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Hot Chip : l'âge de la maturité ?

Hot Chip : l'âge de la maturité ?

Hot Chip revient avec Why Make Sense ?, un sixième album aux nuances plus prononcées que leur précédent opus. L'âge de la maturité ?

Quinze ans d'existence. Un intervalle conséquent qui force les Anglais de Hot Chip, qu'ils le veuillent ou non, à prendre du recul sur leur parcours, et à s'interroger sur la direction à prendre. Le groupe emmené par Alexis Taylor revient ce lundi avec leur sixième album, Why Make Sense ?, dont le titre nous fait d'emblée penser à l'opus live des Talking Heads, Stop Making Sense, sorti en 1984. Si les Américains mettaient en avant une certaine vacuité de l'existence, Hot Chip semble de son côté plutôt pencher pour la mise en place d'un débat dont l'important serait plus de soulever des questions que d'y répondre.

Dans une interview aux Inrocks, le groupe explique ne pas vraiment avoir conscience de la place qu'ils occupent au sein de la scène musicale récente. "Je serais tout à fait incapable de nous trouver une place. Je suis tellement obsédé par la musique, par ce que j’écoute, que je ne sais absolument pas où Hot Chip pourrait trouver sa place dans tout ça", confesse Alexis Taylor. Un sens dans lequel abonde Joe Goddard : "Ne pas savoir où nous placer semble être un thème récurrent pour Hot Chip… Je sais que la majorité de la musique d’une époque donnée ne perdure pas longtemps. Je ne vois pas vraiment Hot Chip échapper à cette règle. Dire ça n’est pas une manière de déprécier le groupe, c’est être simplement réaliste : dans un siècle, seules quelques rares choses de notre période auront encore un écho". Le groupe serait-il en proie à une crise de la quinzaine ?

Crise de la quinzaine

Leur premier disque, Coming On Strong, conçu dans la chambre de Joe, à Fulham, a vu le jour en 2004. A son sujet, la tête pensante du groupe décrit sur le blog Noisey de Vice : "C'est un album moins marqué par la house music (…) il y avait des trucs qui faisaient référence aux NeptunesSlum Village, JD et Minnie Riperton, ce genre de musique très douce, un peu soul. Et Stevie Wonder, ce genre de choses - ça s'entend sur un morceau comme « Keep Fallin' ». On voulait se diriger vers ça mais, au final, on s'est retrouvés avec un truc plus saccadé, chaotique et bizarre que prévu". Si les Anglais ont voulu revenir à ces influences sur Why Make Sense ?, ils sont entre temps passés par des albums bien plus house sur lesquels la dance music prenait toute sa signification.

On se souvient notamment du très dansant "Over And Over", issu du deuxième album, The Warning, dont les trublions verts sur ressorts du clip ont imprimé notre rétine à jamais. Un second opus unanimement salué par la critique qui y a vu un énorme pas en avant avec des pièces maîtresses pop telles que "Boy From School", encadrées par des balades comme "Colours" et "Look After Me". A ces débuts remarquables ont succédés, presque inévitablement, des disques moins marquants, Made In The Dark - au sujet duquel Joe reconnaît qu'il est "trop long et part dans tous les sens. Il a un côté tentaculaire. A l’époque on pensait que c'était une bonne idée de se lancer dans tout un tas de directions différentes" - et One Life Stand. Des opus dans lesquels certaines critiques ont cru voir la mort musicale du groupe.

Avant la renaissance. In Our Heads, sorti il y a trois ans, n'a pas manqué de marquer les esprits par la pop colorée et l'électro enlevée qu'il propose, piochant autant du côté de la deep house que de la funk, comme si Hot Chip était totalement résistant et imperméable à l'ambiance mondiale morose dans lequel cet opus avait été enfanté.

Retour au hip-hop et R'n'b

Why Make Sense ? marque un retour à "l'amour profond et historique pour le hip-hop et le r’n’b", tel que le décrit Joe. Si certains auditeurs ont, à la première écoute, été déçus par ce sixième opus, c'est peut-être parce qu'il nécessite du temps avant d'en pouvoir saisir toutes les nuances. L'inaugural "Huarache Lights" porte en lui la marque de fabrique de Hot Chip quand "Love Is The Future" n'hésite pas à la mélanger à la sauce hip-hop, avec des paroles de Posdnuos du groupe De La Soul. Dix titres parmi lesquels culminent le très bon et assez mélancolique "Need You Know" et que vient clore le spectral "Why Make Sense ?". Un sixième album au sujet duquel le groupe se ravit qu'on puisse y trouver "des choses un peu bizarres dans les sons, qu’ils puissent être un peu tordus" et qui ne nous aide toujours pas vraiment à placer le groupe sur l'échiquier musical, ce qui n'est pas sans nous ravir. La maturité a du bon.