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Fakear : "Ça me fait marrer quand les gens chantent 'Mimi Mathy' sur 'La Lune rousse'"

Fakear : "Ça me fait marrer quand les gens chantent 'Mimi Mathy' sur 'La Lune rousse'"

Fakear n'arrête pas cet été : on le retrouvera à Solidays, au Main Square et aux Eurockéennes. On en a profité pour discuter festival, nouvel EP et hype parisienne. 

Théo parle vite. Le producteur derrière Fakear ne bouffe pas trop ses mots, mais les enchaîne à toute vitesse. Un débit de mitraillette qui n'est pas incohérent avec le caractère du Caennais : c'est bien simple, il passe son temps à douter de Fakear, à remettre en question sa musique. Girouette ? "Je change souvent d'avis, je me prends la tête, je suis comme ça, et c'est aussi ce qui fait avancer Fakear".

Théo parle de son projet à la troisième personne. Par besoin de se protéger, notamment : les critiques et compliments sont adressés à Fakear, pas à Théo. Il en a bien besoin. Remarqué fin 2013 aux Trans Musicales, il explose l'année suivante avec le tube "La Lune rousse". Et ensuite, tout va très vite. Dès l'été 2014, il est de tous les festivals, est surnommé le "nouveau prodige de l'électro", passe de découverte à tête d'affiche. Aujourd'hui débarrassé de sa barbe et avec un nouvel EP sous le bras, il revient du Japon où il a passé quelques temps. Le pays l'a toujours fasciné, mais ce n'est pas la seule raison de ce départ. Avec une ascension aussi rapide et autant de sollicitations, il a eu besoin de souffler. Trop de pression et peur de prendre la grosse tête : "C'est génial d'être dans cette position, d'avoir du succès. Mais c'est aussi un peu perturbant quand tu as des milliers de personnes qui te disent merci chaque soir". Un couple est déjà venu le voir à la fin d'un concert pour lui dire qu'ils s'étaient rencontrés sur sa musique. "C'est trop mignon mais je ne le prends pas pour moi, mes chansons ne m'appartiennent plus. J'aime que les gens se réapproprient ma musique, ça me fait marrer qu'ils chantent 'Mimi Mathy' en concert sur 'La Lune rousse'. Quand ce couple est venu me voir j'avais presque envie de lui dire 'Je transmettrais à la Lune rousse, ça va lui faire plaisir !'", lâche-t-il dans un rire.

Le Japon a également servi à digérer quelques claques. "Certains producteurs m'ont reproché que mes titres n'étaient pas assez propres. Par ailleurs, la hype parisienne me trouvait trop easy-listening. Du coup j'ai absolument voulu faire des trucs sophistiqués, j'ai jeté mes morceaux composés pendant la tournée pour tout reprendre à zéro"Asakusa sert ainsi de transition avant un album prévu pour cet automne. On y retrouve des influences asiatiques bien sûr ("Ueno" sample Tigres et Dragons), "Skyline" nous emmène sur les toits de Brooklyn tandis que "Asakusa" tient son nom du quartier de Tokyo où il a habité. Un EP peut-être moins dansant que ses "Cheese Naan" et autres "Morning In Japan", mais plus subtile et travaillé. Sauf que depuis son retour, Théo est déjà un peu revenu sur son idée de musique "sophistiquée". "Je veux arrêter de produire à l'arrache avec du matos pourri. Mais je ne veux pas non plus oublier qui je suis : je ne vois pas ce qu'il y a de mal à faire des morceaux agréables à écouter sur la plage avec des potes !", explique-t-il.

Si il y a bien un domaine où Théo/Fakear est enfin sûr de lui, c'est le live. La tournée de l'année dernière a été éprouvante, mais cette saison s'annonce bien partie. "Je vais arrêter de faire mes tournées à l'arrache. L'année dernière on partait à trois maximum : ma régisseuse, la chanteuse O'Kobbo parfois, et moi. On rigolait bien, on s'émerveillait de tout, tout était nouveau. Mais c'était épuisant. Aujourd'hui, on est cinq sur scène, je suis accompagnée d'un violoncelle, d'une batterie, d'une basse et d'un synthé. On part à deux camions et en comptant les techniciens, on est neuf à prendre la route. Je ne porte plus le projet tout seul, et l'organisation est professionnelle". De quoi aborder tranquillement Solidays le dimanche 28 juin, puis les Eurocks et le Main Square les vendredi 3 et samedi 4 juillet. Hasard du calendrier, il passera son temps à croiser un autre succès français lors de ces trois festivals : Rone"Fakear ne serait pas ce qu'il est sans 'Bye Bye Macadam' de Rone. Le projet était tout bébé quand j'ai écouté Tohu Bohu pour pour la première fois et cet album m'a évidemment influencé. La première fois que j'ai joué avec lui à un festival, j'étais super honoré. Et j'ai rencontré un mec adorable, pas prise de tête, super humble. Je l'admire beaucoup". "Humble", c'est peut-être l'adjectif qui revient le plus souvent quand on parle de Rone, Erwan Castex étant très loin des préoccupations des gens in. Cette "hype", micro-société qui décide ce qui est acceptable d'écouter, fatigue beaucoup Fakear. A tel point qu'il quitte bientôt Paris. Ou comment faire un pied de nez à cette bien-pensance musicale où un artiste n'est plus écoutable quand il devient populaire.