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Diplo, itinéraire d'un DJ gâté

Diplo, itinéraire d'un DJ gâté

De Mad Decent à Major Lazer, Diplo s'est construit en l'espace de quelques années une image de DJ omniprésent qui séduit autant qu'elle énerve. Retour sur l'itinéraire d'un producteur gâté.

Ses sorties misogynes sur Twitter en ont fait bondir plus d'un. Récemment, Diplo répondait à une artiste se plaignant de ne pas avoir été créditée sur la réutilisation de son oeuvre par le DJ américain "que puis-je faire de plus ? L'emmener au restaurant et lui masser les seins en même temps ?". Loin de se calmer après le tollé provoqué par sa réaction, l'un des trois membres de Major Lazer répondait à ses détracteurs sur Facebook : "Pourquoi ne pas ouvrir grand vos bouches et masser mes boules avec vos amygdales ?". Des répliques qui font suite à des dizaines d'autres similaires dont certaines demeurent lamentablement célèbres comme ses adresses à Taylor Swift.

Si l'élégance est loin d'étouffer Diplo, dans ses mots comme dans son accoutrement, ce n'est en revanche pas une raison suffisante pour écorner son image de DJ prolifique conquérant qui semble presque omniprésent dans notre univers visuel comme sonore. Ce dernier s'est affiché en une des magazine people pour la relation qu'on lui a prêté avec Katy Perry, après avoir fréquenté la toute aussi excentrique M.I.A, remplit des salles de concert à travers le monde dans lesquelles il réenclenche à chaque fois sa machine à succès bien huilée - à coup de grosses basses, filles déshabillées dansant le bumaye, confettis et boule en plastique géante dans laquelle il circule dans le public - et s'apprête à sortir un album, le troisième, avec Major Lazer.

A 36 ans, Thomas Wesley Pentz dans le civil demeure un travailleur acharné."Je travaille tout le temps. J'ai de nombreuses deadlines à respecter", expliquait-il en début de mois dans une interview au Standard. De même, il avouait aux Inrocks, en 2013 se reposer "de temps en temps" mais, en ce qui concerne de "vraies vacances", "ne pas en avoir vraiment le temps. Il se passe trop de choses, je ne peux pas m’arrêter". Si le trio qu'il forme aux côtés des Jamaïcains Jillionaire et Walshy Fire était à l'origine un projet parallèle, la donne a changé. "C'était un hobby en ce qui concerne le premier album. La deuxième fois, nous avons juste essayé de trouver le moyen pour que cela fonctionne, précise-t-il au quotidien anglais. Cette fois-ci, nous tentons d'implanter Major Lazer comme un gros truc et une expérience formidable pour les gens".

C'est que le DJ résident à Las Vegas demeure persuadé d'apporter quelque chose de nouveau dans le monde de la musique, d'où, selon lui, la jeunesse de son public. Si cette "nouveauté" se situe sans doute dans le savant mélange d'electonica, pop lourde et dancehall, qu'il diffuse, c'est sans doute également dans la vision que possède Diplo de la musique. Une vision tout sauf élitiste qui vise à décloisonner les genres musicaux et empêcher l'existence d'une frontière entre musique mainstream ou pas. "Je pense qu’on peut apprécier n’importe quelle musique à partir du moment où l’on se détache de cette règle qui veut que l’on sépare mainstream et underground", précise t-il aux Inrocks.

Celui qui, adolescent, se rêvait en sorte d'"Indiana Jones de la culture actuelle, à bosser pour le National Geographic" et se voyait "voyager et apprendre de nouvelles choses", semble avoir réussi à faire de son nom un gage de qualité (à relativiser selon son appétence pour le côté tapageur de sa musique). Après avoir posé sa patte sur le "Run The World" de Beyoncé, samplé "Pon de Floor" de Major Lazer, produit "Climax" de Usher, créé son label, Mad Decent, en 2005, Diplo s'est offert une collaboration avec Madonna pour ne citer qu'elle. De quoi gonfler un égo déjà bien en forme. "J'étais en studio avec Rihanna il y a deux semaines, ne peut s'empêcher de lâcher Diplo. Je tentais de lui expliquer pourquoi elle devrait faire ça plutôt qu'autre chose tout en me disant que 'Lean On' était bien plus important dans le monde à l'heure actuelle que n'importe laquelle de ses chansons. Pourquoi est-ce-que je suis assis ici à négocier ?".

S'il est en effet plutôt facile d'être agacé par le côté fluo et bruyant des productions signées Diplo, par sa grandiloquence et sa fierté presque maladive, par un son qui ne semble pas vraiment se renouveler - à moins d'une grande surprise avec l'imminent Peace Is The Mission -, il faudrait en revanche reconnaître son côté touche-à-tout et, au final, la volonté de repousser les frontières musicales.  Aux Inrocks, Diplo confie n'avoir pas imaginé "pouvoir faire tout ça un jour. Je ne sais toujours pas comment j’en suis arrivé là d’ailleurs. Je me sens très chanceux". Saurait-il finalement faire preuve d'humilité ?