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ClekClekBoom fête ses trois ans: "On aime bien pousser les limites de l’expérimentation"

ClekClekBoom fête ses trois ans: "On aime bien pousser les limites de l’expérimentation"

A l’occasion de la soirée des trois ans du label ClekClekBoom, Greenroom a rencontré une partie de l'équipe fondatrice et un des artistes : NSDOS.

Trois ans d'existence, ça méritait bien une soirée. Le label ClekClekBoom, fondé par Adrien Boo, Jonathan Chaoul (Ministre X) et Valentino (French Fries), va souffler ses trois bougies le 23 mai à la Gaîté Lyrique. Greenroom vous en fait d'ailleurs profiter en vous offrant des places pour cette nuit qui s'annonce pleine de surprises !

Mais avant ça, on a passé un peu de temps avec une partie de l'équipe, Jonathan et Valentino, ainsi que target="_blank">Kirikoo Des, aka NSDOS, dont le clip "Yuko" vient de sortir.

Peux-tu te présenter NSDOS ?

K. : Je viens de la danse, mon premier amour. Je fais de la musique depuis sept ans, j’ai commencé alors que je dansais dans une école. A un moment donné, je me suis dit que ce serait intéressant de composer de la musique pour les danseurs. Mon père était ingénieur donc j’ai toujours un peu baigné dans tout ce qui était nouvelles technologies, high-tech, ça m’a assez vite parlé d’intégrer cela à la danse, de parler de danse augmentée, cyborg etc. Je suis également passé par le hacking, j’ai fait un saut au tmp lab - hackerspace parisien - où il y a des artistes, des ingénieurs etc.

La danse augmentée ?

K. : La relation entre le système informatique et l’art vivant. Comment peut-on relier le corps avec les nouvelles technologies ?

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Dans tes lives, tu es toujours entouré de machines. Tu peux nous en dire plus à leur sujet ?

K. : Ce qui m'intéresse c'est vraiment de faire de la musique en temps réel. Quand tu travailles avec des ordinateurs, tu te rends vite compte que ce sont des espèces d’outils domestiques qui ne sont pas, à l'origine, faits pour créer de la musique. Cela posait beaucoup de problèmes : ils plantaient sur scène, il y avait toujours un côté instable. J’ai donc commencé à me diriger vers des machines faites pour créer de la musique. On appelait ça des gears, des équipements pour la plupart programmables, que tu peux rebidouiller chez toi et qui sont assez souples pour te permettre d’avoir une personnalité à travers tes machines.

On est en train de développer des machines qui prennent en compte le public, comme un algorithme qui pourrait générer du son. Le public va ainsi pouvoir modifier le son à partir du moment où il entre dans l’espace de performance. L’être humain a de l’incidence sur la machine, j’utilise des capteurs de mouvements dans mes lives. Cela donne presque une âme aux instruments électroniques à qui on reproche souvent de ne pas en avoir.

Comment décrirais-tu ta musique ?

K. : Je tente de me rapprocher d’une musique organique, que l’humain ait plus de contrôle sur la machine. C’est une musique qui se situe sur la limite de la marge d’erreur c’est-à-dire qu’on se demande tout le temps "est-ce que ça va marcher ou pas ?". Je ne prétends pas faire de la musique mais plutôt programmer. Les choses sont déjà là, tout va dépendre de la manière avec laquelle tu vas les agencer, les déclencher.

La musique se comprend toujours comme une partie d’un tout ?

K. : Venant de l’art vivant, j’ai toujours pensé que je faisais de l’art total, une façon plus institutionnelle de dire art multimédia.

Quelles sont tes influences musicales ?

K. : Steve Reich, Philippe Glass, John Cage mais aussi des musiques plus tribales comme celles de Bali, le freejazz a également été assez déterminant pour moi. Dans ces musiques-là, les musiciens ont pris l’instrument et l’ont considéré dans sa globalité. J’aime cette idée de façonner une matière sans qu’il y ait de règles.

Depuis combien de temps fais-tu partie de la famille ClekClekBoom ?

K. : Environ deux ans.

V. : J’ai rencontré Kirikoo alors que j’étais dans une galerie à Paris, il était en train de faire un live pour habiller l’exposition. Je suis resté trois heures à le regarder, je trouvais ça fou ! On a discuté ensuite et quelques jours plus tard, il était au studio et on enregistrait les premiers disques.

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Ca t’a fait bizarre d’appartenir à un label et de devoir rendre des comptes à des gens?

K. : J’avais déjà un sous-label avec mes potes mais c’était plus un truc arty, on faisait surtout des vidéos. C’est en effet la première fois que je suis vraiment dans un label.

J. : Ce n’est pas vraiment comme ça qu’on considère les artistes dans le label, la priorité c’est vraiment que l’artiste se sente bien. On essaye évidemment de créer un agenda avec des dates de sorties pour que l’artiste puisse se projeter mais il n’y a pas véritablement de pression.

V. : On travaille différemment avec chaque artiste. Avec Kirikoo par exemple, c’est particulier : il vit à Berlin, il vient à Paris dans le studio faire des sessions de six heures, ce n’est que du free style, s’il se passe quelque chose c’est bien, sinon tant pis, on trouvera la prochaine fois, il n’y a pas de stress.

J. : Avec Kirikoo, la difficulté est de retranscrire l’énergie qu’il a en live sur un disque.

V. : Je ne veux surtout pas mettre des limites à ce que fait Kirikoo !

K. : Il faut essayer de conserver la sincérité de l’expression et, surtout, essayer de ne pas la dénaturer. Il faut essayer de créer un espace de quiétude en studio.

Qu'est-ce que cela t’apporte d’être dans un label ?

K. : Une structure. Valentino est très carré. Je n'aurais jamais eu le résultat qu’on a en ce moment si j’avais été seul. C'est une énergie aussi.

Vous vous attendiez à ce que ClekClekBoom se retrouve un jour à fêter ses trois ans à la Gaîté Lyrique ?

J. : Au début, on ne s’attendait à rien, on était déjà dans l’espérance de sortir un disque, puis on en a sorti un deuxième. Si on a monté le label, c’était avant tout pour pouvoir s’exprimer. Les choses se sont faites par étapes, au fil des rencontres. La vidéo a également une place très importante dans le label. Monoburo ( Romain Cieutat et Jérôme Hervé) s'occupe des visuels. On aime bien pousser les limites de l’expérimentation, utiliser tous les canaux possibles. C’est presque un art de vivre.

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K. : La partie visuelle est très développée dans le label et la Gaîté Lyrique est presque le seul endroit qui permette d’aller au-delà du format classique DJ et clubbing. ClekClekBoom c’est contemporain, il ne peut plus y avoir uniquement la musique, il faut la vidéo, la danse.

Quel est votre prochain projet ?

J. : Les sorties du disque de Kirikoo et Paris Club Music, Vol. 3, une compilation qu’on fait une fois par an et qui regroupe tous les artistes du label. Elle sortira mi-juin.

Que prévoyez-vous pour la soirée du 23 mai ?

V. : On a l’impression qu’on va à un concert parce qu’avec NSDOS, on ne sait jamais à quoi s’attendre ! Ensuite, on fait un énorme back to back, toute la bande est là et chacun passe des disques, chacun son tour . On n'est pas là pour qu’on nous regarde. On veut toujours être au même niveau que le public.

Photo d'illustration : © Jérôme Hervé