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La genèse du Pitchfork Festival : rencontre avec Julien Catala

La genèse du Pitchfork Festival : rencontre avec Julien Catala

Pitchfork est le média de référence pour tous les férus de musique qui y découvrent chaque jour les nouveautés en la matière et surtout des chroniques d'albums. Parfois décrié pour sa trop grande influence dans l'industrie de la musique, le mastodonte américain a tout de même une bonne réputation et vient tout juste de se faire racheter par le groupe Condé Nast. Au-delà du site, Pitchfork est également un festival implanté à Chicago et dont le petit frère parisien n'a pas tardé à voir le jour grâce à Julien Catala. A trois semaines du lancement de la cinquième édition parisienne, nous avons été à sa rencontre pour en apprendre un peu plus sur ce festival.

Pari risqué : transposer un festival US en France 

En créant l'agence artistique Super en 2006, Julien Catala s'embarquait dans une folle aventure qui allait le mener à former un projet ambitieux avec les deux dirigeants du site Pitchfork. Il suivait depuis de nombreuses années l'évolution du site et sa déclinaison en festival dès 2005 lui a donné une idée: " Super s'est crée à peu près au même moment que la première édition et je suivais depuis des années l'actualité du site Pitchfork, les chroniques et nouveautés que le site relayait régulièrement. A l'époque, on avait fait un petit festival qui s'appelle Super Mon Amour! à Paris et qui est par la suite devenu Fireworks. La rédaction de Pitchfork en avait parlé dans une news, mettant en avant notre programmation audacieuse car on avait, entre autres, Blacks Lips, Ponytail et Gang Gang Dance. Je les ai contactés en les remerciant pour l'article et en leur disant que je connaissais le festival de Chicago et que ça pourrait peut-être les intéresser de l'exporter en France."

Dès lors, Julien noue un premier contact positif avec Pitchfork mais les Américains avaient à l'époque quelques réserves sur le potentiel de Paris pour accueillir ce qui allait devenir quelques années plus tard la vitrine européenne du site. Pourtant, après avoir abattu ses premières cartes, Julien Catala ne baisse pas les bras et c'est finalement en 2011 que tout s'accélère : "Ils sont venus à Paris et ils ont vraiment pris conscience du potentiel de la ville pour accueillir le festival."

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L'équipe de Pitchfork enfin prête pour créer une édition parisienne main dans la main avec Super, il fallait alors trouver un endroit pour accueillir ce nouvel événement. Plusieurs choix ont été évoqués mais il fallait qu'ils répondent à la problématique suivante : accueillir un grand nombre de visiteurs tout en ayant une attractivité spéciale, un charme qui puisse coller à l'identité du festival. Tout organisateur de festival le sait, le choix du lieu est primordial et peut changer la donne: "On a regardé pas mal de lieux dans Paris mais aussi à l'extérieur puis on s'est dit qu'on voulait un lieu vraiment emblématique pour accueillir le Pitchfork. Il fallait que ce soit vraiment beau et pas seulement une salle classique ou un hall basique. Finalement, la Halle de la Villette convenait parfaitement à nos attentes avec sa structure particulière, qui rappelle un peu la Tour Eiffel et a beaucoup de cachet. Sa capacité était également idéale car on ne voulait pas un festival trop grand et la première année nous n'avons occupé que la moitié du lieu avec une seule scène et une jauge de 5000 personnes. Mais on a aussi choisi ce lieu pour la possibilité de faire grossir le festival l'année d'après et d'avoir un accès au Parc."

Une première édition réussie

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Pitchfork avait beau être populaire en France, l'équipe ne pouvait pas prédire le succès du festival. "C'était une grande première pour voir l'impact de la marque Pitchfork en France. On ne savait pas si la programmation allait vraiment toucher le public européen et français.", annonce Julien qui a désormais eu le temps de voir que le Pitchfork Music Festival Paris s'était bel et bien implanté comme une référence en France et en Europe. Quand on lui demande de revenir sur cette première édition, il est satisfait du travail réalisé en si peu de temps : "La première édition était très amateur, tout s'est organisé en une poignée de mois alors qu'aujourd'hui on réfléchit déjà aux artistes qu'on programmera en octobre 2016. On a fait quelques erreurs mais musicalement on a quand même proposé des choses très variées comme Aphex Twin le premier jour et Bon Iver le lendemain. On nous attendait sur un festival uniquement centré sur le rock indé et on a proposé un format qui a complètement balayé ce préjugé."

https://youtu.be/tbKRCTOGnRw

Peu avare en anecdote, il évoque même l'un des grands problèmes de cette première édition : "Avec Super, on savait déjà organiser des concerts et gérer une programmation. Par contre, c'était la première fois qu'on se lançait dans un gros festival et on a eu quelques soucis, notamment sur la restauration où il y avait uniquement des hot dogs. Il y avait une queue de deux heures pour pouvoir manger mais du coup on a appris de cette erreur. Aujourd'hui, le festival accueille plein d'alternatives pour se restaurer, on aura même un bar à huître."

Mais alors, le Pitchfork Paris est-il une copie conforme de celui de Chicago ? Julien est catégorique sur ce point : "Chris et Ryan, les deux boss de Pitchfork, s'accordent à dire que le festival français ne ressemble absolument pas à celui de Chicago. Les deux partagent le même nom, une ligne artistique plus ou moins équivalente mais le festival est plus européen que celui de Chicago. Là-bas, c'est au printemps, en plein air et il termine très tôt car il est implanté dans le centre de Chicago. La musique s'arrête à 23h, c'est plus un festival où l'on se rend pour les grosses têtes d'affiches. Alors qu'à Paris on est plutôt sur un festival d'ambiance, c'est un peu plus festif, et à ce titre la soirée du samedi se termine à 6h du matin. Aussi, on apporte une attention particulière à tout ce qu'il y a autour, comme la nourriture mais aussi le coin créateur qui s’agrandit chaque année."tomspray

A quelques semaines de cette cinquième édition du Pitchfork Music Festival Paris, l'attente se fait de plus en plus longue alors que Super et Pitchfork réfléchissent déjà à l'édition 2016 où Kendrick Lamar et Kanye West seraient d'ailleurs les bienvenus. Après tout, "aujourd'hui, on peut aussi bien écouter Taylor Swift que Deerhunter". 

 

photos: Vincent Arbelet & Tom Spray