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Rencontre avec 20syl : "Je n'ai plus envie de faire du rap en français"

Rencontre avec 20syl : "Je n'ai plus envie de faire du rap en français"

20syl poursuit ses aventures solo avec l'EP Motifs II. Particularité : il n'y rappe pas et propose une électro beaucoup plus minimaliste que dans ses précédents projets. On l'a rencontré pour essayer de comprendre ce changement de voie et de voix. 

En retrouvant Sylvain Richard, alias 20syl, pour parler de son EP Motifs II sortant aujourd'hui, on s'attendait à rencontrer un homme fatigué. Et pour cause : 20syl n'arrête pas. Son label On And On Records a sorti une compilation de beatmakers le mois dernier, et il s'est occupé de tous les sélectionner -- 30 demandes, 23 réponses, 23 inédits. Il a dévoilé un EP, Motifs, il y a quelques mois, et il remet le couvert avec Motifs II (disponible à l'achat par ici et dont deux titres sont en écoute ci-dessous). Il a même co-réalisé le dernier clip de Beat Torrent, le tout entre pas mal de remixes publiés sur target="_blank">SoundCloud et plusieurs collaborations, dont AllttA (A little lower than the angels) en duo avec le rappeur Mr.J.Medeiros (un long-format est en préparation). Alors, crevé ? "Ça se pourrait", répond le Nantais en riant.

20syl-MotifsII-1440Ce travail de fourmis, souvent dans l'ombre, doit le changer des spotlights d'Hocus Pocus et de C2C, ses précédents groupes. Ou pas tant que ça ? "En fait, on a toujours fonctionné comme ça avec le label même pour C2C ou Hocus Pocus -- c'était seulement moins visible parce qu'on était en contrat de distribution sur de grosses maisons de disques. On travaille au sein d'une petite équipe, comme une famille, en home studio, et j'y réalise quasiment toutes les pochettes, y compris celles de Motifs I et II''.

Aujourd'hui, 20syl s'affranchit des formations qui l'ont fait connaître en s'investissant en solo, plus discrètement. Ce n'est pas forcément un hasard : "Hocus Pocus et C2C nous ont entraîné dans une machine qui nous dépassait peut-être. On ne cherchait pas forcément un succès comme ça. J'avais envie de faire de la musique librement, de façon fluide et spontanée, comme ce que je peux faire en postant des remixes sur SoundCloud. J'aime cette idée où tu fais quelque chose, tu le droppes dans l'heure et tu ne peux plus revenir dessus. Je travaille comme ça sur mes EPs, je mets peut-être moins de couches car j'essaye d'aller à l'essentiel".

On entendrait presque des regrets, un dégoût des grosses machines de guerre avec obligation de résultat. "C'était plus une question de sollicitation que de pression : il ne se passait pas une journée sans que l'on ait à répondre à dix mails entre chaque concert, faire des choix, décider si on voulait bien laisser telle ou telle marque utiliser notre musique... Des problématiques qui touchent les groupes qui marchent ! Ce n'est pas si désagréable quand tu regardes les choses avec du recul, mais quand tu as le nez dans le guidon, tu as envie de respirer, faire et parler d'autre chose. Je pense aussi que j'ai saturé sur le live. On a beaucoup tourné, c'était devenu comme une récitation d'un spectacle que tu maîtrises, ça perd de son intérêt".

Le retour de C2C, ce n'est donc pas pour tout de suite. Et le rap alors, c'est fini ? C'est ce qui frappe avec ce diptyque d'EPs : si 20syl n'y rappe pas, il place néanmoins sa voix, chantée, sur "Dust In Clouds" et "Swimming Stone". "Le rap en français, ce n'est pas forcément quelque chose que j'ai envie de développer en solo. Et je n'ai pas les idées qui vont avec : je ne me lève pas le matin en me disant "tiens je vais écrire ça", alors que j'ai envie de composer tout le temps, c'est naturel. L'écriture, ce n'est pas naturel. Cela me demande des efforts. Je n'ai pas envie d'aller vers la feuille blanche, et ce n'est pas un besoin contrairement au fait de me mettre derrière mes machines et mes instruments pour composer", explique-t-il avec une sincérité étonnante. "Je sais qu'il y a une attente vis-à-vis d'Hocus Pocus. Mais j'ai été au bout de quelque chose avec les quatre albums qu'on a sorti. Il va me falloir du temps pour renouveler mon propos ou ma manière de dire les choses. Si je refais un album d'Hocus Pocus, il sera quoiqu'il en soit complètement différent, dans les textes comme dans ma façon de rapper. Un peu à la Odezenne : ils ont su évoluer, passer d'un rap assez classique à quelque chose de beaucoup plus expérimental".

Du chant, des productions électroniques plus minimalistes et sincères... Voilà ce que propose 20syl dans Motifs II. En attendant un numéro 3 ? "Je n'avais pas forcément prévu de faire un deuxième volume, mais Thomas Porthé, qui nous avait déjà fait un clip non officiel pour C2C, m'a envoyé un clip en prenant mes sons sur SoundCloud. Je me suis dit que c'était bête de ne pas avoir de titre original pour cette vidéo, alors j'ai composé "Back & Forth". Je me suis retrouvé avec un morceau et un clip qui tenait bien la route, alors j'ai construit un EP autour", raconte-t-il en précisant encore une fois son envie de sortir les morceaux rapidement tout en s'affranchissant des codes du beatmakings actuels -- "moins de démonstration, plus d'émotion", s'il fallait en faire un slogan.

C'est pour cette même raison que l'idée de faire un album le laisse sceptique : "Est-ce que le concept d'album a encore du sens aujourd'hui ? A moins de vouloir de développer une vraie histoire sur dix titres, qu'elle soit musicale ou dans les paroles, je ne vois pas l'intérêt de se forcer à faire un album pour faire un album. On se retrouve souvent avec cinq titres avec un propos fort et huit morceaux bouches-trous. Je préfère faire un concentré d'émotion et d'énergie sur des EPs, en gardant la spontanéité et en le sortant peu de temps après l'enregistrement. C'est important aussi. Je n'ai pas envie d'écouter des trucs qui ont été faits il y a deux ans, et c'est le problème de l'album : il y a des réalités techniques qui font qu'il y a plus d'un an entre le moment où c'est enregistré et le moment où il sort... A part si tu t'appelles Beyoncé !". Ça, c'est sûr.