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Traverser Paris pour une épicerie

Traverser Paris pour une épicerie

Il y a dix ans, on pariait sur leur mort au profit des supermarchés. Pourtant, le petit commerce a une santé intacte. Son symbole, l’épicerie, opère un retour remarqué dans Paris. Épicerie fine ou épicerie du quotidien, les meilleures nous régalent de produits atypiques dénichés directement au producteur. Petit guide de ces adresses qui érigent les saveurs vraies en mode de vie du quotidien.

"Produits objectivement savoureux"

D’un côté Hédiard, Fauchon, la Grande Epicerie de Paris, épiceries de luxe aux produits d’exception, de l’autre, l’épicier de quartier, celle qui nous dépanne de ses produits trop chers un dimanche soir à 21h. Entre les deux, un néant qui trouve candidats en 2010 avec la création de Julhès et Pos. Deux épiceries, l’une fine, l’autre du quotidien, qui illustrent parfaitement la dynamique de ce come-back. Dans la rue du Faubourg Saint-Denis depuis 5 ans, Julhès, «l’épicerie gastronomique familiale», fait figure de vieille maison. Elle prêche les préceptes du foodista qui veut manger un produit qui a du goût. On s’en met plein la pense avec le comté 12 mois d’affinage, une vraie merveille, mais on zappe l’amabilité des serveurs qui ne sont d’aucun conseil devant les produits rares et les prix conséquents. Chez Pos, «Produits objectivement savoureux», à part la même rigueur du devoir de saveur, c’est une histoire diamétralement opposée qui se joue dans un garage du 11e arrondissement. Pas de fioritures pour ces étals constituées de cagettes empilées. Créé par Pierre Olivier Savreux, un ancien journaliste, l’endroit a été repris par deux sœurs qui comptent porter à bien le projet du bien manger à petit prix. Un modèle pour les futures épiceries du genre.

Terroir d'AvenirEn effet, quand Terroir d’Avenir (ci-contre) pose ses valises rue du Nil, il perpétue ces positions. Dans une petite rue du 2ème arrondissement, secouée par l’arrivée de l’excellent restaurant et bar à vins, Frenchie, Alexandre Drouard et Samuel Nahon décident de fournir les restaurants parisiens en produits gastronomiques mais aussi de les vendre. Faute de place, les compères achètent trois locaux pour y établir un espace d’agriculture maraichère, une boucherie et une poissonnerie. Seulement de l’excellence. On y va pour faire rêver les copains avec des mini carottes ou des mini artichauts, mais aussi pour leurs poissons venus directement de l’Ile d’Yeu. Le choix y est original et particulièrement esthétique.

Des produits issus directement du producteur

Dans la famille des circuits courts, du producteur à l’assiette, vous ne pouvez pas faire mieux que le petit nouveau dans le monde de l’épicerie parisienne : Humphris. Vitrine verte au logo branché, l’intérieur n’en est pas moins brut de décoffrage. Le local est vide, seuls trônent les pains cuits au feu de bois de la ferme familiale d’Heurteloup. Proposant leurs produits à La Ruche qui dit oui, la famille Humphris a sauté le pas en ouvrant une boutique à Paris. Ils vendent également des légumes «faits avec amour et respect». Ici, on chérie ses petits oignons nouveaux et on arrive avec un stock réduit. La qualité plutôt que la quantité. On retiendra leur incroyable pain aux noix et aux figues qu’on accompagne d’un fromage trouvé chez La Récolte, autre jeune adresse dans la cour des bons produits. Installé dans le gourmand 17ème arrondissement de Paris, la boutique fait face à un Naturalia qui parait soudain morose. Façade bleu et rouge, La Récolte est un véritable petit supermarché. Des pâtes aux yaourts en passant par les céréales, le poisson, les fruits ou le saucisson, ici tout est bio et vient directement du producteur. Attention aux prix qui chatouillent parfois le haut du panier se rêvant épicerie fine.

