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Ostgut Ton, histoire d'un label

Ostgut Ton, histoire d'un label

Alors qu'Ostgut Ton, le label du club berlinois Berghain, fête ses dix ans, Greenroom revient sur l'histoire d'une maison devenue culte. 

Au commencement était le Berghain...

... Ou plus précisément l'Ostgut, un club gay berlinois devenu mythique pour ses afters à l'ambiance plutôt décomplexée, ouvert dans le Mitte en 1998. Il fermera en 2003, pour renaître sous une forme bétonnée, sombre et terriblement mystérieuse : le Berghain. Le reste, vous le connaissez, entre l'interdiction formelle de prendre des photos à l'intérieur de cette ancienne centrale électrique (plutôt ironique quand on sait que Sven Marquardt, le physio-cerbère tatoué du club, est photographe le jour), l'absence de repère temporel ("il fait jour ou nuit ? On est déjà dimanche ou encore vendredi ?"), l'espace du Panorama Bar plus électro et house que le Berghain à proprement dit, très techno, les sets qui durent sept heures ou encore les fameuses back-rooms... Avec un sound-system souvent considéré comme le meilleur du monde, réglé par Marcel Dettmann himself, le club a de quoi faire rêver.

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Mais surtout, même si des cars de party animals français tentent (parfois sans succès) d'y rentrer, le Berghain fait tout son possible pour ne pas perdre son âme. Point de tee-shirt ou de clubs jumeaux ouverts un peu partout dans le monde, comme avec le Ministry Of Sound londonien. Si on devait comparer le tas de béton berlinois à une autre boîte, ce serait plutôt du côté de Fabric et son label Fabric Records créé en 2000, qui sort une fois par mois une très bonne compilation mixés par des DJs connus (Andrew Weatherall, Ivan Smagghe, Carl Craig, Ricardo Villalobos, Ellen Allien, Âme, Robert Hood, AgoriaMaya Jane Coles, Cut Copy, Simian Mobile Disco, A-Trak, Four Tet, Brodinski, Ben UFO, Boys Noize, Erol Alkan... Ils y sont tous passés, même Ben Klock et Marcel Dettmann !). Cinq ans plus tard, en 2005 donc, le Berghain décide de lancer son propre label : Ostgut Ton Records, du nom du premier club du Mitte.

Ben Klock et Marcel Dettmann : deux écoles complémentaires

Le label signe bien sûr les habitués du Berghain et du Panorama Bar, dont les résidents Ben Klock et Marcel Dettmann. Ces deux là n'ont pas grand-chose en commun : Marcel Dettmann a grandi à Berlin Est, un gamin transformé par la chute du mur et ses conséquences sur la musique électronique, tandis que Ben Klock, né à l'Ouest, se voyait pianiste de jazz. Finalement, ils se retrouvent tous les deux au Berghain, en tant que résidents... Et l'alchimie opère, Klock et Dettmann devenant les symboles d'une boîte à la musique pointue, ralentissant la techno de leurs aînés pour créer, excusez du peu, la "techno allemande" (terme un peu fourre-tout qui a tout de même le mérite d'exister, caractérisé par des sons froids, de très longs sets et morceaux et un minimalisme assumé). Et qui dit symboles du Berghain dit porte-étendards de son rejeton, Ostgut Ton, où il a été décidé que les mixes ne seraient jamais soumis à de la post-prod digitale, puisque que "c'est l'opinion du label que rien n'est plus ennuyant que la perfection".

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Mais il n'y a pas que de la techno à Berlin et chez Ostgut Ton, déjà parce que le Berghain abrite le Panorama Bar, à la couleur bien plus house - on retrouve parmi les signatures Steffi, résidente au Panorama. Grâce aux productions de ses différents poulains comme Folk de Nick Hoppner cette année et à ses compilations, Ostgut Ton s'est très souvent placé assez haut dans les classements annuels des meilleurs labels de Resident Advisor (en 2014, il était 10ème, juste derrière Ninja Tune). Depuis le tout premier mix signé par André Galluzzi...

... Jusqu'aux dernières productions de Steffi...

... Facile de comprendre ce qui plaît : mettez un casque, fermez les yeux, et vous y êtes. Ici, toutes les tracks sont d'abord testés en club, les mixes sont enregistrés bruts. De l'immédiateté esssentielle pour une techno ou une house qui n'ont pas d'autre ambitions que la transe et l'abandon total à un entrepôt taggé. On en redemande, et ça tombe bien : voilà dix ans qu'Ostgut Ton sort ses mixes et autres petites pépites de maxi.

Dix ans que ça dure !

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Une décennie d'existence, c'est l'occasion d'un nouvelle compilation, Zehn ("dix" en allemand, logique) attendue pour le 30 octobre - en digital mais aussi en édition deluxe limitée de dix vinyles -, et de faire la fête. Ainsi, deux soirées sont organisées en association avec Mercredi Production, au 1936 (Saint-Denis) et à la Gaîté Lyrique (Paris 3ème), les 18 et 19 septembre. Au programme : Ben Klock et Marcel Dettmann bien sûr, mais aussi Function, Norman Nodge pour le 1936, ainsi que Steffi, Tama Sumo et Martyn (également signé sur Ninja Tune), accompagné du 50Weapons Head High aka Shed pour la soirée à la Gaîté. Alors on range nos appareils photo (après tout on est là pour danser, pas pour prendre des selfies), on chausse nos plus belles tennis et on révise les classiques : les gars (et les filles) du Berghain débarquent à Paris, et c'est peut-être la plus belle nouvelle de cette rentrée.