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La lente dérive de Florence + The Machine

La lente dérive de Florence + The Machine

La chanteuse britannique à la crinière de feu sort son troisième album ces jours-ci, How Big How Blue How Beautiful, et convainc de moins en moins au fil des sorties d'albums et de singles. Greenroom revient sur ce parcours devenu de moins en moins clair.

Elle a débarqué au début de l'année 2009, avec sa chevelure de feu, son groupe au nom déjà un peu cryptique, Florence + The Machine, et un titre en particulier qui a conquis tout le monde : "You Got The Love" (et son remix par The xx). Le premier album de la jeune Florence Welch, Lungs, obtient le Critics’ Choice Award et la réception est plutôt bonne. Les médias louent, comme le Guardian, l’émergence d’une nouvelle voix, inclassable et atypique : "C’est le son de quelqu’un qui a trouvé sa voix et est enclin à l’utiliser, aussi fort et librement que possible". Et c’est justement ce qui a fait son succès.

Seulement voilà, au fil des singles - "St Jude", le titre éponyme "How Big How Blue How Beautiful" - et avec finalement la sortie définitive de son dernier album, la grande rousse semble avoir trop cherché à explorer des sentiers ombrageux et méconnus, perdant son public au passage.

Entre succès et silence

Après l’engouement critique du premier album qui jetait les bases d’un univers où l’onirisme était le matériau principal avec notamment l’influence de Kate Bush pour la puissance de la voix, le deuxième album, Ceremonials, confirmait ce goût pour le gothique et le mysticisme. Mais il contenait, selon certains critiques, une emphase dans la composition qui gênait l’écoute. A trop vouloir surpasser le déjà très ambitieux - mais réussi Lungs -, elle tombait dans le burlesque, là où le précédent opus laissait découvrir une chanteuse flamboyante.

Malgré tout, ce deuxième album permettait à la Britannique de conquérir un peu plus le public, l’installant confortablement dans le peloton de têtes des stars de la pop mondiale, avait dépassé les deux millions d'exemplaires vendus dans le monde. On y retrouvait tout de même la Florence spectrale et baroque, toujours accompagnée de  la musicienne Isabella "Machine" Summers pour une musique se concentrant davantage sur un son "pop mystique", estimait alors Pitchfork Magazine. Et les titres "Shake It Out" ou encore "No Light No Light" ont tout de même conquis le public (malgré une polémique autour du racisme supposé du clip accompagnant le morceau).

Entre ce dernier album et le nouveau, Florence Welch a fait une longue pause, pour se recentrer sur son travail, son univers et régler quelques problèmes personnels. Elle collabore tout de même sur de nombreux projets : elle apparaît sur le premier album d’ASAP Rocky, participe à la bande originale du film Gatsby Le Magnifique en 2013 et, signe ultime de sa starification, elle devient la muse de la couturière Frida Giannini, directrice artistique de Gucci qui a habillé Florence Welch pour son "Ceremonials Tour" (dessin ci-dessous). Mais son repos sabbatique ne semble, hélas pas avoir eu l’effet escompté sur son travail : les premiers singles de son troisième album sortent et c’est la panique.

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C’est en effet peu de chose que de dire que ces derniers nous plongent dans un certain scepticisme. Si sa voix distinctive est toujours là, le reste s’apparente à un brouillon dans lequel nos oreilles ont du mal à distinguer quelques saillies. “How Big How Blue How Beautiful”, sorte de teaser de l’album,  pose le décor : la chanteuse danse en pyjama avec son double à l’orée d’une forêt en lançant ça et là les mots clés qui constitueront le fil conducteur de ce nouvel opus, le tout enrobé d’envolées lyriques de cuivres et autres cordes. “What Kind Of Man” nous a ensuite plongés dans le vif du sujet : la raison du mal-être de Florence, ce sont les difficiles relations avec les autres. C’est pour cette raison qu’elle se retrouve à hurler sur l’un d’entre eux et se débat tel un animal possédé au beau milieu d’un cercle d’hommes. Sur “St Jude”, deuxième partie de l’odyssée mystique, l’organe de la chanteuse se révèle dénudé et entouré d’envolées lyriques, avec toujours les mêmes obsessions : l’homme qui se fait tour à tour salvateur et destructeur.

On récupère Florence là où nous l’avions laissée, sous la pluie, dans “Ship to Wreck”. Un morceau qui mêle d’une étrange manière pop et folk-rock, le tout dans une sorte de mixture plus proche du gros tube à l’américaine que de la singularité à laquelle elle nous avait habitués. Dernier titre et non des moindres, “Delilah”, track pop sans grand intérêt dévoilé il y a une semaine, nous rappelle, au cas où nous soyons un peu dur d’oreille, que Florence aspire avant toute chose à être libre et bien dans sa peau mais qu’il est peut-être trop tard. On sait la nécessité pour un artiste d’exorciser ses démons à travers le médium choisi. Pour autant, on aurait presque préféré que Florence rallonge son année sabbatique afin de prendre le recul nécessaire pour bien se défaire des siens. “Peut-être que je me suis toujours sentie plus à l’aise dans le chaos”, chante Florence dans “St Jude”. Ce doit être ça.

Par Ozal Emier et Virginie Le Borgne