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Tout plaquer et faire le tour du monde

Tout plaquer et faire le tour du monde

Ils sont de plus en plus nombreux mais font toujours autant rêver : trois backpackers nous ont raconté leur tour du monde, entre changements de vie et précieux conseils. 

"Hey, et si tu faisais le tour du monde plutôt ?". Quand sa sœur lui lance ce défi, François comptait passer quelques mois en Inde. Mais l'idée n'est pas si bête : son contrat en tant que graphiste pour la Redoute vient de s'achever, il a pu faire quelques économies. Nous sommes en 2008 et François, rejoint par son ami Sylvain, s'embarque alors pour un tour du monde d'un an. Aujourd'hui, tout plaquer pour découvrir l'Asie ou l'Amérique du Sud est quelque chose qui tente de plus en plus de jeunes actifs. Sur Instagram ou Facebook, ils font baver d'envie leurs anciens collègues. Mais à l'époque, François ne connait pas grand-monde ayant passé le pas. "On s'est retrouvé à faire un tour du monde assez 'classique'", raconte celui qui est maintenant rentré en France, mais voyage toujours "environ six mois par an". Au programme : Asie du Sud-Est, Australie, Amérique du Sud et retour au bercail. Avec le recul, il aurait bien organisé son périple autrement, sans date de retour notamment. "Ça change ton état d'esprit, tu ne refuses pas certaines opportunités comme le fait de travailler dans un des pays visités", explique-t-il.

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Sylvain et François (à droite)

Travailler peut être un atout car, on l'imagine bien, voyager n'est pas complètement gratuit. Au départ simple blog pour informer leurs familles de leurs aventures, Sylvain et François ont finalement lancé un site internet, Tourdumondiste.com ainsi qu'un forum Facebook comptant 11 000 membres. Et ils y ont fait un petit sondage : sur le millier de personnes ayant répondu à l'enquête, les backpackers ont dépensé dans les 15 000 euros pour financer leur année de voyages, 11 000 euros pour les deux copains. "Mais tu peux voyager à beaucoup moins. Si j'avais à le refaire, je ne prendrai pas l'avion, pour une question de prix mais aussi d'impact écologique. C'est paradoxal d'aller à un endroit pour admirer les beaux paysages tout en polluant comme un malade avec neuf ou dix voyages en avion dans l'année. Je préférerais le refaire en vélo et en bateau", explique-t-il.

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En Bolivie avec François et Sylvain

Si Charlotte a effectivement voyagé en avion, elle n'a pas hésité à prendre un aller simple. Pendant sept mois, elle a puisé dans ses économies pour visiter l'Asie du Sud-Est. Mais en Amérique du Sud, elle a travaillé, notamment dans des hôtels pour backpackers. "Je le faisais tous les deux ou trois mois. La plupart du temps, tu es nourri et logé, et ça te permet de retrouver un quotidien plus rassurant tout en visitant pour quasiment rien. J'ai par exemple travaillé au Nicaragua, qui est un tout petit pays : je pouvais voir plein de choses de la région sur mes jours de congés !".

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Charlotte dans le désert d'Atacama, au nord du Chili

Au final, elle sera restée quinze mois à vadrouiller partout dans le monde. Avant cela, elle était contrôleuse de gestion pour un site de vente en ligne. "Je travaillais beaucoup trop, je n'arrivais pas à trouver d'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Et j'allais avoir trente ans, avec cette pression de vite trouver un mec et avoir des gosses", raconte-t-elle, de retour en France depuis moins d'une semaine.

11709620_10153415809612480_3248622547114255045_nPartie seule, ce voyage lui a changé la vie : "J'ai découvert autre chose que le rythme métro-boulot-dodo, et ce que c'est que la liberté dans son sens le plus pur. Tu fais ce que tu veux, quand tu veux, en dehors des codes sociaux. Ton seul problème le matin est de trouver un endroit pour petit-déjeuner". Et puis, bien sûr, il y a les autres backpackers et les locaux. "Tu rencontres des gens rien qu'en leur disant bonjour dans une auberge. J'ai voyagé avec certains pendant un mois et demi, à être ensemble 24 heures sur 24. Et quand tu as des envies différentes que celles de tes nouveaux amis, ce n'est pas grave : tu pars une semaine faire ce que tu veux, et tu les retrouves quelque part. Ce n'est finalement pas les plus beaux lieux à visiter ou la meilleure nourriture qui resteront des souvenirs inoubliables, mais bien les rencontres".

Romain partage cet avis - "Il faut s'ouvrir aux autres sinon tu rates ton voyage !". Aujourd'hui chef de projet dans une agence de communication, il est parti à Montréal en 2008, à la fin de ses études. Traversée du continent américain, départ pour l'Asie, l'Australie, la Russie, pour finir par la Finlande... Une trentaine de pays à traverser quand on sort tout juste des études, ce n'est pas rien à organiser. Alors Romain a vendu sa voiture, travaillé pendant quelques mois pour économiser, contracté un prêt à la banque et trouvé un job en télétravail pour avoir un petit pécule toute l'année. Aussi, et on n'y pense pas forcément, il a fait appel au sponsoring. "Ça ne m'a pas changé la vie, mais j'ai reçu un peu de matériel, comme un GPS, ou alors de la visibilité pour mon blog". Car oui, tout comme François et Sylvain, Romain a tenu un carnet de voyage (Romain World Tour) pendant cette année sabbatique et continue de l'alimenter aux détours de ses plus rares vacances. Bouger aux quatre coins du monde reste une passion pour lui, et un apprentissage de vie : "Un voyage au long cours t'apprend à être débrouillard, t'aide à tester tes limites et à te découvrir toi-même. Cela peut te métamorphoser".

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Romain en Chine

Tout plaquer, sans date de retour, si possible sans prendre l'avion, ne pas être trop à cheval sur son confort et ne pas hésiter à parler à tout le monde, voilà pour les conseils pratiques. Mais le plus important pour Charlotte, c'est surtout d'oser, ne pas renoncer à son rêve par peur de manquer d'argent ou de regretter. "Je suis très fière d'avoir fait ça, j'ai l'impression de pouvoir tout faire aujourd'hui", raconte-t-elle, encore chamboulée par le décalage horaire et se reposant à Grenoble. "Je vais me remettre à la vie française maintenant, retrouver un travail et un appartement". Avant de repartir, peut-être.