JE RECHERCHE
Shamir, nouvel émir musical ?

Shamir, nouvel émir musical ?

Agé d'à peine vingt ans, Shamir s'apprête à sortir son premier album, Ratchet, déjà adoubé par la critique. Il sera également de passage au festival parisien Villette Sonique. Qui se cache derrière ce chanteur au nez percé ?

Emir. Chaman. Les résonances qui se font dans notre esprit en prononçant Shamir sont multiples et toutes liées, de près ou de loin, à la puissance et au surnaturel. Hasard de la traduction française ou véritable lien avec le personnage affublé de ce prénom ?  Depuis ses débuts, lorsqu'il a posté sur sa page Facebook le tubesque "If It Wasn't True" à la sortie, la semaine prochaine, de son premier album, Ratchet, le jeune timide s'est attiré les honneurs des critiques. Il ne s'est pourtant passé qu'un an entre les deux. Un espace temps suffisant pour que ce chanteur à la voix gracile conquiert le monde musical et soit vu par beaucoup comme le prochain chanteur de l'année. Avant son passage à la Villette Sonique mercredi 27 mai, Greenroom vous donne plusieurs données à savoir sur ce délivreur de disco-house.

Il vient du désert et c'est un scorpion

Enfin presque. Shamir, nom de famille Bailey, est originaire de Las Vegas mais a grandi dans une petite ville nommée Northtown, qui donnera son nom à son premier EP sorti en juin dernier. Une cité qu'il décrit comme "rien d'autre que de la saleté, des complexes pavillonnaires et une ferme porcine qui répand sa terrible odeur sur toute la ville", décrit-il dans une interview à NME. Ajoutant : "je viens du désert !". Shamir estime qu'il est ni plus ni moins que la "personne la plus weird" de Northtown.

Il ne quittera cette lugubre cité qu'après être entré en contact avec Nick Sylvester, à la tête du label, basé à Brooklyn, Godmode. Shamir lui a envoyé ses démos un soir où il estimait ne plus avoir "rien à perdre", alors qu'il travaillait au Topshop local. Le lendemain, il avait la surprise de découvrir un mail de réponse du producteur qui l'invitait à venir à New York le plus tôt possible afin de voir s'ils pouvaient travailler ensemble. "Nick Sylvester est un Cancer", apprend-t-on dans un entretien à Pitchfork, "et Shamir un Scorpion, ce qui est une bonne chose puisque les Scorpions prennent soin des Scorpions". On veut bien le croire puisque près d'un an et demi après cette rencontre, Shamir est signé sur XL Recordings, le label de FKA Twigs, Ibeyi, ou encore Jamie xx, pour ne citer qu'eux

Il voulait être fermier

Si la musique a toujours fait partie intégrante de la vie de Shamir, depuis qu'il a harcelé sa mère pour qu'elle lui achète une guitare à l'âge de neuf ans, ce dernier ne l'a en revanche jamais considéré comme un métier. Mieux, après le lycée, le chanteur avait l'intention de s'installer dans la petite ville de Rogers, dans l'Arkansas, pour devenir fermier. "Je voulais juste m'installer dans une petite ville", explique t-il au Guardian, avant de sourire en se rendant compte de l'étrangeté de cette phrase. Puis de préciser : "Il y a beaucoup de maisons de retraite là-bas, je comptais donc aller vivre avec plein de personnes âgées. Cela représentait une sorte de rêve pour moi !".

Ses influences ? Nina Simone et sa tante

Mais aussi les Beach Boys, The Flamingos. Si Shamir a débuté en participant à des compétitions musicales de country, alors qu'il n'avait que treize ans, il a rapidement laissé tomber. "On ne savait pas quoi faire de moi", assure t-il à Pitchfork. "Vegas", le morceau inaugural de son premier album, a été écrite avec sa tante, assistante juridique, qui écrit des poèmes à ses heures perdues. Surtout, Shamir avoue avoir une admiration sans égale pour Nina Simone. Dans une autre interview à NME, il explique : "Nina Simone a une voix si androgyne que la première fois où je l'ai écoutée, j'ai cru que c'était un homme. je suis persuadé que bon nombre de personnes, lorsqu'ils m'entendent, doivent penser que je suis une femme".

"Quand je l'ai entendue lorsque j'étais un petit garçon, j'ignorais qu'en grandissant, j'aurais une voix aussi androgyne que la sienne. Je pensais que j'allais avoir une voix normale. C'est drôle de repenser à cela avec le recul, à quel point cela aurait été plus profond de l'écouter en sachant ce dont je suis désormais conscient". Avec Nina Simone, la chanteuse qui possède une place de choix dans le coeur de Shamir est Ari Up, du groupe The Slits. "Elle a une voix incroyable", estime le chanteur qui avoue apprécier toutes les voix uniques telles que celles de Billie Holiday ou encore Joanna Newsom.

Il a été élu mec le mieux habillé de l'année.
Certes pas par un ponte de la mode mais par ses camarades de classe à Northtown qui ont également estimé qu'il mériterait de faire la Une de Vogue. Si ce n'est pas encore fait, on y est presque puisque Shamir s'est retrouvé sur Vogue.com. "Je m'habillais de manière totalement extravagante pour aller à l'école, je mettais des dashikis (vêtements africains, ndlr) et avais le cheveu hirsute. Les gens me prenaient en photo et rigolaient mais j'imagine qu'ils se sont rendus compte que ce n'était pas une blague. Que c'était tout simplement moi". Il a également été nominé comme le roi du bal de promo bien qu'il ne s'y soit pas rendu. "Je n'y allais pas car j'étais trop punk. Mais si ça avait été le cas, je suis sûr que je les aurais tous surpassés!"

Shamir regrette presque de n'avoir pas subi les quolibets de ses amis : "Rien de mal ne s'est passé à l'école, confesse t-il à Pitchfork, pas de harcèlement, pas d'ostracisme". Il reproche à ses anciens camarades de l'avoir apprécié comme on apprécie les animaux de compagnie : "on me désignait tout le temps comme "Shamir, le mec à la guitare", "Shamir, celui avec les cheveux". Et de conclure : "J'aurais tellement voulu être un rebelle !"

Il n'appartient à aucun genre.

Non, pas musical – quoique – mais plutôt féminin / masculin . Avec son physique androgyne, Shamir a de nombreuses fois été interrogé sur le genre auquel il appartenait. "J'ai toujours trouvé ça incroyable que les gens deviennent fous parce qu'ils ne parviennent pas à deviner mon genre. Même si mon métier est juste de créer de l'art, je pense qu'être une personne sans genre... secoue les gens. Et lorsque cela arrive, j'ai l'impression de faire mon travail".

Son samedi soir idéal : se mettre au lit, écouter Natalia Kills et pleurer

On peut venir ?

Photo d'illustration : © Paley Fairman