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Rencontre : Zimmer, globe-producteur

Rencontre : Zimmer, globe-producteur

Avec un EP comme hymne chatoyant et langoureux d'un été qu'on espère sans fin, Zimmer confirme sa place de jeune prodige français en distillant ses pépites électroniques aux frontières d'une house et d'une pop qui s'accordent parfaitement.

Signé chez Roche Musique après un passage chez Discotexas, on avait d'abord repéré Zimmer avec son single "Sensify Me" et on avait ensuite dansé sur son remix "Don't Wanna Dance" de la chanteuse MØ pendant tout l'été - et plus encore depuis son passage sur la Greenroom de Solidays. Il sera également à l'affiche du festival marseillais Acontraluz. Difficile de ne pas vouloir le rencontrer sachant tout ça !

Avec cet EP tu t'affirmes en tant producteur, mais reste souvent invité pour des DJs sets. Quand trouves-tu le temps de composer ? Qu'est-ce qui t'inspires le plus ?

Les choses qu’imprime le plus mon subconscient ce sont les voyages et les films. D’ailleurs, c’est souvent quand je voyage que j’ai du temps de battement dans les hôtels, je me pose devant mon ordi et je pars sur une composition d’un coup. Par exemple, l’un de mes morceaux qui a le plus marché a été composé dans un aéroport après que j’ai raté un avion, c’était tout sauf confortable et pourtant…

Ça m’arrive très rarement de rentrer de soirée et de me dire 'ah tiens j’ai envie de faire tel truc' et de commencer à composer un morceau. Je préfère faire la chose le jour. Pourtant c’est plutôt commun de créer la nuit dans la musique électronique, les producteurs aiment être tard le soir dans leur studio.

Dans le documentaire réalisé par Dave Shale, tu dis « j’ai essayé de penser ce disque comme une B.O de film». Peux-tu développer cet aspect de ton EP Coming Of Age, sorti en juin dernier?

L’ordre des morceaux sur l’EP correspond à l’ordre chronologique dans lequel je les ai faits, du plus ancien au plus récent. Je me suis rendu compte que j’étais fasciné par tous ces films dits "Coming Of Age" justement, qui s’attardent sur l’âge de l’adolescence. Il y en a un en particulier qui m’a marqué. Il s’intitule Le Monde de Charlie avec Emma Watson et il y a cette scène assez fascinante à la fin : les personnages arrivent au bout d'un tunnel et on voit la ville avec en fond "Heroes" de David Bowie, c’est un très beau moment. J’essaye de faire de la musique pour ce genre de moment.

En parlant de B.O de films, si tu ne devais en choisir qu’une, laquelle serait-ce ?

Celle qui m’a le plus marqué dernièrement c’est une B.O de Hans Zimmer, pour le film Interstellar de Christopher Nolan. Elle est vraiment envoûtante, hyper cosmique. En plus mon père est physicien et chercheur, et le film parle exactement de ce sur quoi mon père travaille, donc je sentais vraiment un lien avec ce film même si je n'y comprends pas grand-chose en physique.

Quelles ont été tes premières influences musicales ?

Il y a eu deux phases. La première est plutôt orientée hip-hop. Ce n'est qu'ensuite que je me suis mis à la musique électronique. J’allais à la bibliothèque chaque semaine car je pouvais emprunter cinq disques et du coup je me suis mis à écouter toute la French Touch. C’était en 2000, les belles années étaient déjà derrière mais c’est comme ça que j’ai découvert Super Discount, Cassius, les Daft bien sûr, et puis les premiers disques de Bob Sinclar. J’ai un peu digéré toute cette grosse vague French Touch qui m’a inspiré en tant que DJ. Côté prod’, c’est plutôt la nu-disco avec des artistes comme Aeroplane, Todd Terje et Breakbot en 2009-2010. C’est vraiment à ce moment-là que je me suis dit que je ne voulais plus être simplement DJ, mais faire moi aussi ma propre musique.

Tu pars bientôt dans une tournée en Amérique du Nord qui t’amènera du Canada au Mexique. Qu’est-ce que ça te fait d’avoir une grosse demande à l’internationale ?

C’est très cool, je suis hyper content de pouvoir voyager aux quatre coins du monde. Je connais plein d’autres artistes qui marchent bien mieux que moi pour certains, mais qui sont très régionalisés, qui ne tournent pas tellement à l’international. Ça me fait découvrir des tas endroits où je ne serais jamais allé. Demain, je m’envole pour le Bangladesh, c’est vraiment l'exemple parfait du pays où je n’aurais pas eu idée d’aller si je n’étais pas DJ.

