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Laurent Garnier : "Le festival Yeah ! est une grande colonie de vacances de qualité"

Laurent Garnier : "Le festival Yeah ! est une grande colonie de vacances de qualité"

Le festival Yeah !, cofondé par Laurent Garnier, aura lieu début juin pour la troisième année consécutive. Greenroom a rencontré le patron de la techno française pour en parler.

Sa frénésie en serait presque admirable. Dix albums et deux livres à son actif n'auront pas suffi à rassasier Laurent Garnier. Inlassable dénicheur de musiques à la curiosité sans limite, le DJ et producteur a créé en 2013, aux côtés de Nicolas Galina et d'Arthur Durigon, le festival Yeah ! La troisième édition aura lieu du 5 au 7 juin prochain dans le désormais mythique château du XVème siècle de Lourmarin, dans le Lubéron. Le DJ prolifique nous en dit plus.

Greenroom : Pourquoi as-tu eu l’envie de créer le festival Yeah ! à ce moment de ta carrière ?

Laurent Garnier : Cela ne s’est pas passé comme ça. Le festival est plutôt le résultat d’une rencontre que celui d’une envie, il n’est pas né d’une carence. Un de mes deux associés, Nicolas, qui a travaillé longtemps au Pop In, s'est installé pas très loin de chez moi il y a quatre ou cinq ans et s’est marié. Il était assez impliqué dans la musique et avait envie de faire quelque chose. Quand il a débarqué, il a rencontré un troisième larron, Arthur. Ce dernier avait une espèce de petite salle de concert dans un des villages du coin. Les deux avaient déjà envisagé le fait de s’associer et de faire un truc. Un soir, ils sont venus me voir pour m’en parler. A la base, ils voulaient simplement que je les conseille. Je leur ai répondu que cela faisait longtemps que je vivais ici, que le fait de créer des choses dans la région me trottait dans la tête depuis longtemps, et que j’allais le faire avec eux, vraiment.

Nous nous sommes rapidement rendus compte que nous avions les mêmes idées à savoir ne pas faire un festival gigantesque. Nous voulions un évènement convivial qui soit à l’encontre de tout ce qu’on entend quand on dit festival : des gens qui dorment dans des campings sans fin. Le Yeah ! s’est monté assez facilement. La machine était prête à démarrer, il fallait juste quelqu’un pour mettre les clés dans le starter.

Quelle est la particularité de ce festival ? Le cadre ? La programmation ? Les deux ?

Nous avons la chance d’être dans un village magnifique. Pour les artistes, je pense que la particularité est de se rendre dans un lieu très convivial, où ils sont super bien reçus, y mangent très bien - cette année, comme l’année dernière, c’est un chef une étoile qui va cuisiner pour les festivaliers. Nous essayons de recevoir les gens comme nous aimerions être reçus à un festival !

yeah ! château crop

C’est bien aussi de pouvoir se trouver dans un cadre "safe" où on peut regarder les concerts sans se demander toutes les secondes où sont les enfants. En plus des concerts, durant l’après-midi, il y a des concours de pétanque, de foot, de volley. On organise plein de trucs à l’école, on fait des initiations au DJing avec les enfants du village, on organise des chasses aux trésors. Il ne s'agit donc pas seulement de payer pour aller voir des concerts. C’est une grande colonie de vacances de qualité ! On aime bien rigoler en plus.

Cela doit être difficile de faire une programmation quand on est soi-même musicien. Est-ce que tu n’es pas tenté d’inviter uniquement des artistes que tu aimes ?

Ce sont évidemment des gens qu’on aime. La seule règle dans la programmation : on propose tous les trois des groupes. S’il y en a un seul de nous qui ne veut pas, qu’importe la raison, on ne programme pas et on ne revient pas là-dessus. On essaye de faire une jolie programmation cohérente mais on veut avant tout se faire plaisir et que cela nous ressemble. Là, on arrive à un point où les gens nous font confiance. Ils ne viennent plus spécialement pour les groupes mais parce que c’est le Yeah ! Par exemple, quand Etienne Daho a annulé et qu'on l'a annoncé, on a eu peur que beaucoup de gens annulent mais finalement on a dû rembourser seulement soixante billets sur mille vendus. Je remplace Etienne Daho donc au lieu de danser sur "Week-end à Rome", les festivaliers auront droit à trois heures de son.

yeah ! laurent platines crop

Tu peux me parler un peu de l’équipe du festival ?

