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L'âge d'or des raves : LFO à La Défense, l'histoire en marche

L'âge d'or des raves : LFO à La Défense, l'histoire en marche

Oubliez Woodstock, l’île de Wight ou le premier concert mythique des Sex Pistols à Manchester. La génération électro a elle aussi connu ses fêtes historiques, qui ont fait basculer toute une génération dans le grand bain de la house et de la techno. 

Episode 2 : RAVE LFO À LA DÉFENSE : L’HISTOIRE EN MARCHE

C’est dans les profondeurs de l’Arche de la Défense qu’a eu lieu en 1992, la première rave officielle française, avec en vedette le duo LFO et, réunis pour la seule fois de leur existence, les trois meilleurs DJ français : Rug, Garnier et Pacman.

Samedi 18 janvier 1992, un son synthétique et sifflant retentit dans une vaste salle située au sous-sol de la Grande Arche de la Défense, suivi par une voix lointaine clamant, "Can You Feel It ?". Rapidement, un pied compressé et une mélodie de synthé, celle du "What Is House ?" de LFO, viennent emporter les quatre mille ravers rassemblés ce soir-là, venus assister au premier live du duo britannique en France.

Outre-Manche, LFO a déjà conquis le public anglais dès son premier maxi sorti en 1990. Et leur premier album, Frequencies, publié un an plus tard chez le tout jeune label Warp, fait d’ores et déjà partie des classiques qui semblent annoncer l’avènement d’une nouvelle ère, celle de "l’âge noir des machines", selon l’expression réticente du critique rock français, Philippe Manœuvre.

Quelques mois plus tôt, en juillet 1991, Eric Morand (futur fondateur du label F Com) vient d’être nommé directeur artistique de la division dance de Fnac Music. "Ma première décision", se souvient-il, "fût de signer le label Warp, pour la personnalité de ses fondateurs mais aussi et surtout parce que j’avais découvert Frequencies, un album d’une modernité incroyable". Toutefois, malgré son enthousiasme, Morand peine à intéresser le public et surtout la presse française, qui fait encore la fine bouche face à cette musique considérée comme un simple phénomène de mode. Il décide alors aux côtés de Michel Cerdan, raver enthousiaste et directeur de la communication de Libération (et avec l’aide de Laurent Garnier), d’organiser un concert-événement du groupe, pour ne pas dire une rave, histoire de faire découvrir le phénomène en France. Tous deux s’associent avec une organisation de l’époque, Happy Land, composée de jeunes amateurs de techno : Paulo Fernandes (fondateur du mensuel Coda), Frédéric Djaaleb (futur agent de Jeff Mills et Richie Hawtin) et Jérôme Dumayne (futur VJ).

La soirée est une réussite. Gez Varley, moitié du duo LFO, s’en souvient avec émotion. "La fête avait lieu dans un bâtiment incroyable. On n’avait pas réalisé au début que l’on jouait dans l’une des toutes premières raves en France. Pour beaucoup de gens rassemblés là, c’était leur premier contact avec la dance-music, l’électronique… et tous ses à-côtés. Pour moi, l’année 1992 incarne vraiment l’idée d’une nouvelle époque, la découverte d’une musique entièrement nouvelle, de nouveaux clubs, une nouvelle mode… Tout était nouveau !".

Si LFO reste bien sûr un groupe majeur de l’électronique de ses vingt dernières années, son passage à Paris a occulté un autre petit événement, plus modeste peut-être. Ce soir-là, sont réunis sur scène, pour la seule fois de leur carrière, Laurent Garnier, Erik Rug et Jérôme Pacman, autant dire, trois des pionniers de la house et de la techno dans notre pays (et toujours en activité). S’il ne semble plus nécessaire de présenter le premier, il faut rappeler que le plus discret Erik Rug, après avoir traversé les années 1980 new wave, fût l’un des premiers DJ à jouer de la house en France, aux soirées H30 de la Locomotive. Pacman fût quant à lui l’une des figures centrales des raves parisiennes, grâce à ses mixes minimalistes et habités, nourris à la house de New York et aux beats percutants de Chicago.

Au final, la rave LFO figure avec la Rave des Transmusicales de Rennes, organisée quelques mois plus tard en 1992, parmi ces fêtes légendaires qui signent l’arrivée d’une nouvelle époque. Entre 1992 et 1994, les raves parisiennes vivent en effet leur âge d’or grâce aux fêtes organisées par de jeunes organisations comme Phantom, Lunacy, Beat Attitude, Invaders, Happy Land ou Rave Age, avant que la répression ne vienne mettre fin à cette euphorie.
Au-delà de la fête, l’arrivée de LFO a aussi permis au public français, notamment venu du rock indé, de découvrir une musique électronique qui ne se limiterait pas au dancefloor, à l’image des productions du label Warp des années 1990, et de ses artistes majeurs comme Autechre ou Aphex Twin qui, pour sa part jouera dans une rave parisienne l’année suivante, avec un live tout aussi légendaire.

Texte : Jean-Yves Leloup