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La folie sneakers : décryptage d'une tendance

La folie sneakers : décryptage d'une tendance

Au fil des années, la sneaker, ou basket, est devenue un accessoire indispensable dans tout shoesing qui se respecte. Si elle a connu un franc succès dans le New York des années 80, ce n'est que plus tard qu'elle s'est véritablement érigée comme un phénomène mode à part entière. Décrytage d'une tendance qui perdure depuis des années et qui n'est pas prête de s’essouffler.

Les débuts d'une mode...

B-boy

A New York, les b-boys (ou breakdanceurs) commencent à fouler le bitume du Bronx à la fin des années 70. Cette première vague de danseurs urbains amorcent un style nouveau qui se développera par la suite : le hip-hop. Pour pouvoir effectuer des mouvements souvent compliqués, ils se sont naturellement tournés vers la basket alors utilisée par...les basketteurs ! Dans le documentaire Just For Kicks de Thibaut de Longeville et Lisa Leone, Bobbita Garcia, alors journaliste pour Bounce Magazine, confie à ce sujet : "Le basket-ball est à l'origine du culte des baskets. Ça ne fait aucun doute. Mais c'est le hip-hop qui en a fait un vrai accessoire de style." 

Très vite, une véritable culture de la basket se met en place. Elle devient alors le parfait medium pour témoigner de son individualité et se démarquer de la norme de l'époque. Alors que la sneaker commence à se faire une place de choix dans le cœur des New-Yorkais, certains voient cette révolution d'un très mauvais œil. En 1985, la chanson "Felon Sneakers" de Dr Deas remet d'ailleurs en question cet engouement qu'il qualifie de "mode de baskets de racailles".

Le célèbre groupe Run DMC répond à cette propagande anti-sneakers avec le titre "My Adidas", un véritable hymne à la gloire des baskets. Aussitôt, la machine est lancée et le culte de la sneaker continue à perdurer au fil du temps jusqu'à connaître une véritable explosion depuis une dizaine d'années.

Une culte fait pour durer 

Après ce petit saut dans le temps, retour en 2015 ! Regardez autour de vous, le constat est simple : presque tout le monde porte une paire de sneakers. Que ce soit l'incontournable Stan Smith ou des modèles plus rares, elles sont très certainement les chaussures que l'on croise le plus à chaque coin de rues. Si les hommes ont toujours été très sensibles aux sneakers, les femmes s'y sont majoritairement intéressées plus tard. Amel, blogueuse spécialisée dans la street culture qui officie derrière le pseudo Ugly Mely, affirme : "C'est une bonne chose, les marques ont compris que c'était un marché important et développent des lignes spécifiques ou encore des magasins dédiés comme Courir qui a ouvert en mars une boutique 100% féminine à Paris". Camille Farrugia, qui tient le blog Holy Camille et est une experte en la matière, se réjouit elle aussi de cette tendance : " Je trouve ça cool, tant mieux que chacun puisse y trouver son bonheur ! Je suis surtout ravie quand je vois des petites meufs abandonner leurs paires de ballerines dégueulasses pour une petite paire de sneakers mignonnes !"  Quand on lui demande de nommer la paire qu'elle considère comme un classique à avoir dans son shoesing, elle répond: " Une Reebok Classic Leather, elle n’est pas hors de prix, elle va avec tout et elle a une vraie gueule !"  Et pour Amel, ce serait plutôt la Air Force 1 white qui "va avec n'importe quelle tenue, comme la paire de Stan Smith."  Les marques influentes sur le marché de la sneaker (Adidas, Nike, Reebok, Puma) se sont adaptées quand elles ont compris que ce produit pouvait également intéresser une cible plus large que les amateurs de culture hip-hop.

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Dès lors, chacune des ces marques a développé une stratégie pour fédérer une nouvelle communauté d’aficionados de la basket. Les collaborations avec les stars ont certes pu aider mais c'est surtout l'idée de remettre au goût du jour d'anciens modèles qui a été un franc succès pour toutes ces marques. A ce titre, on se souvient tous de l'invasion du modèle Blazer en 2010 avec laquelle on prenait conscience de ce phénomène de masse. Ces baskets proposées par Nike ont été déclinées dans des coloris et motifs pouvant correspondre à différentes personnalités et les gens ont vite adopté ce modèle tout droit venu des années 70. Ensuite, il y a eu les Air Force One, les New Balance 576, les Nike Huarache, les Adidas Superstar et plus récemment les Nike Cortez (photo ci-dessus). Toutefois, le prix pour acquérir une paire auparavant vendue à un prix moindre peut parfois en rebuter certains, comme Camille : "Quelle que soit la marque, quand on voit un vieux modèle être réédité et coûter parfois le triple de ce qu’on aurait pu payer il y a 15 ans, ça me fait rire. La Huarache, la Stan Smith… On est bons consommateurs, on continue d’acheter. Mais j’ai ralenti ma consommation récemment, pour cette raison, entre autres. "

250 paires de baskets

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Si à l'époque il était difficile pour les New-Yorkais d'avoir de nombreuses paires, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Partout dans le monde, des amateurs collectionnent les différents modèles de leurs marques favorites mais aussi des coups de cœurs de designers moins connus. Amel vient d'ailleurs de sortir un ouvrage sobrement intitulé Sneakers dans lequel on découvre des anecdotes sur chacune des paires pour illustrer les photographies de Brice Agnelli. Sa collection comprend environ 250 paires et pour s'y retrouver elle a mis en place une technique : "Je connais chacune de mes paires mais j'ai quand même une photo sur chacune de mes boites pour mieux les repérer le matin ! Le livre me sert d'inventaire !". De nombreux magasins et sites de ventes spécialisés sont devenus les repères favoris de ces addicts des sneakers. Pour tout ceux qui aimeraient agrandir leurs collections pour un jour concurrencer Amel, voici ses spots préférés pour shopper de la basket: "Mon dealer de sneakers c'est Marco de la boutique MW SHIFT rue de Charonne à Bastille, puis il y a aussi le concept store Adidas No42 Paris situé rue de Sévigné ou encore Augustine, Size?, Shinzo ! En province, il y a Le Nouveau Magasin à Orléans, Rices and Beans à Toulouse, et à l'étranger FootPatrol, Sneakersnstuff à Londres, Kith à NYC ... il y en a tellement !"

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Les réseaux sociaux jouent eux aussi un grand rôle dans la communauté des accros aux sneakers. En effet, il n'est pas rare de croiser des comptes Instragram spécialisés ou bien des opérations menées par les marques elles-mêmes. L'année dernière, à l'occasion de l'anniversaire de la célèbre Air Max 1 3/26 , Nike a décidé de lancer le Air Max Day accompagné d'un concours baptisé "Air Max Battle" relayé sur Instagram et qui a rencontré un grand succès. Les utilisateurs de la plateforme étaient invités à se prendre en photo avec leurs paires d'Air Max pour un concours de style avec à la clé un an de produits Nike offerts. Sur Youtube, la mode des sneakers est également bien représentée avec de nombreuses vidéos de "reviews" où les youtubeurs dévoilent leurs dernières paires.

Devant un tel succès, il n'est pas étonnant que les podiums se soient emparés du phénomène pour proposer leurs versions de la sneaker de luxe. Un scandale pour certains, une mine d'or pour d'autres.