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Australie, Eldorado électro

Australie, Eldorado électro

Flume, Chet Faker, Jagwar Ma, Ta-Ku, Flight Facilities... Ils ont tous un point commun : l'Australie, et plus particulièrement le label Future Classic. Mais qu'est-ce qu'il se passe à l'autre bout de la planète pour qu'autant de groupes et artistes percent en même temps ?

Koalas, kangourous, bush et autres araignées tueuses. Nous voilà débarrassés de tous les poncifs habituellement utilisés quand il est question de l'Australie. Mais alors, il reste rien ? Mais si, tendez l'oreille. Quelques synthés funkys, du soleil dans des voix féminines lascives et des millions de vues sur Youtube. Bienvenue sur Flight Facilities, la compagnie aérienne prête à concurrencer Air Austral.

Depuis quelques années, et notamment le premier album éponyme de Flume, l'Australie est le berceau d'une vague d'artistes électro et électro-pop : Flume et Flight Facilities donc, mais aussi Ta-Ku ou Jagwar Ma dans un style plus porté sur le psychédélisme. Point commun : un cool indéniable, une musique qui met de bonne humeur, relativement douce... Et le label Future Classic. Fondé en 2004 par trois copains (Nathan McLay, Jay Ryves et Chad Gillard) à Sydney, Future Classic naît à une période où le rock indé prévaut dans le pays. L'électro y bourgeonne (merci Modular Records et Cut Copy), et le label porte bien son nom : si à la première écoute les artistes détonnent avec la scène de l'époque, ce n'est que pour mieux exploser des années plus tard. Flume, fer de lance du mouvement, n'a pas perdu son temps pour se préparer à cette déferlante australienne. Dès l'âge de 11 ans, il produit des morceaux qu'il conditionne dans des boîtes de céréales. Un album, un remix applaudi de "You & Me" de Disclosure et des milliers d'écoutes sur SoundCloud plus tard, le voilà super-star à 23 ans.

Chet Faker, de son côté, balade sa grosse barbe dans tous les cœurs des romantiques avec des chansons d'amour (entre autres) modernes et prenantes. Et ça marche. Tous les ans, à l'occasion de la fête nationale (appelée l'Australia Day, logique) le 26 janvier, la populaire mais qualitative radio Triple J réalise un Top 100 des meilleures chansons de l'année. Le numéro 1 de 2015 ? Chet Faker bien sûr, avec sa chanson "Talk Is Cheap".

Aujourd'hui, être signé sur Future Classic assure une visibilité sans pareille dans la musique indé et électro australienne. C'est tout ce qu'on souhaite aux signatures encore confidentielles du label (à l'internationale du moins). Exemple : Touch Sensitive et sa nu-disco empreinte d'influences French Touch, un mouvement auxquels de nombreux artistes australiens s'identifient (comme nous le confiaient Hugo et Jimmy de Flight Facilities à l'occasion de leur passage au Yoyo en novembre).

Dans un registre plus ambient, Charles Murdoch enchante accompagné des vocaux soignés de Oscar Key Sung (qui est... Australien, évidemment). Et c'est là que l'on a envie de bénir le Dieu Internet : avec sept heures et demi en moyenne de décalage horaire entre Paris et l'Australie, difficile de suivre en direct les aventures de nos amis Aussies.

En fouillant parmi les artistes estampillés Future Classic, devinez qui l'on trouve ? 123MRK, producteur aux ambiances chill basé... A Paris ! Il a notamment sorti cet excellent duo avec Martin Mey, un de nos récents coups de cœur pop. Un bémol : si les Australiens pouvaient éviter de nous piquer nos belles pousses, ce serait sympa...

Pour finir notre petite liste d'artistes à suivre de près, on ne pouvait pas passer à côté de Chrome Sparks, ayant retourné Internet en 2012 avec l'halluciné "Marijuana". Les plus attentifs auront remarqué que le tube a fait des petits : Jamie xx, dans "Loud Places" extrait de son prochain album, reprend un sample de Idris Muhammad (batteur de jazz américain décédé il y a quelques mois) que l'on peut entendre tout le long du morceau ci-dessous.

Alors, l'Australie, c'est the place to be quand on aime la musique à écouter allongé dans un pré ? Peut-être bien. D'autant que la vie culturelle n'y a pas l'air endormie. Adam, étudiant français vivant depuis un an entre Sydney, Melbourne et un bateau perdu au milieu du bush, assure qu'il y a largement de quoi faire, surtout à Melbourne. "Il se passe beaucoup plus de choses culturellement là-bas qu'à Sydney, bizarrement", explique-t-il joint par téléphone. "Il y a même une rue dédiée aux street-artists, Hosier Lane, où l'on trouve des graffitis sur des surfaces immenses. Par exemple, à mon arrivée, j'ai vu un énorme portrait de Kate Winslet".

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Côté clubbing, rendez-vous au Revolver, toujours à Melbourne, à Chapel Street, une "longue rue pour faire la fête", précise Adam. "Même si ce n'est pas vraiment comparable musicalement, le Revolver est un peu le Berghain local". Pour faire la fête au soleil, c'est au Cookie qu'il faut aller avec son rooftop et ses séances de cinéma en plein air en été. "La musique passée au Cookie est top, souvent influencée par la French Touch", raconte-t-il. Y compris du Future Classic ? "C'est clairement LE label du moment en Australie". En France aussi.