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Haïku x 1936 : "L'avenir est dans la proposition artistique globale"

Haïku x 1936 : "L'avenir est dans la proposition artistique globale"

Les collectifs Haïku et 1936 allient leurs forces le temps d'une soirée, samedi. Rencontre avec trois garçons qui font évoluer la nuit.

La nuit est éphémère, itinérante, en perpétuelle évolution. C'est un des (nombreux) terrains sur lesquels s'accordent les collectifs Haïku et 1936. A l'occasion de la soirée Haïku #18 - avec target="_blank">KiNK, target="_blank">Michael Mayer, target="_blank">DJ Tennis - qui aura lieu samedi soir dans cet immense entrepôt aux confins nord de Paris - et pour laquelle on vous fait gagner des places - , Greenroom a rencontré Adrien Messié et Nadir Sayah, fondateurs de Haïku, et Benjamin, de 1936.

Pouvez-vous présenter vos collectifs respectifs ?

Benjamin : Débrouï-art, notre collectif de naissance, organisait des évènements pluridisciplinaires dans des lieux atypiques. Nos programmations n'étaient pas uniquement musicales mais intégraient des plasticiens, danseurs, acteurs venus du cirque. On s'est fait connaître en développant un format d'exposition éphémère dans un Lavomatic. C'était assez itinérant. Depuis un an et demi, on développe Lakomune, une branche du collectif focalisée sur la musique électronique. Sa particularité c'est d'être toujours dans un lieu différent dévoilé 12 heures auparavant. On a créé Tunnel, un rendez-vous bi-mensuel, en janvier 2014.

Enfin, depuis mars, on a lancé 1936 : un club éphémère qui propose des rendez-vous mensuels ou trimestriels. On a fait deux dates en mars : le 14 avec The Sound You Need, et le 28 avec l'inauguration. Il va y avoir la soirée de samedi et celle du 4 juillet qui marquera l'été 1936. Ce lieu a été crée au XIXe siècle à l'époque des Magasins Généraux, c'est là où ils stockaient des denrées. Le nom 1936 vient de la station de métro Front Populaire. On avait envie de lier le côté historique avec les loisirs, congés payés, l'émancipation. De plus, on voulait travailler avec un chiffre car on pense que c'est une identité marquante et que cela peut intriguer les gens.

Nadir et Adrien : On se connaît depuis trois, quatre ans, depuis le cirque bonheur. Naturellement, à force de se fréquenter, on a eu envie de travailler ensemble. Cela s'est imposé à nous comme une évidence. Haïku est né en septembre 2013. En japonais, Haïku est un petit poème bref. Notre collectif est une sorte de poème festif.

Comment décririez-vous vos univers ?

B. : Tout est dans les mots "Paris Electronic Warehouse". On avait envie de revenir au Warehouse londonien, au côté lieu industriel. Historiquement, avec Débrouï-art, on a pas mal travaillé dans des friches, on avait envie de l'institutionnaliser. Je définierais 1936 comme un espace de vie particulier. Le but, ce n'est pas d'arriver, de poser une scène et de balancer de la musique. On veut scénographier un espace, le rendre unique avec des installations, jeux de lumières. Cela peut se jouer à des détails : designer un bar, de manière in situ afin que cela prenne part à l'imaginaire global construit. On aime bien apporter une dimension vidéo : samedi soir, un mapping sera réalisé exprès.

N. & A. : On espère que notre univers est poétique. Festif. Graphique. Généreux. On aime bien la mixité, histoire de confronter notre clientèle de base à d'autres, faire que des gens qui ne se rencontrent pas d'habitude le fassent. On veut les sortir du quotidien, du clubbing classique. Les gens sont tellement blasés qu'il faut leur proposer autre chose !

Comment choisissez-vous les lieux de vos soirées ?

N. & A. : On a eu l'opportunité de jouer au YOYO (Palais de Tokyo). On voulait absolument inaugurer ce lieu ! On a toujours voulu que Haïku soit un projet itinérant et qu'il soit dans des endroits atypiques. Ensuite, on a fait le Rex, le Faust, l'espace Pierre Cardin ou encore la soirée Hors Format au Bourget. Au-delà de ça, on aime les endroits qui nous permettent de nous exprimer visuellement.

