JE RECHERCHE
We Love Green, on y était, on vous raconte

We Love Green, on y était, on vous raconte

Ce weekend se tenait la quatrième édition du festival We Love Green au Parc de Bagatelle. Malgré un ciel gris et quelques ondées dimanche, le festival a tenu ses promesses. On vous raconte.

Devenu le rendez-vous immanquable des Parisiens en quelques années seulement, le festival s’est tenu cette année sur une parcelle plus importante du Parc de Bagatelle. Panneaux solaires, stands de nourriture bio et équitable, palettes de bois transformées en siège, pas de doute : on est bien à We Love Green. Dès l’ouverture, on retrouve l’ambiance tranquille qui caractérise l’événement. "Je n’ai jamais vu un festival aussi chill" nous confiera d’ailleurs Hanni El Khatib.

C’est le Français H-Burns qui ouvre les festivités sous un grand soleil et sur la grande scène devant un parterre encore très clairsemé. La majorité des festivaliers arrivera un peu plus tard, largement à temps pour profiter encore du soleil. Sur l’autre scène, ce sont les deux fers de lance du label Sound Pellegrino, Teki Latex et Orgasmic, qui s’échangent les platines. Lorsqu’on arrive devant la scène nichée entre les arbres, c’est le second qui mixe et le morceau de Young Thug qui résonne annonce d’emblée la couleur. Devant des festivaliers décidés à profiter encore un peu des concerts allongés dans l’herbe, le DJ enchaîne des morceaux de house et de rap plus qu’estivaux. On part ensuite retrouver Allah Las sur la grande scène, eux aussi surpris par le site à leur arrivée : "C’est très très vert !". La bande de surfeurs déroule ses titres de pop aux effluves psychédéliques et le soleil brille très fort. Mais celui qui aura réchauffé les coeurs ce samedi, c’est sans nul doute Seun Kuti. Digne héritier de son père Fela de qui il a repris la direction de l’orchestre Egypt 80, le Nigérian déroule ses titres afrobeat avec une générosité sans bornes. « IMF » résonnera d’ailleurs dans nos têtes jusqu’à ce qu’Hanni El Khatib prenne la relève.

Les guitares d'Hanni El Khatib résonnent pour le bonheur des festivaliers ! @welovegreenfest #festival #wlg2015

Une photo publiée par Greenroom (@greenroomfr) le

 

Si ce dernier nous avait confié un peu plus tôt dans la journée que "pour être rock et green, la meilleure solution c’est la guitare acoustique", le Californien en reste aujourd’hui à l’électrique. Le rockeur s’adapte à l’ambiance du festival et livre un set « chill ». Ses tubes, à l’instar de « Dead Wrong », fonctionnent toujours aussi bien même s’il y manque quelques gouttes de sueur.

De retour sur la scène dancefloor, le contraste est énorme. Quelque part en TNGHT et Gwen Stefani, Sophie nous livre le set le plus vicié et déviant du festival. Le Londonien en aura dérouté plus d’un mais, pour notre part, le mélange de beats trap, d’eurodance et de r’n’b kawaii nous a convaincu. Le mauvais goût - poussé à l’extrême de l’efficacité - nous fait même oublier Django Django, qu’on ne tarde pas, du coup, à rejoindre sur la grande scène. Lorsqu’on arrive le concert est déjà bien entamé et, visiblement, le groupe britannique « fait le job ». Plus personne n’est allongé dans l’herbe et la foule devant la scène est compacte. Django Django égrène ses titres à la rythmique dopée et réussit à nous réconcilier avec son deuxième album, Born Under Saturn. Le set se termine et l’attente d’une bonne partie des festivaliers commence à se faire sentir. C’est en effet Christine and the Queens qui clôture la grande scène ce samedi. Le concert s’ouvre sur un « Starshipper » qui donne le ton. Pendant un peu plus d’une heure, la chanteuse entrecroisera les titres de Chaleur Humaine à des reprises de Michael Jackson (« Who Is It ») ou de Technotronic (« Pump Up The Jam »). On assiste à un concert à la frontière entre le one woman show et la performance théâtrale. Le set est autant visuel que sonore et c’est sans doute ce qui frustrera les derniers rangs. De près, c’est un véritable spectacle chorégraphié au millimètre - la captation d’Arte Concert en donne un très bel aperçu - mais de loin et sans visibilité Christine and the Queens perd de son efficacité. Le premier jour se termine donc sur un concert qui ne réconciliera pas les pros et les anti.

