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Producteurs de légende - Chapitre 2 : Rick Rubin, le gourou du crossover

Producteurs de légende - Chapitre 2 : Rick Rubin, le gourou du crossover

Le grand public connaît peu ou pas leurs noms et, pourtant, ils écrivent l’Histoire du rock, de la pop, du rap, du reggae et de l’electro au même titre que les musiciens. Greenroom a donc choisi de vous raconter l’histoire de certains des plus grands producteurs de tous les temps, d’authentiques démiurges et de vrais héritiers de Prométhée, Pygmalion et Frankenstein. Ladies and gentlemen, veuillez applaudir les… Producteurs de légende. 

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Chapitre 2 : Rick Rubin, le gourou du crossover

Autre producteur de légende (normal, c'est le principe de notre série), Rick Rubin est lui aussi un Juif ashkénaze né à New York, en 1963. Il est donc adolescent au moment où le punk explose à Gotham et, fort logiquement pour l'époque, il commence dans la musique en jouant de la guitare dans des groupes punk. Hose, le plus sérieux d'entre eux, se produit avec la crème du hardcore (dont Minor Threat, le groupe de Ian MacKaye, futur fondateur de Fugazi) et publie un 45 tours auto-produit sous la bannière créée pour l'occasion et promise à un bel avenir de... Def Jam Records.

Mais le hardcore n'est pas le seul genre à avoir le vent en poupe à New York et Rubin s'intéresse, comme tous les gens de goût du moment, à la scène hip-hop qui est en pleine effervescence. Il commence à travailler avec DJ Jazzy Jay et, avec son ami Russell Simmons fonde officiellement Def Jam Records. Dès lors, l'Histoire est en marche : Def Jam signe tout naturellement le groupe du petit frère de Simmons... Run DMC. Rubin convainc aussi un petit combo harcdcore, les Beastie Boys (!) de se lancer dans le hip-hop. Précurseur du crossover, il incorpore des guitares dans leur hip-hop dans "(You Gotta) Fight For Your Right (To Party)". Hilarant et ultra-efficace, le single est un triomphe qui lance le groupe en orbite.

Alors que le rap new yorkais conquiert la planète, Rubin commence une carrière de producteur d'un œcuménisme rare en produisant le troisième album des métalleux sans pitié de Slayer (1986). Deux ans plus tard, il part en Californie fonder un nouveau label, Def American, bientôt rebaptisé American, le mot « def » (cool) étant passé dans le langage courant et donc désormais jugé ringard. En parallèle de son travail chez American, Rubin intervient comme producteur pour d'autres maisons de disques. Il écrit une nouvelle fois l'Histoire en produisant le premier album des Red Hot Chili Peppers pour Warner, Blood Sugar Sex Magik dont les singles « Give It Away » et le « radio-friendly » « Under The Bridge » permettent au groupe de toucher le grand public (1991), première étape d'une collaboration triomphale qui se poursuivra pendant plus de vingt ans et six albums studios vendus à des dizaines de millions d'exemplaires.

Mais c'est sous la bannière d'American que Rubin signe ce qui est sans aucun doute son œuvre la plus belle, à savoir sa collaboration avec l'Homme en Noir, Johnny Cash. Quelque peu sur la touche, le légendaire rocker est littéralement ressuscité par Rubin qui le fait travailler avec la crème du rock américain contemporain (Red Hot, Beck, Chris Cornell) et reprendre des classiques de Nine Inch Nails, U2, Depeche Mode, Neil Young, Eagles, etc. Sépulcrale et dépouillée, superbe, cette série de six albums illustre magnifiquement la philosophie de l'épure qui pourrait définir la méthode de production de Rubin (les Red Hot disaient de lui qu'il « est en retrait et pousse inconsciemment les artistes à délivrer le meilleur d'eux-mêmes sans artifices »).

Eminem-Rick-Rubin-300x300Devenu une sorte de gourou (il en a la barbe et pratique la méditation), Rubin est désormais installé à Malibu. Il produit un nombre irréel d'albums et est sollicité par presque tous les artistes américains (et même anglais) qui ont cartonné ces vingt dernières années : Jay-Z, System Of A Down, Eminem, Rage Against The Machine, Eminem, Kanye West (qui a même concocté avec lui un hommage à la TR-808), Shakira, Linkin Park, Black Sabbath, Metallica, Gossip, Adele (!), etc. Cette productivité surhumaine ne fait pas que des heureux : Muse et Slipknot lui reprochent de cachetonner à mots à peine couverts. Dans le cinéma, c'est ce qu'on reproche à George Lucas et à Steven Spielberg, bref à tous les producteurs à succès.

Olivier Richard