soirée gratuite pour célébrer l’ouverture de la FIAC. On retrouve la techno, le dubstep, un tout petit sample de « Natural Blues » – mais rien de ses albums ambient, trop calmes pour ce genre d’occasion. Le Nuba est plein à craquer. Après tout, Moby est une légende, entre des débuts remarqués dans la scène rave, des dizaines d’hymnes ultra-connues et 20 millions (!) d’albums vendus à travers le monde. Mais il n’est pas du genre rock-star, entretenant lui-même son compte Facebook et un blog où il n’hésite pas à partager de petits aperçus de sa vie privée, entre anecdotes, photos du ciel (décidément) et déguisements improbables.

Just an average Saturday night hanging out on a freeway overpass and wearing a kangaroo suit.

Posté par Moby sur dimanche 2 août 2015

 

« La vie privée est pour certains très importante, pour moi pas du tout. Notamment parce que quand je rentre à la maison, ma vie n’est pas vraiment intéressante ! Ma sécurité est importante : je ne veux pas que des étrangers rentrent dans ma maison (ça lui est vraiment arrivé, et il le raconte avec beaucoup d’humour sur son blog, ndr.). Peut-être que je verrais ça différemment si j’étais marié ou si j’avais des enfants », explique cet apparent solitaire, qui aime par dessus tout se promener dans les immenses forêts de séquoias californiens ou dans Paris à trois heures du matin, puisqu’il ne dort « jamais très bien ». Cette nuit-là, peut-être qu’il se baladera vers Cluny, son musée préféré, en attendant son vol matinal pour Los Angeles. Il sera doux et calme… Jusqu’au prochain concert.

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Clémence Meunier et Nora Djaouat
Crédit photo : Clémence Meunier