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Rone : "Je prends toujours autant de plaisir à jouer 'Bye Bye Macadam'"

Rone : "Je prends toujours autant de plaisir à jouer 'Bye Bye Macadam'"

A l'affiche cet été de Solidays, des Eurockéennes de Belfort et du Main Square Festival : on a rencontré Rone pour discuter tournée, musique de film et Fakear. 

L'équation est plutôt simple cet été. S'il existe un beau festival, Rone y est forcément invité, fort de son dernier très bel album, Creatures. On l'a attrapé entre deux dates.

Greenroom : Creatures est sorti il y a plus de quatre mois. Tu en es où vis-à-vis de ce gros bébé ?

Rone : Je suis sur d'autres projets, une partie de moi est déjà ailleurs, mais je continue à le jouer. C'est assez étrange ! Je ne m'en lasse pas, heureusement, je prends beaucoup de plaisir à jouer les morceaux de Creatures. Mais je trouve du temps pour composer de nouveaux morceaux sans trop réfléchir, je balance des idées comme ça en voyant après ce que j'en ferai. Il y a d'autres projets, des collaborations, mais à l'état embryonnaire. Je fais pas mal de remixes aussi : après avoir passé pas mal de temps sur ma propre musique, j'aime travailler avec la matière des autres.

Tu as explosé avec Tohu Bohu mais j'ai l'impression que tu es encore plus sollicité depuis Creatures... Non?

Après Creatures, comme il y a eu pas mal de collaborations sur l'album, les gens viennent plus facilement vers moi, dans plein de domaines différents. On me propose pas mal de choses dans l'univers du cinéma, faire des musiques de film... C'est génial mais c'est un investissement assez important en terme de temps. Il faudrait que je bloque une période de deux mois... J'aimerais me dédoubler !

Ça doit te tenter la musique de film, vu que tu as fait des études de cinéma...

Il y a un truc magique avec le cinéma. Le peu de fois où j'ai essayé, j'ai adoré, comme quand j'ai travaillé avec mon pote Vladimir Mavounia-Kouka qui fait des courts-métrages d'animation. J'ai aussi installé un grand écran dans mon studio : je ne le quitte pas des yeux et en même temps je tripote mes machines. Quand le son colle parfaitement à l'image, c'est une sensation dingue, jouissive. J'aimerais bien aller un peu plus loin et faire une grosse bande-originale de long-métrage. Pour l'instant j'adore tourner, partager la musique avec les autres, c'est presque le truc que je préfère... Si ça s'arrêtait je serais vraiment triste. Mais je me dis souvent que dans dix ou vingt ans, quand je serai un vieux monsieur avec une longue barbe, je m'enfermerai peut-être dans mon studio pour faire des musiques de film.

Creatures est un album très collaboratif... Mais tu dis toi-même que tu es timide.

J'essaye toujours de lutter contre cette timidité, elle revient souvent. Avec Étienne Daho, très honnêtement je ne faisais pas du tout le malin. Les premières fois où je l'ai eu au téléphone, j'étais complètement paniqué. Mais ce qui est drôle, c'est que lui aussi est timide. Ça donnait des conversations assez surréalistes, gênées, avec des blancs, ou au contraire des moments on parlait en même temps... C'était maladroit. C'est aussi une jolie rencontre pour ça, on s'est bien compris. Faire une œuvre à deux, c'est presque plus difficile que de travailler tout seul, mais c'est plus intéressant encore.

Entre le duo avec François Marry de François And The Atlas Mountains et ce duo avec Daho, Creatures touche pas mal à la musique française. C'était un objectif ?

En fait, je n'ai pas vraiment provoqué tout ça. J'étais en plein dans la production de Creatures et je m'étais dit qu'il fallait tout refuser pour me concentrer sur l'album. Mais Daho, je n'ai pas pu dire non. C'est un personnage que j'aime beaucoup et il a fait des morceaux qui m'ont beaucoup touché en sortant de l'adolescence, j'écoutais certains titres en boucle. J'ai aimé son dernier album, et notamment « En Surface », écrite par Dominique A. Et tout d'un coup, je reçois un mail de Daho qui me demande de remixer ce morceau-là. Je l'ai fait en deux trois jours, je lui ai envoyé, et je l'ai senti vraiment enthousiaste. C'est assez rare : quand on me propose des remixes, je ne suis parfois même pas en contact direct avec l'artiste, il faut passer par le manager... Là, c'est lui qui m'appelait ! Du coup j'ai osé lui proposer de faire quelque chose sur mon album.

Quant à François, il est venu me voir à Bordeaux, à la fin d'un concert. Honnêtement, je ne le connaissais pas du tout. Mais le mec était super sympa. Le concert lui a inspiré une chanson et le lendemain il m'a envoyé une petite maquette de « Quitter la ville ». En composant Creatures, je suis retombé dessus en fouillant mon ordinateur. C'était hyper cohérent dans l'album.

Tu enchaînes les dates, tu as une astuce pour survivre à une tournée des festivals ?