Papa Sapiens

Papa Sapiens (ci-dessus) en est une, d’épicerie fine. Elle n’a donc pas peur du luxe ni des produits rarissimes qui vous font écarquiller les yeux de plaisir à chaque dégustation. Installée depuis plus d’un an dans le 17ème arrondissement, elle a ouvert une seconde adresse dans le 7ème. Dans son commerce, on scrute aussi bien la viande -celle surgelée de Polmard est à tomber- que le saumon, le fromage ou l’huile d’olive. La taille extérieure de la boutique ne laisse pas présager la richesse de la sélection. On adore voir le visage des producteurs épinglé devant leurs produits respectifs et on se régale avec le carpaccio de Polmard. On n’avait pas goûté une viande avec autant de goût, -qui plus est surgelée- depuis bien longtemps. Dans la même exigence d’excellence, on a déniché l’impeccable et récente Maison Macis située dans le même arrondissement. La superficie est gigantesque mais mise à profit avec un espace librairie. Une brillante idée pour s’attarder et boire un thé, sentir des épices et hésiter sur l’achat d’un gâteau baulois ou des produits Kalios, producteur grec dont on est baba.

En plus cool , plus déco, plus branchées, mais tout aussi savoureuses, dirigez-vous chez Causses «alimentation générale de qualité» ou bien à l’Epicerie Générale (ci-dessous). La première, belle adresse du 9ème arrondissement a fait un petit dans Le Marais. Vous auriez tort de ne pas y passer tant on aime leur création étiquetée à leur nom. C’est le supermarché des bobos du quartier mais plus que ça, c’est un vivier de légumes frais et de jambons crus atomiques... A l’Epicerie Générale, on soigne aussi la présentation, l’endroit se veut de qualité sans correspondre aux atmosphères aseptisées des grands noms de l’épicerie fine. Leurs produits sont tellement rigoureux dans la saveur qu’on se gave le midi lorsque la maison prépare des sandwichs ou des jus sains à emporter.

L'Epicerie Générale

L’épicerie fine spécialisée

IkioÉpicerie fine supplémentaire, la spécialisée. Dans ces petits coins de paradis, le vendeur a les yeux qui brillent quand il parle de son produit et l’accent de son terroir. On y va pour acheter un produit qui régalera son assistance lors d’un dîner ou par péché mignon. Impossible de ne pas citer Workshop ISSE, l’épicerie japonaise la plus pointue de la capitale. Sans oublier RAP, une épicerie fine italienne qui cache le meilleur pesto qu’on ait goûté. La charcuterie vaut les pâtisseries qui égalent les conseils précieux des vendeurs. Ikio, dans un autre genre, s’est spécialisée dans les produits grecs. Il est loin le mauvais traiteur préparant un faux tzatziki. Tout est importé de Grèce, même le Nescafé. On ne saurait oublier la Jurasserie Fine qui nous a ensorcelé de sa saucisse de Morteau. Dit comme ça, certes, vous n’êtes peut-être pas sous le charme... Mais tentez donc l’expérience. On avoue avoir craqué pour le Chavignol dont le goût nous reste encore en tête. Un lieu de délices pour qui aime les produits goûtus du Jura, du Doubs et de la de Haute Saône.

Preuve s’il en est que l’épicerie a de l’avenir, de nombreux restaurants ouvrent leur espace épicerie, trop heureux de pouvoir vendre à leurs clients les produits qu’ils mijotent en cuisine. Ainsi, Myrthe près du Canal Saint Martin vous prépare l’apéro en piochant dans les produits qu’il met en vente : ses délicieux fromages, par exemple, accompagnés d’un beurre Bordier. Nous, on part se régaler à la maison d’une boîte de sardines de l’Ile de Ré, de cornichons de Maison Marc et des gâteaux salés de la biscuiterie des Vénètes. Claus, dans le 1e arrondissement, spécialiste du brunch, se découvre aussi par le regard tant l’espace privilégie une déco pointue. L’enseigne vient d’ouvrir : «L’épicerie du petit déjeuner» où vous trouverez aussi bien le bouquet de fleurs à ramener à votre moitié que le jus de fruits, les oeufs, le chocolat en poudre ou les oranges. Un décorum délicat pour une épicerie très chic. Quoi de plus pour prouver que l’épicerie est un lieu de notre quotidien ? Les soirées Boiler Jamon peut-être qui se déroulent une fois par mois dans l’épicerie fine Seguin Gourmet. Parce que danser au milieu des fromages et du jambon, on n’imagine pas franchement mieux pour clore cette épopée du goût.

Un peu perdu parmi toutes ces adresses ? Pas de panique, voici notre petit guide de l'épicerie idéale parisienne... Version carte !

Crédits photo : Bérengère Perrocheau