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Au fait, c'est quoi un festival écolo ?

Au fait, c'est quoi un festival écolo ?

Initiative essentielle mais parfois taxée d'effet de mode, l'écologie est un nouvel enjeu pour les festivals. Mais ce n'est pas si simple de vraiment respecter environnement quand on accueille des milliers de personnes pour plusieurs jours de concerts. On en a discuté avec Marie Sabot, la directrice du festival We Love Green, Hugo Colonna Cesari, l'organisateur de The Bay Festival et Alexandrine Mounier, responsable développement durable pour Solidays.

Commençons par le plus simple : les éco-cups. C'est généralement le premier contact entre le public et les initiatives environnementales. Elles sont le B-A BA de tout événement un tant soit peu responsable. Le Main Square Festival l'a bien compris : en plus du tri sélectif, du merchandising en coton bio et d'un système de navettes (le festival d'Arras invite systématiquement les spectateurs à ne pas se servir de leurs voitures pour réduire les émissions en CO2), le Main Square propose chaque année de jolis verres à réutiliser à l'envi. Et quand certains ne s'en servent que comme support de com', le Main Square récupère les verres de l'année précédente pour les proposer aux festivaliers : et oui, une éco-cup ne se périme pas au bout d'un an, au grand bonheur des collectionneurs !

Ces gobelets, les Eurockéennes de Belfort les connaissent bien : ils ont été un des premiers festival à les utiliser, dès 2007. Il faut dire que le site des Eurocks est protégé, dans le cadre du programme "Refuge LPO" : sur la base du volontariat, le propriétaire d'un tel terrain s'engage à y préserver ou restaurer la biodiversité, et notamment les espèces d'oiseaux. Alors forcément, le festival se doit de montrer patte blanche -- ou verte, pour le coup. Sorties dans la nature, sensibilisation... Le festival organise foule d'activités liées au respect de l'environnement, tout en invitant bien sûr ses spectateurs à recycler leurs déchets. Ces efforts ont même valu à l'organisation d'être récompensée au Sénat pour son action sur la méthanisation des déchets alimentaires. Un procédé unique en festival qui permet de générer l’équivalent d’un après-midi d’électricité sur la Green Room.

Certains grands rassemblements vont encore plus loin, à l'image du festival We Love Green dont l'identité -- mise à part une programmation impeccable -- repose sur le développement durable. On ne va pas à We Love Green comme à n'importe quel festival : outre l'ambiance champêtre du parc de Bagatelle, cette année, et pour la première fois, une petite scène sera uniquement dédiée aux conférences et animations autour de l'écologie, thème de prédilection que l'on retrouvera aussi sur l'espace "Think Tank".

C'est bien beau de parler recyclage et agriculture raisonnée, mais il y a quoi sous la couronne de fleurs Pantheone ? Une sacrée organisation, comme l'explique Marie Sabot, directrice du festival : "On ne fournit pas d'électricité dite 'classique' aux scènes, le parc de Bagatelle ne le permet pas. Et il était inenvisageable pour nous d'amener des groupes électrogènes à fioul dans un parc botanique : c'est une question de bon sens mais également de sécurité". À chaque problème sa solution : la grande scène du festival est à 100 % alimentée par des panneaux solaires et, plus étonnant, par des groupes tournant à l'huile alimentaire recyclée. Un dispositif assez hi-tech encore très peu utilisé en France à cause de "lobbies et de taxes" selon Marie.

Les partenaires doivent également se plier à la charte du festival : les bâches de leurs stands doivent être recyclables, les restaurants doivent proposer de la nourriture bio ou issue de l'agriculture raisonnée... Et même les artistes doivent mettre la main à la patte. "On a proposé aux groupes de 'compenser' leur venue au festival : on calcule le CO2 émis pour leur venue à Bagatelle, le prix correspondant et on leur propose, sur la base du volontariat, de retirer cette somme de leur cachet pour l'offrir à des ONGs. On a essayé de trouver des projets pas trop loin, qui touchent plus directement que de planter un arbre dans l'Amazonie : même si c'est une très bonne initiative, ça fait vite creux et vide de sens". Ainsi, Joey Bada$$, à l'affiche ce printemps, va "compenser" pour une structure à Brooklyn, sa ville, qui fabrique des planches de skate et de surf à partir de bouteilles recyclées.

