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Au fait, c'est quoi le mastering ?

Au fait, c'est quoi le mastering ?

"L'album est quasi-prêt, on finalise le mastering". Tout le monde utilise le mot, mais peu de gens savent à quoi correspond cette étape. A l'heure des plugins gratuits sur internet, Greenroom fait le point. 

Quand on tape "mastering" sur Google, le premier résultat est un site commercial à la phrase d'accroche des plus efficaces : "démystifiez le mastering". C'est gratuit et prend "quelques secondes". Mais alors, le mastering, c'est à portée de clic ? Pas vraiment pour Miloud Sassi du studio db Master pro (implanté à Paris et Bruxelles) : "chacun peut aujourd’hui avec des moyens légers réaliser des choses intéressantes, mais pour faire la différence sur un marché de la musique extrêmement concurrentiel, avec de très nombreux 'compétiteurs', le mastering professionnel est une étape cruciale pour réussir". D'autant que ce n'est pas qu'une histoire de boutons : "pour mettre en valeur toutes les qualités d’un morceau, il faut certes savoir allier la technique et l’écoute mais surtout, comprendre l’essence même de la musique. Et ça, aucun plugin ou technologie n’est encore capable de le faire !", peut-on lire dans son communiqué de presse "Pas d'album musique qui sonne bien sans mastering", envoyé pour faire un peu de pub pour les studios de Miloud Sassi (photo ci-dessous), mais aussi pour éduquer. "Beaucoup de labels indépendants ou de semi-pro ne voient pas du tout l'intérêt de faire masteriser leur album. Du coup, ils se retrouvent avec des choses pas très agréables à écouter, tout simplement parce qu'ils ne sont pas au courant du processus. Il passent par l'enregistrement et le mixage et zappent le mastering parce qu'ils ne savent pas du tout à quoi ça sert et de quoi il s'agit".

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Il est plutôt rare de recevoir ce genre de documents : le mastering n'est pas l'étape la plus connue ni la plus glamour d'un enregistrement d'album, où l'on parle plus souvent des producteurs et, bien sûr, des artistes eux-mêmes. Il y a une raison à cela : expliquer ce qu'est le mastering, c'est compliqué, et personne n'y comprend rien. Myriam Eddaïra, ingénieure du son, a travaillé entre autres avec Barbara, Jean-Louis Aubert ou Marianne Faithfull. Elle a ensuite décidé de monter son studio, le studio d'Ikken, à Chelles, où elle est à la fois directrice, manager de groupes, éditrice, tout en restant enseignant ses métiers dans son propre studio ainsi qu'aux formations d'Issoudun. L'interlocutrice parfaite pour comprendre de quoi il en retourne, vu qu'elle est habituée à expliquer aux étudiants perdus ce procédé mystérieux : "Un disque se fait en quatre étapes. Il y a bien sûr l'écriture de l'album, c'est le travail de l'artiste. Ensuite, on enregistre en studio les pistes les unes après les autres, avec d'un côté la voix, de l'autre la guitare, et ainsi de suite : c'est l'enregistrement. Vient le mixage, où on mélange (to mix en anglais) ces pistes en essayant que ça sonne bien. Mais ce n'est pas fini. Avant d'envoyer le disque à la fabrication, il y a donc le mastering, où on homogénéise l'album, en terme de niveau et de couleur." Comprenez qu'il faut que la première piste ne soit pas beaucoup plus forte que la deuxième, et que la patine globale de l'album ne change pas en court de route. Et ce n'est pas rien : "J'aime bien comparer la création d'un disque à l'élaboration d'un menu de restaurant : on invente un plat, on choisit les ingrédients, on mélange le tout... Mais on ne va pas servir la casserole sur la table ! Non, on décore l'assiette, on assaisonne une dernière fois", poursuit Myriam.

image051A côté de cet aspect artistique, il y a la technique. Le mastering est en effet le moment où l'on choisira l'ordre des chansons (un vrai casse-tête !) et le temps de silence entre chaque pistes. Un album masterisé, c'est le numéro 0 du disque. Il change donc en fonction du support, qu'il soit en CD (on réalise alors, dans un environnement stérile, un glass master, comme on peut le voir sur la photo ci-contre) ou en vinyle (on crée une disque gravé en fonte sur lequel sont plaquées des boules de vinyle). Une toute dernière étape qui demande du matériel assez rare, et est parfois externalisée.

Myriam ne fait pas de mastering, tout comme Miloud ne fait pas d'enregistrement. "Je sais que j'ai des oreilles et des machines, mais ce n'est pas mon métier. Et c'est bien d'avoir une oreille extérieure sur des erreurs parfois techniques et un peu bateau. Par exemple, j'ai mixé tout un album dans une cabine qui avait un petit défaut d'acoustique. Au mastering, on s'est rendu compte qu'il y avait une fréquence sur tout l'album assez désagréable, mais je n'avais pas pu l'entendre", raconte Myriam. Un album pas ou mal masterisé, et c'est la cata. Pour Miloud, il devient "mou", et dérangeant à écouter, puisqu'on est obligé d'augmenter ou de baisser le volume entre les pistes. Par exemple, "le dernier album de Madonna est très mal masterisé, avec de gros problèmes de saturation et de volumes entre les plages".

Peu connus mais essentiels : voilà le problème des studios de mastering. "Les plugins tuent notre métier. On a de vraies machines analogiques à 4000 ou 5000 euros, des équaliseurs, évidemment ça fait une différence. Un plugin à 150 euros va juste 'gonfler' l'album, en augmentant le volume pour que les gens entendent mieux. Mais il ne pourra pas faire mieux ressortir la voix quand elle est noyée dans les instrumentaux, ou s'adapter à la demande de l'artiste. On a en effet des 'conventions' sur ce qui est attendu d'un mastering en fonction du genre de musique - on compresse par exemple beaucoup plus le son en électro pour que ce soit dynamique et que les basses ressortent. Sauf qu'un artiste n'a peut-être pas envie de faire comme tous les autres et nous, on s'adapte. Pour résumer, les plugins, je les bannis !", conclut-il. Chez db Master pro, à titre d'exemple, le mastering d'un titre coûte à partir de 60 euros TTC. Un moindre mal si on ne veut pas, comme Madonna, être la risée de tous ceux qui ont des oreilles fonctionnelles.

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