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Joey Bada$$ à We Love Green : "je suis toujours en train de rêver !"

Joey Bada$$ à We Love Green : "je suis toujours en train de rêver !"

Au moins de janvier sortait le premier album de Joey Bada$$, B4.DA.$$, pile le jour de ses vingt ans. Six mois plus tard, le rappeur a bel et bien confirmé qu’il est le nouveau prodige du rap. Nous avons profité du festival We Love Green pour le rencontrer. Portrait d’un kid de Brooklyn.

Dimanche matin, il est tout juste midi. Joey Bada$$ et deux membres de son crew Pro-Era viennent d’arriver au Parc de Bagatelle. Ils n’ont pas dormi et finissent de manger avant de répondre aux questions des journalistes. Le rappeur, entouré de ces deux acolytes, finira bon an, mal an, par se soustraire à l'exercice de l’interview. C’est un rappeur espiègle, un brin fatigué mais les yeux perçants derrière ses lunettes que l’on a en face de nous. Si Joey Bada$$ ne se prête pas toujours au jeu des questions-réponses avec grâce, il n’en est pas mois un de ceux qui ont des choses à raconter. Le rappeur est jeune mais a déjà quelques années d'expérience au compteur. A quinze ans, alors qu’il est encore à l’école, c’est grâce à une vidéo publiée sur Youtube sous le nom de JayOhVee qu’il se fait repérer par Jonny Shipes du label Cinematic Music Group. Cinq ans plus tard, le rappeur originaire de Brooklyn enchaîne les dates en Europe - dont un passage mémorable à We Love Green - et prépare son World Domination Tour. Il a l’air de plutôt bien vivre la situation : "C’est flippant. Enfin, ça devrait l’être non ? (rires) Comment tu veux ne pas te sentir bien à propos de ça ? Je ne m’y suis pas habitué, c’est incroyable de pouvoir voyager et de jouer dans des endroits comme celui-là."

Il faut dire que, pour lui, tout s’est enchaîné très vite. Dès 2012, il publie une poignée de mixtapes qui lui vaudront rien de moins qu’une convocation dans le bureau Jay-Z, à 17 ans à peine. Ce dernier lui tend un contrat que le jeune Joey décline poliment. Il l’avait rappé sur "Unorthodox" : "Won’t sign to no major if no wager / Less than a 3 million offer off the top". C’est donc en indépendant qu’il publie à 20 ans B4.DA.$$ (pour "Before The Money") sur CMG. Un disque aux productions qui puisent dans le hip-hop new-yorkais des 90’s, porté par un flow incandescent et des textes qui racontent en partie le New-York des années 10. Si B4.DA.$$ veut saisir "l’état d’esprit d’un mec qui tente de s’en sortir tout seul, qui court après son rêve", est-ce aujourd’hui chose faite pour lui ? "On continue à tout faire nous même. Je suis toujours en train de rêver mec", nous répond Joey Bada$$ un brin goguenard.

Lorsqu’on voit les artistes qui ont collaboré avec lui sur le disque, on ne peut que le comprendre : DJ Premier produit "Paper Trail$", Raury l’accompagne sur un "Escape 120" vicié, Basquiat lui offre les beats de "Christ Conscious" et la fondation J Dilla lui propose même de choisir un beat inédit de la légende. Mais une bonne partie du disque est produite par les membres de son collectif Pro-Era. A We Love Green, seul un des DJs et un des MCs l’accompagnent, mais le crew compte plus d’une vingtaine de musiciens, de producteurs, de graphistes… "Je voudrais qu’ils soient là mais je ne peux pas tous les emmener avec moi." Le collectif a d’ailleurs vu sa cote monter en flèche quelques temps avant la sortie de l’album. Pour cela, il aura suffi que la fille du président Malia Obama affole les internets en postant une photo Instagram d’elle avec un t-shirt Pro-Era : "C’était dingue de voir ça. Elle porte ça parce qu’aujourd’hui c’est nous les vrais."

Lorsqu’on en profite pour rebondir sur l’aspect générationnel de sa musique, le rappeur est lapidaire : "oui bien sûr, ma musique rassemble." Mais il y a bien quelque chose de particulier à tous ces nouveaux rappeurs ? Pas pour le New-Yorkais : "Non, il y a toujours des nouvelles choses qui arrivent dans le hip-hop, on est pas différents des précédents." Simplement, un bon nombre de clivages semblent être dépassés : côte est/côte ouest, hip-hop/musiques électroniques…Il est d’ailleurs le seul rappeur programmé dans un festival pop. Il ironise : "C’est cool, mais est-ce qu’il y aura quelqu’un qui s’y connaît en putain de rap ?! (rires) Non mais, j’ai fait ça des millions de fois". Effectivement, son show est bien rodé. Il réussira même, ce dimanche, à créer un embryon de pogo et à faire hurler "j’aime mon voisin" à un public plutôt sage.

Si Joey Bada$$, du haut de ses vingt ans, affiche déjà un charisme impressionnant, il n’en reste pas moins un kid. Pour preuve, l’orange avec laquelle il joue toute l’interview finira par provoquer l’hilarité générale en nous arrivant…en pleine figure.