Je reviens d'un week-end de trois concerts, c'est assez éprouvant. Mais j'ai fait une tournée américaine qui était très intense : 14 jours, 14 avions, 14 concerts. A côté, un week-end de trois concerts c'est de la rigolade ! Mais finalement, c'était tellement excitant cette tournée américaine ! J'avais l'impression de faire des lives un peu particuliers, j'étais dans un état second, pas aussi stressé que d'habitude. Sinon je n'ai pas de petits rituels. Beaucoup d'amis me recommandent de faire du yoga, de la respiration... Ce n'est pas trop mon truc, je n'arrive pas à me concentrer !

Comment va se passer ta tournée des festivals d'été ?

Je vais avoir toute ma petite équipe, un show lumière, ma thérémine... Le live a pas mal évolué depuis la Cigale, aussi bien en scénographie qu'en son. Sur cette tournée des festivals d'été, il va y avoir des surprises, y compris pour moi ! Je pourrai peut-être avoir des invités.

Tu vas être à Solidays, Main Square et Eurocks, tout comme Fakear. Un mot sur lui ?

C'est un super p'tit gars. On s'est rencontré plusieurs fois, et on a vraiment fait connaissance à Bruxelles, où il jouait juste avant moi. C'était une belle soirée. C'est la première fois que je découvrais sa musique en live. Les deux concerts se sont plutôt bien enchaînés, c'était le soir de son anniversaire, les Belges étaient à fond. Théo est assez impressionnant, il est tout jeune mais il est très doué, je suis curieux de voir ce qu'il va faire, il est assez ouvert d'esprit. Il est très mature pour son âge, comme Superpoze, c'est une génération que je trouve géniale. On n'est pas si nul que ça en France ! En plus, il est super sympa. C'est là que l'on sent la maturité : les choses vont vite, mais Fakear a la tête sur les épaules, il profite simplement du truc.

Y a-t-il une manie de fans qui te plaît ou te fait rire, à l'image des fans de Fakear chantant « Mimi Mathy » pendant « La Lune rousse » ?

C'est marrant et toujours assez magique de voir les gens réagir à des morceaux qu'ils connaissent. Dès que je balance les premières notes de « Bye Bye Macadam », il se passe un truc, les gens montent sur les épaules les uns des autres. Je me retrouve souvent face à un public vraiment souriant, qui me donne une énergie dingue. Il ne faut pas croire, de la scène on voit plein de trucs ! J'adore voir les gens s'embrasser, sourire, je sens de l'amour quoi ! (rires)

Tu ne te lasses pas de « Bye Bye Macadam » ?

Il y a des morceaux que j'ai mis de côté et que je jouais beaucoup à une époque, comme « Flesh ». Peut-être que je reprendrais du plaisir à le jouer plus tard. En tout cas, je ne me lasse pas de « Bye Bye Macadam ». J'ai différentes versions, la colonne vertébrale du morceau revient toujours mais je varie. Et les gens ont l'air d'aimer : ce serait dommage de s'en priver !

Penses-tu à la suite ?

Honnêtement, j'y pense tous les jours très fort. Je note plein d'idées dans un petit carnet de notes ou sur mon ordi, plus ou moins bonne. Je ferai le tri plus tard mais ça fait très longtemps que j'ai envie de faire un album sans aucune rythmique, très doux, très calme. Bientôt j'aurai de quoi faire un disque un peu spécial.

Vas-tu t'exiler à nouveau (Rone était parti vivre à Berlin pour composer Tohu Bohu, ndr.) ?

Probablement. Je pense surtout à m'isoler. Comme dans le morceau avec Damasio, c'est devenu une méthode de travail pour moi, même une philosophie de vie. Je bloquerai deux ou trois mois, peut-être à la fin de l'année, je prendrai du recul et ferai du son non-stop. Peut-être dans un autre pays... Au Mexique ? Il y a plein d'endroits qui m'attirent, comme Montréal ou surtout New-York. Un jour je pense que je ferai un disque là-bas, c'est une ville que j'aime beaucoup. J'y fais de plus en plus de concerts, je commence à avoir un petit groupe d'amis là-bas... On verra la fin de la tournée, que je situe assez symboliquement à l'Olympia du 30 octobre. C'est à peu près là que je partirai, en novembre-décembre, pour faire page blanche.

Le succès arrivant, certains auraient signé sur une major. Pas toi. Pourquoi ?

Je ne crois pas que ça m'intéresserait. Parfois c'est tentant parce que ça te facilite la vie, d'un point de vue financier évidemment, ces gens-là arrivent avec un gros cadeau de bienvenue. Ça pourrait me permettre de faire de la musique sereinement, j'aurais des nouvelles machines... Mais en même temps, j'ai toujours l'impression que ça ne me correspond pas. Infiné, c'est un label de passionnés avec très peu de moyens mais avec une énergie de dingue. C'est une autre manière de travailler, il n'y a pas de dimension de marketing, où il faut que tout marche tout de suite. Je connais bien sûr des gens de majors qui sont supers, Warner est éditeur de ma musique. Mais j'aurais l'impression de faire une erreur à aller dans une major, de perdre ma liberté.