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Manchester, Rock'n'Roll City (2/3)

Manchester, Rock'n'Roll City (2/3)

Manchester. 260 km au nord-ouest de Londres. 500.000 habitants, et au moins autant de groupes formés depuis les glorieuses sixties et la naissance d’un cachet “ville rock”. Retour, en trois parties, sur la belle aventure. Avant le passage des Sex Pistols, qui fera naître des vocations. Pendant la grande épopée pop et acid house. Et après la cool britannia, en pleine gueule de bois.

>>> Cliquez ici pour relire notre premier chapitre ("Avant") sur l'histoire de Manchester

Chapitre 2 : Pendant

Tony Wilson s’impose comme le grand manitou avec Factory Records et l’Haçienda, les Smiths et les Stone Roses s’aiment puis se séparent, Warsaw devient Joy Division qui devient New Order, l’acid house est la bande originale des nuits mancuniennes. Puis arrive l’année 1994.

factory-records-logo-designPrésentateur sur la chaîne Granada Television, Tony Wilson, en janvier 1978, entame une collaboration avec un acteur au chômage, Erasmus, Alan de son prénom. Tous deux managent The Durutti Column, groupe post-punk formé quelques semaines auparavant (et encore en activité aujourd’hui). Ils programment régulièrement leurs poulains, mais également Joy Division et Cabaret Voltaire, de Sheffield, dans ce club qui s’appelle le Russell. Accompagnés du graphiste Peter Saville, qui se chargeait jusqu’ici de la création des affiches, ils décident d’aller plus loin, et de sortir un EP témoignant de l’insolent talent de ces groupes. Leurs soirées se nomment Factory, le label à venir portera donc le même nom. Logique.

Très vite, Martin Hannett, producteur de Joy Division, rejoint l’aventure en temps que directeur artistique. Producteur du Spiral Scratch des Buzzcocks, mais aussi du single “Electricity” de Orchestral Manoeuvres In The Dark, il est pour beaucoup l’inventeur du son de Joy Division. Il sera donc celui du label Factory (passeront entre ses mains les albums Movement, de New Order, et Bummed, des Happy Mondays). Puis c’est au tour de Rob Gretton, manager de Joy Division et par la suite de New Order, de rejoindre l’équipe. Une équipe désormais au complet, ne reste plus qu’à signer, et pour cela, pas de souci, Tony Wilson ne manque pas de flair. Happy Mondays, Electronic (projet de Johnny Marr, ex-guitariste des Smiths, et par Bernard Sumner, leader de New Order, eux aussi signés chez Factory), James, OMD, et bien sûr, Joy Division. Le mot d’ordre est le suivant: liberté totale pour les artistes. Ainsi, en mars 1983, quand Peter Saville imagine une pochette pour le single “Blue Monday” tellement chère à fabriquer que chaque vente ferait perdre de l’argent au label, le patron approuve. “Blue Monday” deviendra le 33 tours le plus vendu de tous les temps. Bien joué Tony !

L’excitation est palpable, et l’onde de choc Factory se propage. Ici et là, les clubs (Exit, Berlin, Heroes) accueillent des DJs de talent. Tony Wilson ouvre le sien le 21 mai 1982 : la mythique Haçienda... Mais Manchester n’en oublie pas de regarder ailleurs. Ainsi, l’électro new-yorkaise et le hip-hop des débuts sont également prisés des mancuniens.

Pendant ce temps, Johnny Marr commence à bosser très sérieusement avec Morrissey. Geoff Travis, patron de Rough Trade, les signe sur la foi d’un seul titre, “Hand In Glove”. Marr en veut : quand on lui propose Top Of The Pops, il y va. Il désire être écouté par tous, ne pas appartenir à une clique. Il se voit bien remplir les stades. Le groupe sort trois albums en trois ans (The Smiths, Meat Is Murder et The Queen Is Dead), devient culte de son vivant, perce aux Etats-Unis. Puis se sépare après un dernier round, en 1987. La fin d’une époque, le début d’une autre, nettement plus sauvage, bien moins romantique.

Si l’Haçienda s’inspire, architecturalement parlant, des clubs new-yorkais, ce n’est pas la seule chose que le club va chercher de l’autre côté de l’Atlantique. Du côté de Detroit, Chicago et de Big Apple, des sons langoureux et répétitifs commencent à faire leur effet. L’acid house est là. Sans surprise, elle envahit donc les clubs mancuniens, et en premier lieu les soirées Nude, chaque vendredi chez Tony Wilson. Laurent Garnier se voit encore aujourd’hui poser la question à chaque interview: “alors, c’était comment de mixer là-bas ?”. Mike Pickering devient un DJ star, et enregistre avec Simon Topping l’hymne de l’Haçcienda, “Carino”, de T-Coy. A Guy Called Gerald compose, lui, “Voodoo Ray”, un monument du genre. Noel Gallagher traîne dans les parages, quand il n’est pas occupé à décortiquer le premier album d’un groupe fortement influencé par l’hédonisme ambiant, les Stone Roses. A l’image de celui des Pistols, le concert de Ian Brown et ses acolytes à Spike Island fera naître bien des vocations.

Les Happy Mondays et les Stone Roses, respectivement avec Bummed (1988, produit par Martin Hannett) et The Stone Roses (1989) réalisent le mariage parfait de la culture pop, profondément ancrée dans l’histoire de la ville désormais, et de cette nouvelle chose qu’on appelle la house. Mais tout cela ne pouvait durer. Nous sommes en 1989, et Madchester, comme on la surnomme désormais, ne dort plus depuis déjà deux ans. Une certaine fatigue s’installe, et la joie des premiers jours laisse place à la violence. L’entrée dans les nineties se fait dans un semi-coma, alors que l’Amérique s’enflamme pour le grunge. Les Stone Roses mettront cinq années à accoucher d’un deuxième (et dernier) album. Les Happy Mondays explosent en plein vol. Le journaliste Jon Savage, interviewé pour le documentaire Live Forever: “Il y a toujours un effet de balancier entre les Etats-Unis et l’Angleterre. Donc, quand Kurt Cobain est mort, il a laissé un vide. Un vide qu’il a fallu combler”.

Kurt Cobain nous quitte le 5 avril 1994.

Le 30 août de la même année arrive dans les bacs Definitely Maybe.