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Festival Big Love à Rennes : découvertes électro, sourires et communion

Festival Big Love à Rennes : découvertes électro, sourires et communion

Rennes accueille du 29 au 31 mai le Big Love du collectif Crab Cake, un week-end placé sous le signe de la convivialité... Et de la bonne musique bien sûr. On vous a sélectionné trois coups de cœur à découvrir absolument. 

visu_BL_webA une époque où la simple joie, celle toute bête de sourire parce qu'un son fait vibrer le cœur et le corps, n'est pas évidente à trouver entre deux selfies Snapchat, les Rennais de Crab Cake font de la résistance. Fondé il y a quatre ans, le collectif breton défend une idée de la fête bien différente des nuits parisiennes guindées : "Nous aimons le clubbing, les petites jauges. Les gens peuvent voir le Big Love comme un 'petit festival', mais ça ne m'intéresse pas de faire une soirée avec 2000 personnes", explique Luc Donnard, le directeur artistique. "Nous voulons revenir à des valeurs plus simples, celles du partage et du sourire, de la communion en club autour de tel ou tel morceau. Ce sont des moments magiques et rares, et il faut réunir pas mal d'ingrédients pour y arriver ; la bonne humeur en fait partie". Et le love, aussi ! Pour l'occasion, les membres de Crab Cake se sont amusés à compiler leurs 100 morceaux préférés contenant le mot "Love". Tant d'ondes positives, ce serait bête de se priver :

De la bonne humeur c'est bien, mais pour obtenir ce cocktail magique évoqué plus haut, il faut également de bons spots. L'Ubu et L'Etage d'abord, où les clubbeurs croiseront l'electronica hypnotisante (et très "Ronesque") de Christian Löffler ou la très bonne techno allemande de Mind Against. Pour les moins noctambules, des concerts gratuits seront également organisés dans deux parcs de la ville (le parc Saint-Georges et l'Oberthür). Côté programmation, Crab Cake vise un public "passionné ou curieux", et appréciant la fidélité : à peu près un tiers de la programmation a déjà été croisée dans les soirées Crab Cake. "Ça fait un peu cliché mais nous fonctionnons comme une grande famille. J'invite aux soirées des DJs que j'ai envie de connaître, pas pour leur demander de passer leurs disques et de s'en aller". Mais alors, qui sont ces DJs ? Parce qu'il n'est plus besoin de présenter les sus-cités têtes d'affiche, Greenroom a sélectionné trois coups de cœur qui ne demandent plus qu'à être découverts (à Rennes, le dernier week-end de mai, vous aurez compris).

CarteRennesBL

Julien Tiné

Des étendues de voix hypnotiques tapissent des rivages que rien ne vient obstruer... Les sons distordus de Julien Tiné, originaire de Saint-Brieuc, façonnent dans notre esprit une fenêtre ouvrant sur un horizon apaisant. La mer de sa ville natale y serait-elle pour quelques chose ? Sûrement. Ce DJ membre de la garde rapprochée de Yelle -- elle aussi originaire de la petite ville des Côtes-d'Armor -- puise ses influences dans une pléthore de styles, assemblant volontiers des sons jazzy, blues et electro eighties auxquels se mêlent parfois des sonorités indiennes ou une chanson française au charme volontairement désuet. "The Secret Life Of Plants", "Voix sans issue", "Aussi loin que je me souvienne", Julien Tiné affectionne les confections sonores inattendues quelque peu nostalgiques qui vous embarquent et vous trimbalent dans des contrées inexplorées, qu'elles se situent au soleil ou sous des températures plus fraîches. Celui que Luc Donnard décrit comme un DJ « qui aime créer des ambiances dans des parcs, sur des plages et n'est pas forcément fait pour une vie de DJ qui voyage tous les week-ends » sera au festival dimanche. Il commencera son set par le même titre que celui avec lequel il avait ouvert l'Ubu en 2011, histoire que la boucle soit bouclée. Dans le morceau "La piscine 03-04-2010", une voix féminine s'interroge : "la réalité toujours, ça sert à quoi ? Ce sont les rêves que je préfère". Nous aussi.

Manamana

« Feel ». Voilà comment Manamana, duo composé de Sevensol & map.ache, décrit son style de musique. Il est vrai qu'entre le postrock langoureux et la house dans laquelle il se fond qui composent par exemple leur podcast « Nachtdigital 2014 », on ignore un peu où situer ces DJs originaires de Leipzig. On sait juste que -- et c'est déjà pas mal – ça nous plaît. Ces proches de Lake People ont fondé leur propre label, Kann Records, en 2008, avant d'ouvrir un magasin de vinyles quatre ans plus tard dans la ville allemande présentée par beaucoup comme l'alternative à Berlin en terme de scène electro. Nul doute que Manamana saura convaincre le public rennais.

The Black Madonna

"D.A.N.C.E." de Justice, son clip, ses voix de gamins, son piano... Autant être honnête : huit ans après sa sortie, ce méga-tube a tellement été écouté que l'on redoute l'indigestion. Et pourtant, il y a quelques mois, une productrice a retourné la situation avec "Exodus", en reprenant les mêmes samples utilisés par Gaspard Augé et de Xavier de Rosnay. Elle s'appelle The Black Madonna, est attendu au Big Love le vendredi 29 mai à l'Ubu et n'a pas un CV déméritant : depuis fin 2012, Marea Stamper est résidente au Smart Bar de Chicago (autre résident notable ? Feu Frankie Knuckles, rien que ça !). Pour Luc Donnard, elle est "un de ses coups de coeur" "Elle a fait une Boiler Room -- pas encore publiée -- à Chicago pour l'anniversaire de la mort de Frankie Knuckles, chez un disquaire. Elle danse, elle chante, elle lève les bras... Elle a une énergie de dingue ! Mais quand tu écoutes attentivement son set, tu vois qu'elle ne fait pas n'importe quoi". 

Productrice (là preuve ci-dessus, peu de gens sont ainsi capables de mélanger Justice, des boucles de piano à la Aufgang et de bons gros beats de Chicago) et DJ, The Black Madonna ne manque pas non plus d'idées sur ce que devrait être la fête, celle avec un grand F : "La dance music a besoin de riot grrrls. La dance music a besoin de Patti Smith. De DJ Sprinkles. La dance music a besoin d'un peu d'inconfort dans son euphorie, de sel dans ses blessures. La dance music a besoin de femmes de plus de 40 ans. (...) La dance music a besoin d'écrivains, de critiques, de professeurs et d'historiens. La dance music a besoin de pauvres et de gens qui n'ont pas les bonnes chaussures pour rentrer en club. (...) La dance music a besoin de gens qui galèrent toute la semaine". Tout à fait d'accord.