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On ne connaît personne dans la prog' des Trans : et alors ?

On ne connaît personne dans la prog' des Trans : et alors ?

La personnalité de Jean-Louis Brossard est et restera toujours intrinsèquement liée à l'histoire des Rencontres Trans Musicales de Rennes. Alors que la 37ème édition (!) commence dans un peu plus d'un mois, nous avons rencontré un des derniers "vrais" programmateurs de France. On s'explique. 

ATM_PRESSE_JLB_N&B_HD01Programmer un festival, c'est un vrai casse-tête : comment avoir une direction claire, des artistes de qualité, des places qui s'arrachent... Essayer de réunir tout ça en même temps représente pas mal de questions. Jean-Louis Brossard ne s'en pose pas. S'il aime un groupe, il le fera passer aux Rencontres Trans Musicales de Rennes ("les Trans" pour les intimes), et peu importe si le nom est inconnu de tous, du débutant provincial au big band thaïlandais jamais venu en France. C'est en ça que les Trans représentent un moment unique pour les amateurs de festival : il s'agit de quatre jours où le mélomane arrive complètement vierge, sans a priori quant à la programmation, pour remplir sa playlist de nouveautés et de pépites dénichées aux quatre coins du monde. Se laisser aller à ce point demande une bonne dose de confiance envers le chef d'orchestre de l'événement. En l'occurrence, il s'appelle Jean-Louis Brossard, a 61 ans, ne goûte pas trop aux mondanités et autres interviews mais tape du pied comme un ado dès que les enceintes vibrent.

"Il y a un 'label' Trans", confie-t-il, bien conscient que ce ne sont pas ses têtes d'affiche qui attirent le chaland : il n'y en a pas. "Les gens ne viennent pas voir tel ou tel artiste, ils disent 'je vais aux Trans'". Créées il y a maintenant 37 ans par Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé, avec Jean-René Courtès et le disquaire Hervé Bordier (qui quitteront le projet en 89 et 96), les Trans offrent chaque année leur lot de découvertes, dénichées par le programmateur au détour d'un festival ou d'un concert. Ainsi, à chaque édition, un artiste au moins sort du lot et perce dans les mois qui viennent. C'est le cas de Jeanne Added, programmée aux Trans l'hiver dernier et remplissant déjà la Cigale - le concert, complet, est mardi 20 octobre et on vous fait gagner des places ici.

Avant elle, beaucoup ont percé grâce à un passage aux Trans Musicales comme, en vrac, Etienne Daho, IAM, The Dø, Noir Désir... Et même Portishead, qui a signé à Rennes son tout premier concert ! "On a également fait les premiers concerts de St Germain ou Gotan Project. Pour nous, c'est une question de confiance, un pari. Ils savent qu'il y a des médias, qu'à cette date là il faut que leur live soit prêt, et généralement ça se passe très bien. De toute façon, je ne veux pas de groupes ayant faits d'autres festivals cette saison. C'est une question d'image, je tiens beaucoup à ça, je ne veux pas proposer quelque chose qu'on a vu ailleurs", assure Jean-Louis Brossard. Mais attention : ne pas programmer ce qu'on voit ailleurs ne veut pas dire attitude snob et goûts de hipsters. Et pour ça, Stromae peut lui dire merci : "A l'époque, il était assez décrié. Mais j'aime beaucoup ce qu'il fait, alors je l'ai invité. Il a mis tout le monde KO. Je suis content qu'il ait du succès aujourd'hui, c'est un mec vraiment sympa".

Ni snob ni opportuniste, ni fermé aux français ni 100% chauvin... Résumer les méthodes de digging de Jean-Louis Brossard est tout simplement impossible - il en a trop. Bouche-à-oreille, concerts à l'étranger, coups de coeur humain... Les facteurs qui font qu'un artiste sera ou ne sera pas à l'affiche des Trans Musicales sont nombreux. Mais, entre deux nouvelles révélations présentées par le programmateur, on a établi une petite typologie des "groupes à Trans". De quoi savoir à quoi s'attendre du 2 au 6 décembre prochain.

