JE RECHERCHE
Le business est-il l'avenir du rap ?

Le business est-il l'avenir du rap ?

Les rappeurs sont devenus en l'espace de quelques années des entrepreneurs comme les autres. Voire meilleurs.

Se contenter de faire du rap serait-il surfait ? Depuis quelques années déjà, les rappeurs outre-Atlantique ne se limitent plus à pousser la chansonnette mais brillent également dans le monde de l'entreprise. Patrons de labels, créateurs de marques de vêtements ou d'accessoires en tous genres, actionnaires dans des marques de boisson, ces chanteurs pour la plupart issus de classes sociales défavorisées sont devenus les symboles d'une réussite à égaler. Si le modèle de leur ascension contamine petit à petit les rappeurs français, il se fait en revanche plus discret dans l'Hexagone.

Récemment, le lancement par Jay-Z de sa propre plateforme de streaming musical, Tidal, nous a rappelé que le rappeur américain était avant tout un homme d'affaires hors pair. Sa fortune est estimée à 520 millions de dollars soit près de 480 millions d'euros selon le magazine Forbes. Sa formule "I'm not a businessman, I'm a business, man" chantée aux côtés de Kanye West dans le morceau "Diamonds From Sierra Leone" a été reprise à l'envi pour parler de la fulgurante carrière d'entrepreneur de cet ancien dealer.

Parfums, mode et label

Le parcours de Shawn Carter incarne en tous points celui d'un self-made man et en deviendrait presque cliché. Issu du quartier populaire de Bedford-Stuyvesan à Brooklyn (New York), Jay-Z a vendu en l'espace de quelques années des millions de disques et surtout pris la tête de dizaines d'entreprises : il crée sa marque de vêtements Rocawear (dont la revente, en 2007, lui permet d'empocher près de 188 millions d'euros) en association avec Damon Dash, s'improvise patron de label en lançant Roc Nation en 2008 - sur lequel sont notamment signés Rihanna, Rita Ora et Wardell, groupe indie-folk qui compte les enfants de Steven Spielberg -, devient actionnaire minoritaire d'une équipe de basket de NBA, les Nets du New Jersey, et cofondateur de la chaîne de clubs 40/40.

On passe sur toutes ses autres entreprises de cigares, boissons, parfums, sports. Jay-Z est également le coproducteur de la version cinématographique de la comédie musicale Annie, sortie le 25 février. Ironie du sort, lorsqu'il avait onze ans, c'est grâce à la reprise d'un des morceaux d'Annie - qui deviendra le succès planétaire "Hard Knock Life" - que Jay-Z s'est fait connaître.

"C’est un véritable homme d’affaires qui trouve un moyen de faire de l’argent avec tout ce qu’il touche", explique Zack O’Malley Greenburg, journaliste à Forbes. "Sa stratégie a généralement été de lancer ses propres produits et sociétés, puis de les inclure dans ses œuvres pour s’enrichir lui-même plutôt que d’autres", poursuit le journaliste également auteur d'une biographie non officielle du chanteur. A l'image de l'autoproclamé "Warren Buffett Noir" et mari de Beyoncé, Kanye West peut également s'enorgueillir d'avoir une carrière de businessman bien fournie. A la tête d'une marque de prêt-à-porter, l'auteur de "Heartless" vient de présenter sa collection, réalisée en collaboration avec Adidas, lors d'un défilé dans le cadre de la Fashon Week à New York. Au premier rang de ce défilé ? Jay-Z et Beyoncé, Rihanna, la redoutée rédactrice en chef de Vogue, Anna Wintour, et le designeur Alexander Wang. En toute simplicité.

Avant eux, le grand et désormais quinquagénaire Dr Dre a montré qu'il gérait les affaires d'une main de maître. Après avoir créé sa propre marque de casque audio et enceintes, Beats Electronics, celle-ci a été rachetée par Apple pour la modique somme de trois milliards de dollars, près de 2,8 milliards d'euros, l'année dernière. Outre le fait de lancer les carrières de rappeurs qui deviendront ensuite les plus talentueux de leur époque, Eminem et 50 Cent en tête, Dr Dre a produit moult albums dont ceux de Snoop Dog et Kendrick Lamar. Originaire de Compton, dans la banlieue sud de Los Angeles et dont la réputation violente n'est plus à faire, Dr Dre a cocréé son propre label en 1991, Death Row Records. Un label qui a généré près de 700 millions d'euros de recettes. A cette liste, non exhaustive, de rappeurs devenus businessmen on pourrait encore ajouter Pharell Williams, "Happy" dans ses titres et en affaires, ou encore Snoop Dog - et sa marque de cigare Executive Branch - mais ce serait sans compter les rappeurs français.

Et en France ?

Les rappeurs américains ont toujours plus ou moins fait office de modèles pour leurs semblables français, et leur côté entrepreneurs ne semble pas faire figure d'exception. Joey Starr a par exemple créé dès 1998 la marque Com8 (Come-Eight )avec deux associés. Elle a pu bénéficier à ses débuts de la promotion assurée par les deux membres de NTM.  Quelques années plus tard, en 2004, Booba a lancé sa marque de vêtements streetwear Ünkut. Dans une interview accordée aux Inrocks, le rappeur exilé à Miami depuis des années confesse : "Des rappeurs comme Jay-Z ou P. Diddy m’ont montré que c’était possible de lancer une marque de vêtements, de diversifier ses activités tout en continuant à faire du rap".

Dans la même lignée, même si détesté par ce dernier, Rohff a lancé sa marque de vêtements, Distinct, aux côtés de son frère Ikbal et d'Alain 2 L'Ombre. Récemment, il vient d'annoncer le lancement de sa marque de smartphones, en association avec Danew. Plus rien ne semble arrêter les rappeurs de plus en plus focalisés sur les affaires. Au détriment de la musique ?