Côté déchets, sujet moins glam' mais qui ne peut être ignoré, We Love Green a fait le pari du compost. "L'intégralité des déchets alimentaires et des contenants sont compostés. Il est normé, et a une valeur. Il est vendu à nombre d'exploitants en Île-de-­France. Plutôt que de payer pour faire enlever nos déchets, ils deviennent une matière première à 100 euros la tonne". Il faut savoir qu'un festival de la taille de We Love Green produit entre 10 et 20 tonnes d'ordures. "La somme récoltée n'est pas énorme mais on a la garantie que nos déchets ne seront ni enfouis, ni incinérés".

Ces réflexes, We Love Green les a adoptés dès la création du festival. "On a démarré en tant que "petit" festival, on a pu dès le départ intégrer ces contraintes écologiques dans le cahier des charges", reconnaît Marie. C'est exactement ce que vivent les organisateurs du Bay Festival, portés par le Corse Hugo Colonna Cesari. Leur plus grosse contrainte ? Le site même du festival, entre maquis, plage et marais. "On a fait appel à un bureau environnement. Il n'y a pas de plantes protégées sur le lieu du festival mais nous voulons vraiment mettre en avant la beauté du site. C'est un projet sur le long terme, mais on aimerait alors mettre en place un jardin botanique protégé en plein cœur du festival, entretenu toute l'année et pas seulement le temps du week-end". Protéger le patrimoine corse : voilà la philosophie du festival. Nourriture locavore, marais balisé, entreprises locales s'occupant du recyclage, des toilettes sèches ou des gobelets réutilisables... Même les stands seront fabriqués avec du bois du coin, récupéré dans une forêt ravagée par un incendie il y a quelques temps. Pas si facile quand on organise sa toute première édition. "A partir du moment où le terrain s'y prêtait et appelait à être responsable, ce n'est pas une contrainte. Ce sont les valeurs que l'on porte, ça nous fait plaisir : on a envie de préserver la Corse. C'est sûr qu'il y a des coûts supplémentaires, comme le jardin botanique", confie Hugo.

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Car oui, l'aspect financier peut en rebuter certains, pour un peu que le respect de l’environnement passe par de nouvelles technologies, certes propres mais coûteuses à mettre en place. Solidays ne peut se permettre ces dépenses. "Tout euro qui n'est pas dépensé est un euro qui va à l'association", explique Alexandrine Mounier, responsable développement durable du festival. Et cela change tout : la récupération est alors le maître mot des équipes de Sol' Sid'. Le "stock Solidarité Sida" et le "magasin d'Yvon" sont des cas d'école. Le stock abrite 450 mètres cube d'objets et matériaux préservés d'années en années ou donnés à l'association. Certains éléments de décoration (comme une grande sculpture représentant un bouquet de roseaux) fêtent leur 16ème ou 17ème Solidays. Pas de gaspillage, pas d'argent "gâché" pour des locations. Yvon, quant à lui, est une mascotte du festival avec son "magasin". Le principe est simple : si un monteur a besoin d'un marteau, Yvon lui prête pour une durée définie, avec obligation de rendre l'objet au magasin à l'heure dite. Chaque clou, chaque seau est compté pour un organisation entièrement mutualiste.

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Consigne à vélos, tri sélectif (pendant le festival mais aussi le montage, le démontage et en backstage), éco-cups, études environnementales sur l'eau ou sur l'électricité pour réguler au mieux la consommation, prix toujours accessibles aux jeunes pour plus de prévention... Solidays ne manque pas d'idées pour associer valeurs humanistes et respect de la planète, y compris dans l'assiette. I Feel Food, un label de mieux-manger lancé par Alexandrine l'année dernière, se repère facilement sur le festival par son petit smiley affamé. "On ne peut pas imposer un cahier des charges à nos prestataires : ils sont également nos partenaires et nous font déjà d'excellents prix et beaucoup d'efforts. L'idée est alors d'évoluer et de progresser tous ensemble. I Feel Food a mis quatre ans à se mettre en place. On a demandé aux restaurants d'intégrer au moins un plat à leur carte aux ingrédients bios ou végétariens, issus du commerce équitable ou du circuit court, différenciés par quatre pictogrammes. En 2012, huit stands participaient à la démarche. L'année dernière ils étaient 23''. Un travail de fourmis pour une équipe pourtant saisonnière. Mais ça vaut le coup : le refus du gaspillage et le bon sens, "ça ne coûte rien, sauf de la volonté".


Crédits photo :
- We Love Green (photo de couverture) :  Yulya Shadrinsky
The Bay : Hugo Colonna Cesari
Solidays : Cheick Toure