Les longs à la détente

"J'aime les groupes qui jouent longtemps", confie Jean-Louis Brossard. Pour preuve, Apollonia ne jouera pas moins de 3 heures et demi sur la Greenroom le jeudi soir, tandis que France, attendu le samedi soir dans le hall 3, aura un créneau classique mais de longs, très longs morceaux. Vous avez trois quarts d'heure pour être un chouia attentif à ce drone empreint de transe ? Voici "Meltown Of Planet Earth", un seul titre de France durant exactement 43 minutes :

Les accompagnés

Les Trans, ce n'est pas seulement un festival défricheur. C'est aussi une structure, via la Tournée des Trans, qui permet d'accompagner les artistes découverts en décembre ou allant bientôt jouer au festival. Ainsi, Her, Kaviar Special ou Ruben, aujourd'hui à l'affiche du festival, se sont faits la main en tournée. Mais le plus étonnant niveau accompagnement vient des Suisses de Grand Cannon. Jean-Louis Brossard raconte : "J'étais à M for Music en Suisse. A 2 heures du matin, dans un club, je rencontre un mec qui me parle de son père, 70 ans, déjà couché à cette heure-ci. Il a un groupe avec un autre Suisse et un Américain qui s'appelle Grand Cannon. J'écoute, c'est du spoken word blues de Zurich, j'adore ! J'ai fini par leur trouver un tourneur et un label, Naïve". Et deux dates aux Trans, le vendredi 4 décembre hall 8 et samedi 5 à l'Ubu.

Les premières fois

"Dizzy Brains est un groupe punk malgache. Ils sont interdits de radio à Madagascar parce que leurs textes sont engagés. Ils n'ont jamais quitté Tananarive, quasi faits aucun concert et n'ont jamais vu la mer bien qu'ils vivent sur une île. Ils joueront cette année le vendredi dans le hall 3 et à la prison des hommes, rien d'étonnant qu'ils aient accepté puisqu'ils ont déjà joué dans celle de Tananarive, et il y aura une photo de prison sur la pochette de leur album. Je les ai découverts via le manager de la chanteuse de maloya Françoise Guimbert. Il m'a envoyé une vidéo de ces mecs. Je voulais absolument les faire venir, mais la question dans ces cas là est 'j'attends un an ou pas ? Est-ce qu'ils ne sont pas trop verts ?'. Mais ils m'ont paru prêts", raconte Jean-Louis Brossard. Pour les 3somesisters, ce sera également une grande première : le groupe n'a pas fait beaucoup de dates en solo, plutôt occupés à accompagner Yael Naïm dans sa tournée en tant que choristes. "Le but n'est pas de faire à tout prix un quota de 'premiers concerts'. Pour les 3somesisters, je les ai laissé faire quelques dates avant de venir, pour qu'ils ne se sentent pas à poil arrivés dans le hall 3. C'est important pour eux les Trans, ça peut lancer une carrière, je n'ai pas envie qu'ils se plantent". 

Les coups de coeur live

"J'ai vu Piu Piu dans un concert organisé par Ed Banger, elle jouait avec les Girls Girls Girls et j'ai trouvé ça vraiment super !". Et ça suffit amplement pour les retrouver programmées sur la Greenroom vendredi soir ! Quant à Steve'n'Seagulls, Jean-Louis Brossard les a découverts dans un festival à Brighton... Mais Youtube avait déjà eu le temps de rendre ces Finlandais célèbres. En espérant qu'ils soient en forme : ils joueront le samedi 5 décembre dans le hall 3, soit le lendemain de la fête nationale finlandaise !

Les créations

On commence à le comprendre, c'est la notion d'exclusivité et de nouveauté qui fait vibrer Jean-Louis Brossard. Alors imaginez quand se présente un projet nouveau, en exclu, et pour autant sans grande prise de risque niveau qualité ! C'est à peu près le cas d'un projet réunissant Code, Superpoze et Dream Koala, qui sera présenté pour la première fois le jeudi 3 décembre dans le hall 8 (quand on vous dit qu'il ne faut pas se contenter de venir le vendredi et samedi !). Pour avoir écouté des extraits d'une répétition, sachez que le trio a l'air d'avoir plutôt bien réussi son travail : montées épiques, instruments à cordes, Dream Koala au chant... Ça va être très bon.

Les coups de cœur humains

A ce qui se murmure, Jean-Louis Brossard a adoré rencontrer le chanteur du groupe canadien Dralms, à découvrir juste après Grand Cannon, le vendredi dans le hall 8. On n'a pas eu cette chance, mais on aime bien sa voix - c'est déjà ça, d'autant que pour le programmateur, ces Canadiens vont percer.

Les venus de loin

L'année dernière, "pas moins de trente pays étaient représentés aux Trans". En 2015, entre les Dizzy Brains de Madagascar, Kaang de la Réunion et du Lésotho et Okmalumkoolkat le Sud-Africain, les Trans seront à nouveau un beau moyen de voyager.

Les locaux

C'est bien gentil de faire venir des groupes depuis l'autre bout du monde, mais il se passe des choses à Rennes ! Ainsi, les Trans ont invité les locaux de Her dont la pop sensuelle nous fait rêver depuis quelques mois.

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Vous avez saisi la recette pour des Trans parfaites ? Rendez-vous mercredi 2 décembre pour la dégustation.

lestrans.com

Crédit photo : Nicolas Joubard