JE RECHERCHE
Manchester, Rock'n'Roll City (3/3)

Manchester, Rock'n'Roll City (3/3)

Manchester. 260 km au nord-ouest de Londres. 500.000 habitants, et au moins autant de groupes formés depuis les glorieuses sixties et la naissance d’un cachet “ville rock”. Retour, en trois parties, sur la belle aventure. Avant le passage des Sex Pistols, qui fera naître des vocations. Pendant la grande épopée pop et acid house. Et après la cool britannia, en pleine gueule de bois.

>>> Cliquez ici pour relire notre premier chapitre ("Avant") sur l'histoire de Manchester
>>> Cliquez ici pour relire notre deuxième chapitre ("Pendant") sur l'histoire de Manchester

Chapitre 3 : Après

Oasis est au sommet du monde, et ne peut que chuter. 24 Hour Party People rend hommage à la grande époque de la Factory sur grand écran. Les charts anglais célèbrent Travis, et les petits jeunes peinent à prendre le pouvoir.

Mai 1988. Les Stone Roses jouent. Dans la salle, Graham Lambert, membre des Inspiral Carpets, groupe du coin cantonné à la ligue 2, enregistre le concert. Un jeune mec du nom de Noel Gallagher s’approche de lui, et lui donne son adresse, pour en avoir une copie. Il aura mieux : une audition pour un poste de chanteur, désormais vacant. Il sera finalement roadie, et ira parcourir le monde avec les Inspiral. A son retour, les choses sérieuses peuvent commencer. Son frère, Liam, petit con sniffeur de colle, joue dans Rain, avec une bande de lads du coin. C’est “à chier”, mais il y a peut-être un truc à tirer de cette voix, proche de celle de Johnny Rotten. Noel Gallagher les rejoint, Rain devient Oasis (sans que l’on sache si le nom vient vraiment de la salle locale du même nom). Première chanson jouée en répétition: “Live Forever”.

La suite est connue. Alan McGee les signe sur son label Creation, maison de Primal Scream, Jesus & Mary Chain, Ride, My Bloody Valentine... Definitely Maybe est à sa sortie le premier album le plus vendu de tous les temps. Puis, ce sera la guerre contre Blur, le phénomène “Wonderwall” qui mettra les stades à genoux. Les engueulades, les tabloïds, l’Oasismania. La britpop est sur toutes les lèvres et dans chaque baladeur adolescent. Suede, Pulp, Supergrass… La fête est immense, et politique. Tony Blair fait la Une de la presse hype. Puis, le 21 août 1997, dix jours avant le décès à Paris de Lady Diana, sort Be Here Now. Be Here Now, ou l’album boursoufflé et mal-aimé par excellence. Le disque d’un groupe qui ne sait plus où il va, qui peut tout se permettre, et en premier lieu de n’en avoir plus grand chose à faire de quoi que ce soit. L’album cartonne mais déçoit. Deux mois plus tôt sortait Ok Computer de Radiohead. Et l’année suivante, ce sera This Is Hardcore de Pulp. Les refrains font grise mine, plus personne n’a le coeur à rire. Les charts anglais font la part belle aux pâles copies: Travis, Muse, Coldplay… Manchester n’est plus l’épicentre du cool. D’ailleurs, le cool se met en retrait, petit à petit. Pire : il entre au musée. Le film 24 Hour Party People, de Michael Winterbottom, conte les grandes heures de Tony Wilson (incarné par Steve Coogan), qui décèdera cinq années plus tard, en 2007. Un Inspiral Carpets organise des Manchester Music Tours.

Oasis se sépare en 2009, les Stone Roses se reforment en 2011, avant de splitter de nouveau.

Et en 2015 ? Comme en 2014, et en 2013. Et comme en 2012. Les Buzzcocks tournent encore dans l’indifférence générale, et les Smiths refusent de se reformer. La ville qui a vu naître Joy Division et les Stone Roses accouche désormais de buzz d’un soir, d’une semaine, parfois justifiés (Everything Everything et leur fascinante approche découpée de la pop) mais souvent risibles (Delphic, Hurts, Wu Lyf, quelqu’un ? Soyons sérieux). Certes, ce ne sont pas les talents qui manquent à l’appel: BC Camplight et Naked (On Drugs), le premier dans un registre pop, les seconds dans des sphères plus foutraques. Des raisons d’espérer, il y en a. Danny Boyle a été nommé directeur de Home, nouvel espace culturel. Le quatuor Patterns n’a toujours pas sorti un seul mauvais single et Ghost Outfit (de l’excellent label Sways) et Rainer Veil ne quittent pas nos écrans radar. Tout comme Hartheim et Jo Rose.

Mais Manchester ne donne plus le La de son époque, elle le subit. Les années 10 n’offrent plus de grandes stars, mais des tubes momentanés, des guignols de plateaux télé, des rappeurs illettrés et des popeux fans de Keane. Non, ce n’était pas mieux avant. Mais entre 1994 et 1997, exceptionnellement, le plus grand groupe du monde était également le meilleur. Et ce ne fut plus jamais le cas.