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On a passé les nouveaux pilotes des séries U.S. à la loupe

On a passé les nouveaux pilotes des séries U.S. à la loupe

Chaque année la grande messe de la rentrée passe aussi par les séries : les nouveautés s’enchaînent, présentées au monde par leur pilote, un premier épisode toujours coincé entre l’envie d’en mettre plein la vue et le besoin d’installer patiemment intrigues et personnages. Nous avons regardé une partie de ces nouveautés pour voir ce que cette rentrée 2015 a dans le ventre.

La télé américaine n’a plus d’idées, épisode 1 : les adaptations

L’heure est grave, la crise, l’internet, tout ça et c’est une raison bien suffisante pour que l’industrie des séries américaines et plus particulièrement les Networks (les chaînes de base, hors câble) jouent la carte de la sécurité en adaptant des marques à succès, des livres (Game Of Thrones) mais aussi des films. Pas sûr qu’on revienne pour le deuxième service de l’adaptation du blockbuster Minority Report. Souvenez-vous, dans le film dont Tom Cruise était le héros, trois étranges humains avaient le pouvoir de voir les crimes avant que ceux-ci soient perpétués et donc d’aider la police à les empêcher. Ici, onze années plus tard, le programme utilisant ces humains très spéciaux, les précogs, a été arrêté, et l’une de ces créatures cherche à continuer à stopper les crimes en solo.

Ce qui énerve le plus dans ce pilote de Minority Report, c’est la représentation du futur : la série essaye à un rythme épuisant de nous en mettre plein la vue en alignant les effets visuels et les gadgets souvent un peu débiles, comme le drone à selfie. On assiste aussi à l’apparition de quelques poncifs des fictions futuristes un peu ridicules, des looks lorgnant parfois le cyber-punk à ces fameux affichages de données sur écrans transparents que les personnages manipulent en faisant des gestes gracieux avec les mains.

Mieux valait en cette rentrée se concentrer sur Limitless, la suite en série d’un film de 2011 qui avait participé au couronnement de Bradley Cooper en nouveau roi du cool à Hollywood. La série reprend le principe du film, une molécule a été découverte, permettant à celui qui l’ingère de développer au maximum son cerveau : tous les savoirs et souvenirs oubliés sont à nouveau accessibles, les sens plus en alerte, les idées plus claires, les pensées plus justes. Sauf que c’est un nouveau loser qui prend la place de Bradley Cooper, Brian Finch, un musicien raté, qui en ingérant la fameuse molécule se retrouve au milieu d’une course poursuite entre la police et des truands encore bien mystérieux.

Si le pilote, rythmé, se déroule sans aucune surprise, on reviendra pour les acteurs impeccables : du héros, qui joue le paumé charmeur à merveille, à la flic, connue surtout comme sœur de Dexter dans la série du même nom, en passant par les parents, déjà vus dans Fringe ou Alias et toujours justes. La scène de clôture du pilote intrigue enfin parce qu’elle nous rappelle que Bradley Cooper n’est pas absent du projet : il produit la série et semble devoir y tenir un rôle régulier, probablement parcimonieux, où il prendra le nouveau héros sous son aile.

La télé américaine n’a plus d’idées épisode 2 : les reboots

Quand les chaînes de télévision n’adaptent pas des films elles font encore plus fort en refaisant des séries déjà faites ! C’est le cas de la série de super-héros Heroes, carton éphémère au milieu des années 2000 vite retombé aux oubliettes à cause de scénarios de plus en plus catastrophiques. Cinq ans après la fin de Heroes, Heroes Reborn n’est pas vraiment une suite, mais plutôt un reboot non avoué où la galerie de personnages est à quelques exceptions près entièrement renouvelée. Au centre de l’histoire on retrouve tout de même Noah Bennet, l’un des seuls sans-pouvoirs de la première série (le père de la fameuse pom pom girl qu’il fallait sauver à tout prix), qui tente de comprendre la menace qui pèse sur l’équilibre du monde quand une attaque terroriste attribuée à des Evos (nom donné à ceux qui ont un super-pouvoir) rend la cohabitation avec des humains classiques de plus en plus belliqueuse.

Le pilote est un bel échec, trahi par un copier-coller grossier de la première série : le lycéen qui trouve une gentille camarade à qui confier son lourd secret, le fou furieux décidé à massacrer tous les Evos, le geek japonais maladroit... De beaux ratés visuels (les séquences “jeu vidéo” affreusement laides) et de casting (le lycéen aux tics épuisants) donnent peu d’espoirs pour la suite, même si Noah Bennet reste l’un des personnages les plus charismatiques de l’univers Heroes.

Croyez-le ou non, mais la série comique la plus attendue de ce début de saison outre-Atlantique est un reboot des fameux Muppets… oui oui, Kermit la grenouille, Miss Piggy et les autres sont de retour, sous la houlette d’équipes ayant travaillé à des projets enthousiasmants, de Malcom aux Simpsons en passant surtout par The Office, dont ces nouveaux Muppers reprennent quelques principes, comme les monologues face-caméra des personnages commentant l’action. Un retour porté par un pitch en abime prometteur (un show dans le show, la série se passant dans la rédaction d’un talk show de fin de soirée, Up Late With Miss Piggy), qu’on espérait drôle et grinçant. De l’avis de tous, ces 20 premières minutes sont un demi-échec, bon nombre de blagues tombant à plat. Il s’en dégage tout de même un charme certain et l’on peut espérer que la suite s’améliore.

Et les projets originaux alors ?

Le gros morceau de cette fin septembre c’était le lancement de Scream Queens, la nouvelle série de Ryan Murphy (Nip Tuck, Glee, American Horror Story). Si Murphy est un des puissants d’Hollywood, ses œuvres sont toujours clivantes : sur-esthétisées, provocantes parfois jusqu’au grotesque tout en étant souvent faussement subversives, elles ont le mérite de montrer ce qu’on voit peu ailleurs notamment quand elles abordent les thématiques LGBT. Et ce coup-ci on lui pardonnerait bien ses excès puisque Murphy plonge carrément dans la parodie : Scream Queens tourne en dérision les slasher movies (Scream et compagnie) avec un scénario camp en diable. Dans une sororité d’université américaine tenue par la plus cruelle des mean girls, un tueur en série commence à faire tomber les corps un à un.

Héroïne mise à part, la galerie de personnages est amusante (même si elle emprunte parfois trop visiblement aux séries précédentes de Murphy, la doyenne incarnée par Jamie Lee Curtis étant pour le moment une copie du personnage de Coach Sue dans Glee) et les répliques font souvent mouche. Si la série semble s’écrouler quand elle oublie son ton parodique, ce double premier épisode reste prometteur et truffé de scènes absolument jubilatoires, comme le premier meurtre officiel du serial killer sur une frat girl occupée à crier au meurtre sur Twitter ou l’hilarante scène d’intimité gênée entre deux frat boys meilleurs amis.

Côté comédies, on a bien ri devant le premier épisode de Life In Pieces, une comédie sur les relations familiales qui évoque parfois Modern Family et tient principalement grâce à un casting épatant où l’on retrouve Colin Hanks. Le pilote est divisé en quatre saynètes qu’on croit distinctes avant de comprendre qu’elles concernent quatre membtres de la même famille qui se retrouvent pour la dernière partie de cette ouverture prometteuse. Les situations sont attendues mais les gags, souvent vulgaires, marchent et les personnages caricaturaux mais interprétés avec zèle. Vivement la suite.

Notez bien que la rentrée US vient seulement de commencer, les networks ont encore beaucoup de choses à dévoiler et les chaînes câblées quelques trésors bien gardés.