Il y a quatre personnes à l’année. En plus de nous trois, il y a le régisseur général, Fred. Il y a ensuite deux personnes qui s'occupent de la presse. L’équipe grandit vers février, mars, à partir du moment où on a booké tous les artistes. Personnellement, je n’y bosse pas tous les jours mais toute l’année on en parle et on construit le festival ensemble.

Pourquoi avoir choisi Lourmarin comme lieu ?

J’y habite et je pense que c’est bien de faire des choses chez soi. C’est trop facile de dire qu’il ne se passe rien chez nous. Il ne se passe rien si on ne fait rien ! Ici, il y a une énergie géniale, plein de gens qui ont envie de sortir, d’écouter de la musique, qui sont allés à l’étranger et en sont revenus avec plein d'idées. J’ai toujours travaillé avec mes voisins. Quand j’étais à Ivry-sur-Seine, c’était déjà le cas, j'ai notamment travaillé avec un voisin qui était graphiste, un autre pianiste, percussionniste. Cela ne sert à rien de ne pas profiter des contacts qu’on s’est fait pour organiser ce festival ici. En plus, le maire de Lourmarin est génial !

Ta Home Box sort lundi. Qu’est-ce qui t’a amené à sortir ta musique de cette manière (des morceaux issus de cinq maxis sortis en 2014) ?

C’est le résultat d’une réflexion sur la pertinence, aujourd'hui, de sortir un album selon le format avec lequel on l'a fabriqué ces 80 dernières années. Depuis quinze ans environ, les gens consomment la musique de manière très différente. La seule chose qui n’a pas changé, c’est le format album et je trouvais cela très archaïque.

Aller en studio, travailler les deux mois suivants uniquement sur des morceaux qui seront intégrés dans un album, en empêchant d’autres d’exister, fait qu'on se restreint. J’avais envie d’être beaucoup plus libre. J’ai commencé à faire de la musique l’année dernière, je voulais, comme d’habitude, faire des choses différentes. J’ai approché des labels avec des sons différents. Au final, j’ai sorti cinq EPs dans cinq pays sur cinq labels différents. J’en ai fait un sixième destiné à F Communications. J’avais beaucoup de musiques différentes et trop pour un album. J'ai donc choisi certains des morceaux et ai fait une tracklist pour en faire un CD. Au final, je trouve que ce dernier a une cohérence sur l’histoire qu’il raconte.

Quelle était ton intention en créant le label Sounds Like Yeah ! ?

On l’a créé fin 2014 comme une extension du festival Yeah ! On a sorti qu’un seul album - celui de Husbands - et deux singles. Je pense qu’on va se concentrer sur un single club : on va envoyer quatre ou cinq EPs par an aux gens et ils vont payer un forfait. On a juste envie que les gens nous fassent confiance.

C’est drôle parce qu’à la base on a créé le Yeah ! pour sortir l’album, ce qui est n'importe quoi. Il ne faut surtout pas faire ça ! On est un peu cons, on s’est tiré une balle dans le pied mais ça c’est notre côté rock'n'roll.

Tu es un musicien reconnu à la tête désormais d’un label et d’un festival. Quelle est la prochaine étape de ton accomplissement ?

Il faut que je fasse mon film sur Electrochoc - livre écrit avec David Brun-Lambert et dont le film sera une adaptation, ndlr. C’est intellectuellement très nourrissant. J’apprends beaucoup, même si cela ne se fait pas ce n’est pas grave finalement. C’est excitant de sortir de sa zone de confort et d’aller voir d’autres contrées. Je n’aime pas me répéter, je ne prépare pas, j’aime l’improvisation. Le label, le festival, ce sont finalement plusieurs formes de stimulations.