Depuis combien de temps officiez-vous dans le milieu de la nuit ?

N. : Environ 15 ans.

A. : Cinq ans. C'est surtout Nadir qui a les contacts. En plus c'est une belle personne ! La bonne entente qu'on a avec les artistes c'est à lui qu'on le doit.

N. : (rires). Disons que j'ai l'expérience en ce qui concerne le booking des artistes. Adrien est issu du design, il aime bien parler aux gens. C'est lui qui va les accueillir lors des soirées alors que moi je suis plus en retrait.

C'est la deuxième fois que vous invitez Michael Mayer. C'est votre chouchou ?

N. : C'est une belle personne. C'est important pour nous d'inviter des artistes avec lesquels nous passons de bons moments, une bonne soirée, partageons un bon repas. On n'a pas envie de payer des musiciens qui viennent, passent leur son, vont à l'hôtel et repartent. On aime les artistes qui sont généreux dans ce qu'ils donnent, qui ont une belle énergie. Michael Mayer est qui plus est représentatif de Kompakt et de la musique qu'on aime.

Qui sont vos autres artistes favoris ?

A. : Nous sommes proches d' target="_blank">Innervisions, Dixon et Ame, David August. Ce qui m'a marqué, la dernière fois que je les ai vus à Lost In A Moment à Barcelone, c'est que tu sens que ce sont des gens qui se connaissent depuis longtemps, il y a une énergie cool, sans le côté bling que tu peux parfois voir dans d'autres labels.

N. : On aime beaucoup les artistes de chez Kompakt, de chez Life And Death (d'où la présence de DJ TENNIS). On s'est peu à peu mis une étiquette qui correspond à cette musique. Les gens attendent par conséquent qu'on leur amène ce genre de musique.

Comment en êtes-vous venus à collaborer, Haïku et 1936 ?

A : Cela s'est fait naturellement entre 1936 et nous, je pense qu'on se suivait mutuellement, on regardait nos flyers etc. On se connaissait par line-up interposés.

B. : Je suis fan de KINK ! Je l'ai découvert il y a deux ans et je trouve que son boulot est rare. C'est une chance de pouvoir l'accueillir, de même que pour Michael Mayer. On suivait Haïku par flyers interposés; on a toujours été séduits par leur images et leurs plateaux.

Qu'attendez-vous de la soirée de samedi ?

A. : Que les gens soient contents, c'est le plus énergisant. On le sait tout de suite d'ailleurs quand ce n'est pas le cas, ils réagissent direct sur les réseaux sociaux.

N. : Que les gens s'amusent. Il faut que les gens adhèrent au projet. On ne veut pas qu'ils se rendent compte de tout le travail qu'il y a derrière.

Il y a de plus en plus d'alliances entre les collectifs. Est-ce que ce n'est pas plus compliqué niveau gestion ?

A. : C'est bien que ça reste ponctuel mais c'est un challenge. On s'apporte des idées mutuelles, sans se les piquer. L'effusion nivelle vers le haut donc les associations vont nous faire avancer. L'échange est toujours une bonne chose. On aime le partage ! L'avenir réside dans des propositions qui vont au-delà de la musique. En plus, désormais, les gens voyagent, vont à Ibiza, Berlin, Londres, ils voient d'autres choses donc lorsqu'ils reviennent il faut leur proposer un truc qui ait du niveau.

B. : A Paris il y a une grosse offre et de la demande. On a chacun une approche différente et le fait de faire converger ces approches permet à des publics de se rencontrer.

De nos jours, avec toute l'offre qui existe, n'avez-vous pas peur que le public ne sache plus vers qui aller ?

N. : Il va vite faire le distinguo. Seules les lignes éditoriales cohérentes subsisteront. L'avenir est dans la proposition artistique globale. Ceux qui vont durer sont ceux qui apporteront le côté bien-être et surprise le temps d'une nuit.

B. : Aujourd'hui, l'électro se réinsère dans les clubs. Je ne me sens pas en compétition car j'ai toujours trouvé que la concurrence était saine. Il y a des gens qui font des choses géniales comme Alter Paname.

Haiku crop

Photo d'illustration © Erwa Dean