Comment expliques-tu cette demande assez forte ?

Pour les Etats-Unis, c’est très certainement par ma double culture, j'y ai vécu pas mal d'années et encore aujourd'hui j’ai des amis là-bas. Il y a des promoteurs qui ont cru que j’étais américain, car pas mal de blogs US m’ont suivi et les demandes ont enchaîné derrière. Et après pour les autres territoires, c’est un truc qu’on a en commun chez Roche Musique. Darius, FKJ, Kartell, on tourne tous beaucoup dans des villes improbables en Asie, mais en Europe un peu moins. On a un son qui est assez universel, pop et catchy, qui touche différents publics.

Et donc vous devez jouer dans des endroits invraisemblables…

Oui, rien que pour cette année j’ai joué dans tous les endroits imaginables, du festival de 5000 personnes à des clubs vraiment plus petits, sur des sets de 4 à 6 heures du mat', devant des publics différents, qu’ils s’y connaissent et aient une culture musicale très pointue ou qu’ils soient juste là par curiosité et envie de découverte.

Quel est le pays où tu rêverais de jouer ?

Le Brésil, d’ailleurs j’ai failli y jouer pendant la Coupe du Monde, mais finalement ça ne s’est pas fait. A Rio, ils ont des clubs dans les favelas avec une vue à couper le souffle, et j’aimerais vraiment voir ça de mes propres yeux.

Des singles et puis maintenant un EP de 4 tracks, t’es sur la bonne voie pour nous pondre un album prochainement non ?

Alors oui, le fait de m’attarder à produire des morceaux originaux pour l’EP ça m’a donné envie de composer un album, chose à laquelle je n’avais jamais pensé auparavant. Après ma grosse tournée, je vais entrer dans une phase de production intense, et collaborer avec le maximum de personnes. Et puis pour l’album on verra, mais je ne pense pas en faire un avant au moins un an.

As-tu déjà des idées de collaborations ?

Oui, avec plusieurs chanteuses, dont une qui s’appelle Zyra et qui a chanté sur « Say My Name » d’Odesza, un gros carton de 2014. Sinon je pense que je vais essayer de refaire quelque chose avec Emilie Adams. Il y a déjà des petites démos sur lesquelles on bosse ensemble. Avec Coming Of Age, j’ai commencé à travailler avec une chanteuse dans une même pièce et non pas par Skype et j’y ai vraiment pris goût. Les nouvelles technologies c’est fabuleux, mais je suis un peu fatigué d’être sur mon téléphone ou mon ordi, j’aime bien les moments hors de la virtualité.

On a compris que tu étais un peu un obsédé des paysages et des vues extraordinaire. Est-ce que tu les immortalises en photos ?

Oui ça m’arrive, mais je n’y consacre pas autant de temps que je le voudrais. Mais par exemple, je m’implique en faisant mes artworks, comme celle de Coming Of où j'ai même dessiné le macaron du vinyle . Pareil, sur mes mixtapes la moitié des photographies ce sont les miennes. J’aime bien marier les deux, le côté DJ/producteur et la DA. Après c’est un peu un cercle sans fin.

Pourquoi ça ?

Parce que maintenant j’aimerais beaucoup faire des animations visuelles pour accompagner chacun de mes morceaux lors de mes sets, mais il faudrait apprendre les techniques d’animations 3D, etc. Et si je fais ça, ça prendra une éternité et mon album ne sortira pas avant dix ans (rires).

Avant de te quitter et puisque c’est encore l’été pour quelques semaines on aimerait bien connaître tes trois incontournables à avoir sur une playlist estivale.

Alors, pour commencer je dirais un remix de Cosmic Kids d’une chanson de Giselle qui avait chanté sur « Crave You » de Flight Facilities. Le morceau s’appelle « Silk » et je crois que c’est celui que je préfère écouter quand je suis dans une piscine… C’est vraiment le meilleur morceau de piscine de tous les temps !  Le suivant c’est une sacré pépite, un edit de Lucio Battisti, un chanteur de variété italienne très connu, par Luca C et Brigante. Pour le troisième ce sera « I'm The Man, That Will Find You » de Connan Mockasin. C’est marrant car c’est un morceau qui marche aussi bien très tard le soir en hiver qu’en plein été au bord d’une piscine.

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