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We Love Green : "On veut présenter ceux qui font la musique de 2015''

We Love Green : "On veut présenter ceux qui font la musique de 2015''

Le festival We Love Green, prévu les 30 et 31 mai, approche à grands-pas. L'occasion de parler organisation avec Marie Sabot, la directrice du festival et co-fondratrice de l'agence We Love Art. Avec une question en tête : comment est-ce qu'on fait pour mettre en place un tel festival ?

Avec ses deux scènes, We Love Green ne fait pas figure de mastodonte dans l'univers des festivals. Et pourtant, We Love Art, Because Music et Sony, les trois entreprises impliquées dans l'organisation, arrivent à faire venir de belles têtes d'affiche, comme cette année Nicolas Jaar, Julian Casablancas, Ratatat, Joey Bada$$, Daniel Avery, J.E.T.S. (Jimmy Edgar et Machinedrum)... Comment font-ils ? Comment met-on en place un festival organisé par plusieurs agences et labels ? Comment marchent les subventions ? Comment évite-t-on les attentes trop longues devant les food-trucks ? Dans les bureaux de We Love Art, ressemblant de plus en plus à une ruche effervescente, c'est le rush, d'autant que les ambitions écologiques du festival (nous y reviendront dans un autre article) ne facilitent pas la tâche. Marie Sabot, directrice du festival et co-fondatrice de We Love Art a pourtant bien voulu répondre à ces nombreuses questions techniques de néophyte de l'organisation.

Greenroom : We Love Art, Because, Sony... Plusieurs entités différentes s'occupent de We Love Green. Alors qui fait quoi ?

Marie Sabot : We Love Art s'occupe de toute la production, la logistique, la scénographie, la restauration, le think tank, l'eco-conception, les subventions, la mise en scène des partenaires... Corida, boite de production appartenant à Because, gère la logistique artistique et la technique de la grande scène live. La promotion du festival est faite en commun avec Alexandre Gaulmin chez Corida, l'équipe de Because qui échange déjà avec les médias au quotidien sur toutes leurs sorties d'album et Julie Ganter chez nous qui coordonne cette grande famille. Because Image nous aide a mettre en place les supports vidéos et l'artwork de l'année et leur équipe digitale nous a fait un magnifique site qu'on prend plaisir à alimenter au quotidien de toutes les infos qui nous enthousiasment.

Sony qui est arrivé l'année dernière en cours de route, au printemps, aide au financement et en terme de staff, notamment sur la gestion des partenaires privés avec Sébastien Perrier et un super dir' prod' Ben Jourdain qui nous amène du recul sur nos choix budgétaires. Le choix a été de ne pas créer une équipe dédiée au festival, mais d'essayer de mélanger des personnalités et des compétences. Ainsi, nous sommes six à travailler la programmation depuis l'automne : Emmanuel de Buretel (le patron de Because Music), Pierre Blanc et Claire Perrot (de Talent Boutique, qui fait partie de Corida), Clement Meyer (DJ et programmateur chez We Love Art), Laurent Rossi de Sony (ancien patron de Beggars) et moi. On cherche des artistes pour une programmation représentant ceux qui font la musique en 2015, nous ne sommes pas dans une course aux groupes cultes ou parrains de telle ou telle scène. On veut s'inscrire dans l'actualité du printemps.

Quel est l'intérêt de réunir plusieurs agences et/ou labels sur un même festival ?

On travaille comme un réseau, en s'apportant les uns les autres. Les festivals fonctionnent en effet avec une programmation par défaut. On a plein de rêves mais il faut convaincre des artistes qui ne sont pas forcément dans une période de tournée, ni dans leur niveau de cachet. Parfois, juste un petit mot de quelqu'un qui est dans le milieu depuis un moment peut faire la différence, d'autant que la France paye très peu les artistes par rapport aux autres pays européens, faute de financements. Julian Casablancas va toucher au moins un zéro de moins à We Love Green qu'à Primavera, où il joue la veille ! Donc il faut beaucoup d'énergie pour pouvoir les convaincre de venir, et passer l'agent français, l'agent international, le management... Il peut y avoir cinq ou six intermédiaires entre nous et l'artiste. On mise alors sur l'esprit du festival et le cadre du parc de Bagatelle pour les convaincre.

