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Jamie XX sort de l'ombre, et ça lui va merveilleusement bien

Jamie XX sort de l'ombre, et ça lui va merveilleusement bien

Son premier album solo, In Colour, est sorti le mardi 2 juin. Exploit, Jamie XX conquiert toujours nos petits cœurs amateurs de house mélancolique en réussissant à s'affranchir (un peu) de son trio The XX.

Le mot « fascinant » est souvent utilisé à tort et à travers – et on peut plaider coupable également. Mais tout n'est pas fascinant. Alors reprenons la base : « fascinant », adjectif, « qui exerce un vif attrait, éblouit ». Et s'il y en a un, toujours vêtu de noir, qui n'a pas l'air d'éblouir grand-monde, c'est Jamie XX. Avouons-le : homme de l'ombre dans The XX, timide maladif, mal à l'aise en interview et incapable de sortir les petites punchlines attendues par les journalistes pour titrer leurs articles... Jamie Smith de son vrai nom a l'air renfermé, voire assez boring, un homme charmant avec qui on imagine plus faire une soirée Scrabble que festoyer jusqu'au petit matin.

La preuve, une nouvelle fois, que l'habit ne fait pas le moine. Son premier album solo, le tout récent In Colour, composé dans le tour bus pendant la très longue tournée suivant le deuxième album de The XX, n'en finit pas de donner tort à ceux qui s'arrêtent à l'allure austère de l'Anglais. Il réussit à y réinventer une house triste pour faire danser les gens heureux : pleurons dans les clubs, rions dans les chaumières, « The Rest Is Noise », « Gosh » ou « Loud Places » font de ce disque arc-en-ciel une des plus belles sorties de l'année.

Il faut dire que Jamie XX a l'expérience pour lui. On peut dire merci à ses deux oncles DJs : ce sont eux qui lui offrent sa première platine pour son dixième anniversaire. La légende dit qu'il commence à mixer à 14 ans seulement, dans le quartier de Camden à Londres, alors qu'il n'a théoriquement pas le droit de rentrer dans des clubs. Ainsi, dans ses premiers souvenirs musicaux, il y a assez peu de house ou de techno, genre qu'il côtoie aujourd'hui.

A l'Elliott School, un collège où sont également passés Hot Chip, Burial ou Four Tet, il rencontre en 2005 Romy Croft et Oliver Sim. Ils forment The XX avec une réussite qu'il n'est pas besoin de rappeler : xx et Coexist, sortis respectivement en 2009 et 2012, ont mis pas mal de monde d'accord. Jamie Smith devient Jamie XX, une manière de rappeler qu'il tire toutes les ficelles du groupe à la fois soul et électronique. Mais attention, pas par vanité, juste par honnêteté. Sur scène, Jamie se fait le plus petit possible, laissant la chanteuse-guitariste androgyne Romy et le chanteur-bassiste Oliver capter toute la lumière. « Ce n'est pas un hasard si je suis ami avec Four Tet et Caribou », confie-t-il dans le numéro de mai du magazine Tsugi. « Nous partageons bien sûr les mêmes goûts musicaux éclectiques mais nous sommes surtout tous les trois un peu étranges, et antisociaux ».

Avec In Colour, le timide se soigne : passer en solo n'est pas un acte anodin quand, à part de très bons remixes, on a toujours été connu à trois. Les divers remixes qu'il publie depuis quelques années doivent aider. On peut ainsi noter un album entièrement revisité de Gil Scott-Heron, We're New Here, quelques semaines avant la disparition d'un des précurseurs du rap ou, comme on l'apprend dans sa « playlist idéale » du magazine Complex, son remix dont il est le plus fier : une relecture de « Bloom » de Radiohead.

Mais ce n'est pas parce que Jamie XX tente l'aventure du disque seul que le trio se déteste. Pour preuve, Romy Croft est présente sur deux titres de l'album (« Loud Places » et « SeeSaw ») tandis qu'Oliver Sim officie sur « Stranger In A Room ». D'ailleurs, quand Jamie XX est invité en live par "Le Grand Journal" sur Canal + pour défendre son In Colours, Romy – méconnaissable – est de la partie, ainsi que la batteuse de Warpaint et une chorale. Solo, mais pas seul. « Ils (Romy et Oliver, ndlr.) sont tellement mêlés à tout ce que je fais, à la manière dont je produis de la musique... Ils devaient donc être sur mon album. Ils sont comme mes meilleurs amis, et en même temps comme si c'était mon frère et ma sœur », continue-t-il dans Tsugi.

 

Alors oui, Jamie XX est tout bonnement fascinant. Derrière ces chemises toujours noires, derrière cet air toujours gêné, se cache une house subtile et émotionnelle. Croisé dans la rue, le bonhomme de 27 ans ne chercherait pas à faire impression. Mais dès que ses claviers commencent à s'agiter, impossible de le lâcher du regard, de ne pas se laisser porter par un nouvel album empreint de la poésie de Four Tet, de la danse de Caribou et de la soul froide de The XX. Chaque morceau emmène dans une nouvelle direction, sans se répéter. Comme un tableau de Soulages, ce fameux mélange sur fond noir finit par éblouir. Il suffit d'appuyer sur play.

Crédit photo : Flavien Prioreau