Greenroom

Citizens!, fiers d’être européens : interview et playlist exclusive

Leur album European Soul n’a qu’une semaine qu’on fait déjà le bilan : avec ce deuxième disque, les Londoniens de Citizens! n’ont jamais aussi bien porté leur nom, jeunes citoyens d’Europe et heureux de l’être. 

Souvenez-vous. En 2012, quatre Anglais débarquaient avec Here We Are, un album pop en forme de boîte à tubes produit par Alex Kapranos de Franz Ferdinand. Les Citizens!, non contents de perturber tous les correcteurs orthographiques du monde avec ce point d’exclamation lancé comme un cri, ont fait danser l’Europe entière avec des titres comme « Reptile » ou « True Romance ». Alors forcément, leur deuxième album, enregistré et produit à Paris, était attendu au tournant. Toujours chez Kitsuné, les Citizens! reviennent avec European Soul, un disque pop porté sur l’ouverture à l’autre et sur l’idée originelle d’une Europe unifiée. On a discuté avec Tom Burke, le chanteur à la voix haut perchée, alors que commence tout juste leur tournée… Européenne, forcément.

Greenroom : Comment vous sentez-vous à quelques jours de la sortie de votre album European Soul ?

Tom Burke : Nous nous sentons très bien. Nous avons beaucoup travaillé sur le live en amont de la sortie de l’album, et ça y est, nous pouvons le jouer !

Pourquoi l’avoir enregistré à Paris ?

Nous aimons beaucoup nous éloigner pour enregistrer nos albums. Pour le premier, nous sommes allés à la campagne et nous avons trouvé cela très inspirant. Pour le deuxième, nous cherchions une atmosphère différente et on s’est retrouvé à Paris. On a adoré : le temps, les gens, la nourriture… Et aller déjeuner Chez Jeannette.

Pourquoi avoir signé chez Kitsuné plutôt que sur un label anglais ?

Nous avons bien sûr pensé à signer sur des labels anglais, on en a rencontré quelques-uns. Mais nous avons déjeuné avec les équipes de Kitsuné, passé l’après-midi ensemble, et nous avons beaucoup discuté et établi une belle relation très rapidement. On voulait vraiment signer avec eux après ça.

Est-ce que « European Girl » est le morceau central de l’album ?

Dans un sens oui, « European Girl » peut être considéré comme le morceau principal de l’album. Quand on l’a terminé, on a trouvé qu’il présentait vraiment bien l’esthétique du reste du disque. Cet album est en quelque sorte une chanson d’amour à l’Europe. En Angleterre, on est dans cette situation étrange où nous sommes à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe. Mais en tant qu’Anglais on a énormément de respect et d’amour pour l’Europe, autant pour l’endroit que pour l’idée générale. On a essayé de voir plus loin, de regarder ces gens qui se tournent de plus en plus vers les extrêmes, et de leur dire « n’ayez pas peur du monde qui existe au-delà de votre fenêtre » (paroles de « European Girl », ndlr.), gardez confiance et n’abandonnez pas la tolérance : l’unité est l’âme (la « soul » en VO, ndlr.) de cet endroit.

Pourquoi ne pas avoir fait appel à Alex Kapranos (le chanteur de Franz Ferdinand) pour la production, comme sur votre premier album ?

Alex était occupé à faire son propre album. On a partagé des moments géniaux en faisant Here We Are et on est resté très amis.

European Soul sonne vraiment différemment. Vous étiez déçus de la première production ?

Bien sûr que non ! On a adoré le son du premier album, mais il n’était pas prévu que l’on fasse toute notre discographie avec Alex. European Soul sonne en effet différemment. C’est difficile de retrouver exactement le même son entre les deux albums. Le premier a été enregistré à la campagne, dans le studio d’Alex en Ecosse. On a enregistré cet album à Paris. C’est quelque chose qui ne dépend pas de nous, mais bien d’un endroit et d’un moment.

C’est un album très joyeux…

Quand nous avons sorti Here We Are, on a été embarqué dans un moment incroyable de nos vies, nous étions sincèrement heureux : on n’a pas voulu mentir à propos de ça et fabriquer des chansons tristes parce que c’est ce qu’on attend de nous. On essaye d’être sincère et écrire un album sur des états d’esprit que l’on avait réellement. Et je pense que la joie et l’optimisme peuvent être tout aussi profonds que la mélancolie ou le pessimisme. Encore plus quand tu es quelqu’un de mélancolique : autant profiter au maximum quand la joie débarque dans ta vie ! On savait que ça allait être quelque chose qu’on allait nous reprocher, beaucoup de gens ne sont vraiment heureux que quand ils écoutent de la musique à propos de choses très tristes. Mais non. On ne sait pas où on sera pour le prochain album et s’il y en aura un. Autant en profiter tant qu’on est là.

Qui est-ce qui représente le plus l’European Soul pour vous ?

Nous avons essayé de relever un challenge qu’Alex nous a lancé au moment du premier album. On était connu pour être éclectique. Et il nous a dit : « si vous arrivez un jour à inventer votre propre style de musique et à lui donner un nom, ce serait un accomplissement génial ». C’est ce qu’on essaye de faire avec European Soul. Donc les représentants de ce genre… C’est nous !

Cela dit, les Citizens! ne sont pas dénués d’influences diverses et variées. Ils injectent, tout au long de l’album, quelques notes et couleurs de la soul américaine à leur pop anglaise. Alors quand on a demandé à Tom et sa petite bande de nous concocter une playlist, Ray Charles côtoie David Bowie ou Hot Chip. Une sélection parfaite pour un album à la croisée des continents :