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Le Parkour trace sa route

Le Parkour trace sa route

Alors que la ville de Paris s’apprête à ouvrir courant juin un espace entièrement consacré au Parkour, Green Room Session a décidé de s’intéresser de plus près à cette discipline urbaine. Classée sport extrême, elle fait de plus en plus d’émules. Nous avons rencontré pour l’occasion le collectif Hit The Road, traceurs de référence, histoire de prendre un peu de hauteur sur le sujet.

Créé fin des années 80 par le français David Belle, popularisé début 2000 par le film Yamakasi du duo Ariel Zeitoun/Luc Besson, il aura fallu attendre 2015 pour que la ville de Paris ouvre un espace entièrement dédié à ce sport extrême communément appelé Parkour. Athlètes du mouvement, traceurs ou freerunners, les appellations de ses pratiquants varient mais la discipline, elle, reste la même. Son principe est a priori simple puisqu’il s’agit de relier un point A à un point B en un temps record. Encore faut-il respecter les règles du jeu, à savoir : user et abuser de ce que le paysage urbain ou naturel met à votre disposition pour atteindre l’objectif. Ainsi, les toits et les rues des villes deviennent un terrain de jeu absolu. Courir, sauter, escalader, rouler devient une façon "évidente" de se mouvoir dans le quotidien des pratiquants.

Représentants de l’actuelle génération de traceurs, Clément, Paul, Léo et Nico, les quatre membres du collectif Hit The Road (qu’ils traduisent volontiers par "frappe la route"), nous le confirment : "Le Parkour permet de renouer avec ses instincts, de se réapproprier ses droits fondamentaux à la liberté de mouvement, en usant de tous les supports possibles et imaginables, mis (in)directement à votre disposition. La rue devient une salle de sport. Tout est prétexte à un bon saut. Grâce au Parkour, les murs se franchissent et n’enferment plus. Les barrières sont pour nous synonymes de tremplins et non de limites."

David Bell, le pionnier de la discipline, a d’ailleurs coutume de dire : "Tout le monde peut faire du Parkour. Le Parkour existe dès le moment où il y a un obstacle devant vous et que vous êtes obligés d’utiliser vos membres pour le passer." Ce que les freerunners d’Hit The road confirment à leur manière : "Comme tous les gosses on grimpait, on sautait partout… On pratiquait aussi des sports plus classiques (escalade, arts martiaux) mais les horaires fixes et la compétition, ce n’était pas pour nous. Quand on a on a découvert le Parkour grâce aux premières vidéos circulant sur le net, cela a été comme entrevoir une brèche dans le carcan qui nous sclérosait malgré nous. Le parkour, pour nous, c’est une recherche de soi à travers la maîtrise du risque. C’est un art de l’instant qui oblige à une remise en question à chaque saut. Les peurs vaincues nous rendent meilleurs. La persévérance et la détermination dans l’effort sont essentiel, la curiosité aussi… des qualités psychiques avant tout. Certains ont plus de chance que d’autres quant à leurs capacités physiques initiales, mais comme dans toutes disciplines, cela se travaille."

Un toit haut perché, un conduit de cheminée, une gouttière à escalader ou une grue de chantier deviennent un terrain de jeu pour ces adeptes de la pirouette. Pourtant, ce sport exceptionnellement physique autant qu’incroyablement visuel, est, paradoxalement, extrêmement contrôlé. Ce qui est d’apparence non codifié, est en réalité extrêmement maîtrisé par ses pratiquants. Derrière cette impression de facilité, l’extrême agilité et l’étonnante légèreté des traceurs se cachent des heures d’entrainement durant lesquels les mêmes mouvements sont sans cesse répétés, travaillés jusqu’à être parfaitement maîtrisés. "Notre but est d'approcher nos limites, pas de les franchir", explique avec sagesse les membres d’Hit The Road qui vont au-delà de la performance, puisqu'ils sont aussi modèles, cinéastes, réalisateurs, photographes.

Consciente que le Parkour était une pratique sportive séduisant de plus en plus de monde, la ville de Paris a décidé de leur dédier un lieu entier. Le futur Centr’Halles Park, proposera un espace adéquat aux professionnels comme aux amateurs. Plus de 400 m2 au sol et une hauteur sous plafond avoisinant les 10 mètres, le tout niché au cœur de la capitale, dans les anciennes serres tropicales du Forum des Halles. A priori, l’idée de concevoir un espace fermé, normé, pour y enfermer un sport d’extérieur, basé sur l’instinct peut sembler contradictoire, pourtant, selon la municipalité et le bureau d’études "Récréation Urbaine", qui a porté le projet et est à l’origine de nombreux skate parks, le complexe sera "une salle d’entraînement, d’initiation et de formation au Parkour. L’équipement répondra aux besoins des traceurs, amateurs ou professionnels. Il offrira un large éventail de combinaisons de mouvements (…) et un pratiquant confirmé pourra traverser toute la salle et 'tracer sa ligne' en utilisant l’ensemble des éléments."
En d’autres mots, Centr’Halles Park devrait être le spot idéal pour pratiquer son art et laisser s’exprimer ses performances physiques, en toute sécurité.

Centr’Halles Park, Forum des Halles, entrée Place de la Rotonde, Paris 1er, ouverture en juin.

Texte Julie-Anne Amiard
Photos © Romain Bourven - www.ro-photo.fr / © SemPariSeine/Franck Badaire