Lifestyle par Ozal 26.05.2015

Mad Men, coulisses d’une série déjà culte

Mad Men, coulisses d’une série déjà culte

La série à l’ambiance cotonneuse et au charme envoûtant, mêlant questionnements existentiels et peinture sociale s’est close la semaine dernière. Greenroom vous en révèle les coulisses.

L’allure nonchalante de Don Draper, le froufrou des robes de Betty masquant mal son désarroi de mère au foyer et ses velléités contrariées d’émancipation ou encore le sourire mélancolique de la gironde Joan, prisonnière de son image de sex symbol, c’en est donc fini. Nous ne verrons plus Don et ses collègues, amis et maîtresses déambuler dans le New York des années 50 et 60 (la série était tournée en studio à Los Angeles), incarnations brillantes d’un mal existentiel et d’une époque charnière dans les luttes sociales. Mad Men s’est donc terminé la semaine dernière, à l’issue de la diffusion du second chapitre de la septième et dernière saison sur AMC. Sept épisodes pour clore huit ans de passion intense pour une série qui continuera de marquer les esprits.

Preuve de l’adhésion du public et du milieu, la série a remporté pas moins de quinze Emmy Awards. Une série qui aux dires de son auteur dans une interview de Pierre Langlais pour Télérama est « une réflexion sur l’existence, sur ce qui sépare notre image publique de notre personnalité intime, sur nos identités multiples« . Pourtant, la série a failli ne jamais voir le jour.

Un lancement difficile

Six longues années. C’est le laps de temps qu’il aura fallu à Matthew Weiner, créateur de la série, pour que Mad Men voit le jour. Il ne parvenait pas à trouver de diffuseur : la série avait d’abord été acceptée à HBO avant finalement d’être rejetée – la chaîne câblée américaine a pourtant du flair, mais pas sur ce coup-là… – puis proposée sans plus de succès à Showtime. « Longtemps j’ai pensé que Mad Men ne verrait jamais le jour, a-t-il confié à Télérama. Voir le pilote financé, tourné, produit était en soi une immense surprise. Chaque renouvellement, chaque prix décroché par les équipes de la série m’a laissé sans voix ».

Avant Mad Men, Matthew Weiner était scénariste sur la série non moins culte des Soprano. Il avait été repéré par le créateur du show grâce au script de… Mad Men. « Nous cherchions des auteurs (…) et il a candidaté. Et ce qu’il m’a soumis était le pilote de Mad Men. Cétait assez bon, alors je j’ai rencontré puis embauché (sur les Soprano, ndlr). Et deux ou trois ans plus tard, il a tourné ce pilote (de Mad Men, ndlr) et apparemment en a fait quelque chose », confiait avec humour le créateur des Soprano David Chase au NYT en 2012.

Un autre visage pour Don

Au départ, c’est John Slattery – qui incarne Roger Sterling, homme à femmes et éternel trublion – qui était pressenti pour incarner Don Draper, et non Jon Hamm. L’acteur à la chevelure blanche avait auditionné pour le rôle de Draper mais n’a pas été pris. A-t-il pour autant détesté Hamm ? « [Jon Hamm] dit que oui, et pas seulement en secret, mais… non, je ne l’ai pas haï, sincèrement. Le truc c’est que c’était évident dès le départ qu’il était incroyablement bon dans ce rôle« , a admis Slattery de manière très fair play.

mad men

Le personnage de Don est d’ailleurs inspiré d’un homme qui a réellement existé. Draper Daniels, un publicitaire qui, à la tête des créatifs à l’agence Leo Burnett, a inventé un célèbre logo.

L’influence du cinéma français de l’époque

Qui l’eût cru ? Mad Men, une série si américaine dans son univers esthétique et ses considérations historiques, puise certaines de ses influences dans le cinéma français. Mais pas n’importe lequel : la Nouvelle vague. « Contrairement à ce que l’on peut en penser, la série n’est pas couchée sur papier glacé. On y tousse, on y sue, on s’y croise aux toilettes, dans l’ascenseur. (…) Ce sont des scènes de la vie ordinaire, pas d’un quotidien fantasmé. Si le cinéma français des années 1960 me plaît tant, c’est qu’il est justement dans cette veine, qu’il s’éloigne de l’esthétique très réfléchie, très élaborée de son contemporain américain, pour viser le réalisme », a expliqué Matthew Weiner à Télérama.

Le film qui a particulièrement influencé le créateur se nomme Les Bonnes Femmes, réalisé par Claude Chabrol en 1960, l’histoire de six femmes dans Paris.  « J’ai d’abord vu ce film lorsque j’étais en école de cinéma et l’ai montré à l’équipe pour aider à l’installation du décor dans le pilote, parce que cela a été tourné dans les rues de Paris, avec peu d’embellissement, exactement à l’époque que nous essayions de recréer. Les aspects thématiques étaient intéressants aussi, étant donné que le film raconte l’histoire de quatre femmes qui travaillent et qui s’ennuient, déviées du droit chemin par leurs fantasmes de romance »a expliqué Weiner.

Pas de suite

Il ya quelques jours, l’acteur Jon Hamm qui incarne Don Draper estimait que si la série devait avoir un spin-off, il devrait être consacré à Sally, la fille de Don,  incarnée par Kiernan Shipka.  « Ce serait Sally, a-t-il dit. On regarderait Sally grandir ». Mais Matthew Weiner n’a a priori aucune intention de continuer la série, qui a trouvé son achèvement. « On m’a proposé, il y a déjà quelque temps, d’écrire deux séries déclinées de Mad Men, deux spin-off, un sur Peggy et un sur la fille de Don, Sally, a-t-il détaillé à Télérama. J’ai refusé, car à l’époque je n’étais même pas sûr de poursuivre Mad Men. (…) Je ne veux pas me répéter. L’histoire de Mad Men est arrivée à son terme, et j’en ai tiré tout ce que je pouvais ». Point final donc.