Le lendemain dimanche, les deux premiers concerts programmés nous mettent déjà devant le traditionnel dilemme de festival : C.A.R ou Flavien Berger ? Pop cold wave ou expérimentale ? On décide de ne pas choisir. Le ciel gris qui accompagne le set de C.A.R lui va bien. La chanteuse de Battant, Chloé Raunet, nous offre une grande leçon de classe, qu’on quitte un peu à contrecoeur pour aller voir Flavien Berger. Digne fils de Daho et de Sébastien Tellier (époque Sexuality), Flavien Berger nous convaincra moins. Pourtant vue la foule - compacte pour l’heure - l’expérimentateur était visiblement attendu. Deux machines, un micro et des visuels de Second Life lui suffisent pour poser sa pop bizarroïde et chantée comme un crooner, mais le côté emphatique nous fait préférer C.A.R. 

On squattera ensuite la scène dancefloor une bonne partie de l’après-midi pour essayer de combattre la grisaille avec Pional, puis Barnt et Roman Flügel. Si le soleil n’aura pas daigné se montrer, il n’y a que lui pourtant qui manquait. Pional nous transporte, malgré le temps, au bord d’une plage. Les morceaux de house baléarique, sur lesquels il n’hésite pas à chanter, nous plongent dans une douce torpeur et préparent le terrain pour Barnt et Roman Flügel. Avec l’un des principaux responsables du renouveau techno allemand des 90’s, et l’auteur du culte "Geffen", ce sont deux visions de la musique électronique dont l’alliance fonctionne parfaitement. On ressort de là humide, et on se demande si c’est vraiment à cause de la pluie. Une petite pause onglet-frites à la Brigade et on file voir Joey Bada$$

Seul rappeur programmé ce weekend, Joey Bada$$ est également le seul qui aura réussi à encanailler le public plutôt sage de We Love Green. Le concert débute dans une formation épurée, lui et son DJ, mais amplement suffisante. Après avoir hurlé un "I love green" de circonstance, il enchaîne les brûlots qui composent B4.DA.$$ et c’est lorsqu’il s’offre un rap uniquement épaulé d’un beatbox qu’il confirme son statut de "micro killer". Son charisme vocal est tout bonnement impressionnant. Le public reprend en coeur les "Check My Flow" de Big Dusty autant que le "Teach Me How To Dance" de l'éponyme "Teach Me", et le rappeur réussit même à créer un embryon de pogo. Définitivement l’heure la plus intense de ces deux jours de festival. 

Joey Badass bouillant cet aprem' ! @welovegreenfest #wlg2015 Une photo publiée par Greenroom (@greenroomfr) le

Difficile de passer après ce mastodonte. C’est le vieux routard Julian Casablancas qui en fera les frais, pas vraiment aidé par une pluie qui bat son plein. Si l’escapade avec The Voidz nous a réconcilié avec le chanteur des Strokes - dans lesquels on n’avait plus foi - il a manqué quelque chose d’incisif dans leur set. Il est d’ailleurs temps de retourner sur la scène dancefloor où l’on trouve un public chauffé à blanc par le set de Daniel Avery. C’est une foule déjà conquise que Nicolas Jaar vient cueillir ensuite. Comme à son habitude lorsqu’il joue en DJ set, le producteur alterne longues plages presque expérimentales, morceaux de soul et de disco - à l’instar du "Can’t Fake The Feeling" de Geraldine Hunt - et salves de basses faites pour frustrer. Pas de grandes surprises donc, mais toujours la même efficacité.

C’est à la fin de ce set que se termine pour nous la quatrième édition de We Love Green. La soirée elle, se clôturera véritablement avec Ratatat. Alors qu’on sentait une baisse d’énergie et une motivation en berne dans le public - la faute à la pluie, et un peu à Julian Casablancas - le duo new-yorkais, épaulé par des jeux de lumière et des visuels plein d’animaux, aura visiblement offert la conclusion que We Love Green méritait.

On rentrera ensuite sans heurt en navette, l’organisation du festival ayant été cette année encore parfaitement rodée. Temps d’attente plus que raisonnable, service d’ordre agréable et bénévoles souriants : c’est un sans faute.