C'est quoi, l'esprit We Love Green du côté des artistes ?

C'est un festival à taille humaine. Et il y a une émulsion particulière du côté des artistes, que l'on a vraiment vu l'année dernière : ils n'étaient pas dans leur loge, Foals discutait avec Earl Sweatshirt, qui discutait avec Lorde, elle-même en grande conversation avec London Grammar. Il y a un échange, une sensibilité musicale qu'ils doivent partager. On a d'ailleurs vu des remixes qui ont été faits à la suite de rencontres à We Love Green. Nous ne voulons pas avoir des groupes qui restent dans leur tour-bus, font leur concert et repartent, ce qui est le cas parfois dans les gros festivals avec 80 artistes programmés.

La principale critique concernant le festival l'année dernière concernait l'attente impressionnante pour manger, aller aux toilettes... Que s'est-il passé ? Qu'avez-vous prévu pour que cette édition se déroule sans encombre ?

Ce qu'il s'est passé l'année dernière est très simple. On a eu un flux énorme de public qui, à deux jours du festival, n'avait pas acheté son billet ou validé son invitation. On a dû vendre 1500 billets en une seule nuit, pour un total entre 2000 et 4000 personnes supplémentaires selon les jours. La production ne pensait pas avoir à accueillir ce public. A Bagatelle, réajuster au dernier moment est difficile : les semi-remorques ne peuvent pas rentrer dans le parc et nous ne pouvions pas nous étendre plus dans ce jardin botanique. Mais cette année, la mairie nous a accordé deux prairies supplémentaires, à savoir un hectare de plus. Fort de la mauvaise surprise de l'année dernière et de cette place en plus, on s'est dit dès le début « on peut accueillir 18 000 personnes, on va produire un festival en conséquence. Même si on ne reçoit pas autant de spectateurs, tant pis ». On a beaucoup travaillé pour pouvoir le faire sans exploser les coûts. Budgétairement, on est toujours sur la corde raide, on reçoit des subventions vraiment anecdotiques.

C'est-à-dire ?

C'est beaucoup plus compliqué qu'on ne le croit les subventions : on ne reçoit pas un chèque de soutien comme ça, pour l'ensemble d'un travail. Il faut présenter un projet. La région Île-de-France nous a par exemple subventionné pour notre programme de traitement des déchets, sur présentation de factures avec les salaires, les dépenses... Mais on parle de sommes beaucoup plus maigres qu'il y a dix ans ou que sur de gros festivals actuels. De plus, les partenaires privées ont été assez frileux au début, du fait de notre thème et de nos contraintes. On demande à ce que leur intégration sur le festival soit en accord avec notre charte de production : ils doivent par exemple utilisées des bâches en plastique recyclé.

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Pour revenir sur la programmation, qui avez-vous particulièrement envie de voir cette année ?

C'est difficile de faire un choix vu comme on a travaillé dur pour avoir chacun d'entre eux. En dehors bien sûr des artistes de notre univers comme Modeselektor ou Nicolas Jaar, j'ai très envie de voir l'énergie de Julian Casablancas, au coucher du soleil. Il est rare : il ne va faire aucun festival en France cet été. Un peu d'énergie rock à We Love Green... Je veux voir le festival péter les plombs !

Et l'année dernière, qui a remporté la palme du meilleur concert selon vous ?

C'est drôle, je vais encore citer du rock : le concert de Foals était dingue. Ce sont des bêtes de scènes. C'était le dimanche soir, la moitié des festivaliers était déjà partis... Et le chanteur faisait ce qu'il voulait du public. Ils venaient de Primavera, n'ont pas vraiment dormi, hésitaient à venir. On les a pourtant vu taquiner Lorde dans les coulisses, être en pleine forme, nous dire « you are the future, keep on ! » avant de tout donner sur scène. C'est à cette générosité que l'on reconnaît un grand groupe de live.

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