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Marseille, une autre idée de la fête

Marseille, une autre idée de la fête

La cité phocéenne fait régulièrement irruption dans les médias pour sa délinquance exacerbée, principalement. Mais qu'en est-il de la vie, la vraie, celle faite de soirées au soleil et de réveils au bord de l'eau ? Deux ans après avoir été élue capitale européenne de la culture, que reste-t-il de ses ambitions ? Greenroom fait un état des lieux.

"On ne parle enfin plus de Marseille uniquement pour ses cigales". Si la phrase peut faire sourire, la réalité qu'elle reflète n'est cependant pas très éloignée des clichés ancrés dans de nombreuses têtes. Lorsque ce ne sont pas les insectes chantants et la douceur de vivre qui sont évoqués quand Marseille est prononcé, la ville est régulièrement associée aux faits divers en tous genres et à la délinquance qui gangrène ses quartiers populaires - quand ce n'est pas à cette série tristement culte Plus belle la vie. En somme, rarement sa culture et l'ébullition qui caractérisent la ville sont vantées. Pourtant, force est de constater que ses dernières années ont vu l'avènement d'une scène musicale indépendante florissante assortie d'une multiplication de festivals en tous genres.

A quelques encablures de la gare Marseille Saint-Charles, au beau milieu du quartier populaire de la Belle de Mai, s'érige La Friche. Montée sur plusieurs étages, cette ancienne manufacture de tabac a été réhabilitée en 1992 et héberge désormais 70 structures artistiques, qu'elles soient dans les domaines de la danse, la musique ou les arts visuels. Cet espace culturel qui abrite un restaurant, un skate-park, un cabaret aléatoire, l'ensemble surmonté d'un toit-terrasse de 7000 m2 organise des spectacles et concerts en tous genres.

friche extérieure crop

Etablissement public financé par la ville, le département et la région, La Friche insuffle de la vie dans une zone qui tombait en déliquescence. En octobre dernier, l'établissement a même ouvert un cinéma de quartier, le Gyptis, dont la façade a été conçue par l'omniprésent JR.

Il y a deux ans, lorsque Marseille a été affublée du titre (pesant) de "capitale européenne de la culture", La Friche a eu le droit à une grosse réhabilitation touchant cinq plateaux de sa structure tandis qu'au même moment fleurissaient des mastodontes de la culture tels que le MuCEM, le nouveau FRAC ou encore la Villa Méditerranée. Ce coup de pouce engendré par le titre de capitale culturelle va de paire avec une scène musicale en ébullition.

Salles indés et festivals à la pelle

Chaque vendredi et samedi, La Friche accueille des DJs sur son toit-terrasse tels que ceux de Rinse FM et s'efforce de mettre en avant une production nationale mais aussi locale. Près de cet établissement, devenu une étape obligatoire pour tout assoiffé de musique et de culture alternative, se niche L'Embobineuse, une salle de concerts qui a vu le jour en 2004 dans une ancienne usine de bobines.

l embobineuse crop

Au programme dans cette salle de petite jauge (200 places) qui a subi neuf ans de travaux "une programmation curieuse constituée de sons qui ne sont pas diffusés partout et ne sont pas dans les clous", comme l'explique Marius, un des quatre salariés. Du hip-hop, du noise rock, du rap mais aussi du rock - la salle travaille surtout avec La Grande Triple Alliance Internationale de l'Est dans laquelle on trouve notamment Jessica 93 et The Dreams.

Pour Marius, "la scène musicale à Marseille se caractérise par une très grande énergie déployée par les artistes, qui contraste avec un manque de soutien de la part des collectivités publiques". La scène y est "vivante mais se débat beaucoup et demeure donc fragile", poursuit-il. Ce dynamisme est également ce que retient Charlotte, de La Friche, qui considère qu'il y a "un vrai côté défricheur à Marseille". Et que, "contrairement à d'autres métropoles en France, les gens sont bosseurs mais pas prétentieux". Relatif Yann, de La dame Noir, une institution dont nous vous parlions il y a un an, abonde dans ce sens. Pour ce dernier, "l'offre musicale de Marseille s'est structurée et exportée au cours des deux dernières années". Ainsi, La dame Noir était à Istanbul récemment. Et Relatif Yann d'ajouter : "Les Labels marseillais - parmi lesquels Virgo Music, IRM, Modelism - se portent tout aussi bien".

Cette envie de changer l'image qui colle à la peau de la ville est ce qui a motivé l'association d'étudiants à l'initiative du Delta Festival dont la première édition aura lieu le 27 juin. Ces jeunes âgés de 20 à 25 ans ont eu à coeur de "redorer la vision du plus grand nombre sur Marseille, au-delà de la criminalité", comme nous l'explique Melody Hauwel. Outre le line-up (Milk & Sugar, Gush), le festival, qui a lieu sur les plages du Prado, comprend un village sportif, un associatif, en partenariat avec 90 associations étudiantes de la région Aix-en-Provence et Marseille, et un dernier "chill-out". Ce nouveau venu dans les festivals s'ajoute au déjà bien installé MARSATAC, au très prometteur club éphémère des Jardins suspendus, qui a lieu aux Terrasses du Port, ainsi qu'au Positiv Festival - dont c'est la quatrième édition - et au Rockisland festival - qui se démène encore pour trouver le lieu adéquat et organiser sa troisième édition. A noter également, l'Edition Festival, attendu du 11 au 14 juin. L'idée ? Investir non pas un mais quatre lieux marseillais (Le Cercle des Nageurs, le Théâtre Silvain, le Rooftop R² Marseille et un bateau pour une croisière), avec quatre organisateurs (La SAS, The Talent Boutique, Borderline et Internexterne). Côté line-up, rien à redire : le festival accueillera Daniel Avery, Get A Room!, Ghost Culture, Ibeyi, John Talabot ou encore Neneh Cherry with Rocketnumbernine, Martin Mey et Para One. Nul doute qu'avec autant de dynamisme, Marseille soit la nouvelle ville où se rendre pour découvrir les nouveaux talents musicaux ou profiter des festivals.

Photo d'illustration et première photo © Caroline Dutrey

Troisième photo © Pixxxo