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Mais qui est donc Superpoze ?

Mais qui est donc Superpoze ?

Son premier album Opening est sorti ce lundi 6 avril : on a essayé de savoir qui était Superpoze, ce "petit prodige caennais d'à peine vingt ans"... Ou pas. 

"J'ai hâte de voir ce que les gens vont en penser". Voilà l'état d'esprit d'un Superpoze heureux vingt-quatre heures après la sortie de son premier album Opening. Une impatience très à-propos : portant bien son nom, Opening marque une ouverture de Gabriel Legeleux à un univers beaucoup plus vaste. Au long des huit titres, il abandonne en partie le style electro-hip-hop-beatmaking qui l'a fait connaître pour un album contemplatif, entre ambiance feutrée et méditation. Et c'est une réussite, Superpoze signant un premier disque vite qualifié de "mature". On dira plutôt "osé", à l'heure où beaucoup de jeunes producteurs cherchent à plaire avant tout aux clubbeurs.

"J'espère simplement que les gens vont quand même faire le lien entre mes deux EPs et cet album. On y retrouve la même sensibilité harmonique et des recherches mélodiques que je développe depuis mes premiers morceaux. Par contre, j'ai conscience que la différence est énorme dans les structures : je n'ai pas cherché cette fois à faire des constructions pop avec couplet-refrain, c'est plus progressif", précise-t-il. Pas question pour Gabriel de se répéter : "Si j'avais fait un Opening qui ressemblait à mes premiers EPs, je me serais senti enfermé. Et puis on a bouffé du beatmaking sur SoundCloud à ne plus en pouvoir et je n'avais plus envie de faire ça même si j'en écoute chez moi et que j'ai plein d'amis qui en font. Mais attention, je ne dit pas que j'ai fait cet album en opposition, je l'ai fait parce que j'en avais vraiment envie". L'envie. Avec "libre", c'est peut-être le mot qui revient le plus souvent quand on parle musique avec Superpoze. Et même quand on l'interroge sur Kuage : au tout début de ce projet partagé avec Adrien de Concrete Knives, les médias n'étaient pas vraiment autorisés à préciser que Gabriel et Adrien étaient derrière tout ça. L'anonymat comme émancipation : "On voulait être libre de faire des sons très différents de ce qu'on peut faire dans Superpoze ou Concrete Knives".

Liberté, liberté chérie : Superpoze applique cette ritournelle à ses productions, mais aussi à ses passions. "J'aime la peinture. J'ai été très vite passionné par Magritte puis par le surréalisme en général. Il y a une sensation qui me fascine et que j'ai retrouvé dans la musique : un tableau de Magritte a des éléments du réel et quelque chose qui t'en fait sortir. Et la musique c'est ça, du son, des harmonies connues, qui font appel à des coutumes (en Europe occidentale, on aime tel type d'accords parce que ça fait partie de notre culture, avec douze demi-tons dans nos gammes, alors que dans d'autres pays ils ont des quarts de ton). C'est très concret et réel, mais on arrive à en sortir", raconte l'ancien étudiant en histoire tweetant parfois des tableaux de Mondrian.

Dans la même idée, Opening est libre, il peut tout évoquer. Certains y voient de l'obscurité, d'autres un album très solaire. Quoiqu'il en soit, avec des titres comme "North", il y fait frisquet : "Le Grand Nord est quelque chose qui m'a toujours fasciné, c'est dans mon imaginaire depuis l'enfance. J'ai l'impression que les endroits les plus déconnectés de la Terre sont au nord. J'ai toujours eu cette thématique, en titrant des morceaux comme 'The Island Sound', 'Transylvania', 'On The Cold'... En fait ce que j'aime c'est le soleil d'hiver, être à la plage et qu'il fasse un temps magnifique mais très froid", précise-t-il, encore émerveillé par un voyage en Norvège. "C'est peut-être parce que j'ai grandi sur les plages normandes", finit-il par lâcher dans un rire.

On lui en parle souvent de la Normandie, comme à son grand copain Fakear ("ça va nous suivre toute notre vie !"). Gabriel Legeleux, silhouette et visage fins, cheveux en bataille, est né à Caen il y a vingt-deux ans -- presque vingt-trois. Une chance à l'entendre : puisqu'il ne se passait pas grand-chose au niveau musical quand il a commencé à composer au lycée, il n'y avait pas beaucoup de pression ou de cercles déjà établis à séduire. Sa vie de jeune Caennais ? "Calme", répond-il, plutôt laconique quand on arrive aux questions personnelles. "Je sortais au Cargö et à la galerie Oh ! (aujourd'hui rebaptisée Gâteau Blaster, ndlr). C'est une petite galerie comme on en trouve des milliards à Paris... Mais il n'y en avait qu'une seule à Caen. Fulgeance et sa bande y organisaient des concerts". Fulgeance, c'est peut-être l'artiste qui a donné envie à Superpoze d'acheter ses premières machines et de composer avec un ordinateur -- en parallèle avec un très court essai dans le rap, une marotte de lycéen.

Superpoze_0193Avant cela, c'était le conservatoire, pendant sept ans, sur de "vrais" instruments : les percussions. S'il avoue que tout ce qu'il a appris dans ces classes doit certainement lui servir aujourd'hui, cela fait quelques temps que Gabriel a claqué la porte du conservatoire. "J'ai arrêté au moment où, pré-adolescent, tu te rebelles contre les institutions et l'académisme. Je ressentais le conservatoire comme un endroit où on formait des interprètes, assez peu de créateurs", explique-t-il, en précisant bien sûr qu'il existe des compositeurs géniaux issus de cette école. En soit, un parcours assez classique. Mais on lui en parle tout le temps, au même titre que ses origines normandes et, surtout, que son jeune âge : "j'ai eu 'à peine vingt ans' assez longtemps dans les articles !", s'amuse-t-il. Mais, selon lui, il va falloir s'habituer à parler d'artistes de 18 ou 19 ans : "il y a dix ou quinze ans, les jeunes montaient des groupes de rock. Aujourd'hui, tout le monde a Ableton et fait des productions, ça me paraît à peu près normal. J'ai commencé un petit peu avant la vague et en étant plus jeune, c'est tout. En plus, j'ai sauté une classe quand j'étais petit, j'ai l'habitude d'être le plus jeune !".

A part ça, difficile d'écouter Superpoze parler de lui pendant de longues minutes : le jeune caennais (combo de qualificatif !) n'aime pas trop évoquer son propre caractère ou ses ressentis personnels. Aujourd'hui, il est "heureux" -- ce qui est déjà pas mal --, point. Par contre, s'il devait remercier des gens pour cet Opening réussit, Gabriel ne manque pas de mots : "Je voudrais remercier Dream Koala à qui j'ai fait écouter les premières démos de l'album. Quand j'étais dans le doute, et que je lui disais 'mais c'est bizarre ça, c'est pas du Superpoze', il me répondait 'mais t'es un ouf, c'est mille fois meilleur que tout ce que tu as jamais fait'. Je voudrais également remercier ma sœur et ma famille en général chez qui j'ai squatté à gauche et à droite en faisant cet album. J'aimerais bien dire merci à mon producteur, mais... C'est moi. Je trouve ça cool de citer son producteur dans les discours comme ça. Donc je me remercie moi à la production". Nous aussi on le remercie.