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De Madonna à Kurt Cobain, Jean-Paul Gaultier sous toutes les coutures

De Madonna à Kurt Cobain, Jean-Paul Gaultier sous toutes les coutures

Une exposition consacrée à Jean-Paul Gaultier, "l'enfant terrible de la mode", ouvre ses portes demain au Grand Palais et ce jusqu'au 3 août. L'occasion de revenir sur les aspects méconnus de sa carrière.

"Vous êtes un vrai designer quand les gens reconnaissent vos vêtements sans même regarder l'étiquette. C'est le cas pour Jean-Paul Gaultier". "L'enfant terrible de la mode", qui à ses débuts n’hésitait pas à composer des robes avec des matériaux de récupération et à réaliser des bijoux avec des boites de conserves, était loin de se douter que Pierre Cardin prononcerait un jour ces quelques mots à son égard. C'est dans son studio que Jean-Paul Gaultier a fait ses premiers pas en devenant son assistant en 1970, avant de devenir le créateur préféré du monde de la musique et du cinéma. Même Kurt Cobain a porté ses vêtements. Loïc Prigent lui consacre un documentaire, Jean-Paul Gaultier travaille, diffusé sur ARTE mercredi prochain.

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Plus de 45 ans après, le styliste coiffé de sa sempiternelle brosse de cheveux blancs argentés était, de même, loin d'imaginer qu'une exposition lui serait consacrée au Grand Palais à Paris. Malgré les 336 pièces présentées, dont 175 ensembles accessoirisés, Jean-Paul Gaultier se refuse d'y voir une rétrospective mais la considère plus volontiers comme son plus grand défilé. Cette exposition itinérante, créée en 2011 a Montréal, a déjà séduit près d'un million et demi de visiteurs, entre San Francisco et Londres, en passant par Stockholm. Pour sa dixième halte, à Paris, l'exposition se dote de créations inventées pour l'occasion. Des mannequins interactifs, des coiffures signées par la spécialiste Odile Gilbert, de nouveaux croquis et photos sorties des archives...Un hommage à la hauteur de l'artiste qui annonçait en septembre dernier qu'il arrêtait le prêt-à-porter...pour se consacrer uniquement à la couture et aux parfums.

Sacs poubelles et boîtes de conserves

Une annonce surprenante pour celui qui fait partie de ceux que l'on appelait, dans les années 80, les "créateurs", aux côtés de Thierry Mugler, Claude Montana ou encore Azzedine Alaïa, connus principalement pour se construire sur le prêt-à-porter et non la couture. Dans une interview accordée aux Inrocks, Jean-Paul Gaultier argumente ce choix : "C’était ( le milieu du prêt-à-porter ndlr) un espace de liberté et ça n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Autrefois, on pouvait débuter avec rien, comme je l’ai fait. (...) Maintenant, le système a changé. La presse de mode est entièrement réglée par les annonceurs, qui sont des marques de mode – ce qui était impensable dans la presse des années 70. Tout est faussé. Les plus visibles sont ceux qui annoncent le plus, il n’y a plus d’espace pour la découverte."

La liberté se place pour Jean-Paul Gaultier comme un idéal, tout simplement car elle a depuis le début régi sa vie. Loin d'être prédestiné à une carrière dans la mode, Jean-Paul Gaultier, né en 1952 à Arcueil (Val-de-Marne) découvre ce milieu au détour du film Falbalas, de Jean Becker. Avec l'aide de son compagnon, Francis Menuge, il fonde sa propre marque de prêt-à-porter seulement 24 ans plus tard. Sans-le-sou, il déniche la plupart de ses matières au marché Saint-Pierre, confectionne ses costumes avec des boîtes de conserves, boules de thé, tampons récureurs et fabrique des sacs à main à partir de cendrier.

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Hybride

Cette volonté d'amener l'inattendu dans le monde plutôt convenu de la mode fait partie de l'ADN du créateur. "A part la coque médiévale et le soutien-gorge, les vêtements n'ont pas de sexe", assurera t-il. Le soutien-gorge, pièce vedette du couturier, se déclinera à l'envi, en papier journal porté par son ourson d'enfance, jusqu'au fameux corset sous toutes ses formes, notamment celui créé pour Madonna. "Pour moi le corset est un vêtement en soi, que je mets par-dessus plutôt que de le cacher dessous, pour obtenir la silhouette que je désire. Quand on le détourne de sa fonction initiale, le corset devient un symbole de pouvoir et de libération sexuelle", expliquera Madonna.

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En 1978, Jean-Paul Gaultier n'hésite pas à publier une petite annonce dans les pages du quotidien Libération pour recruter des mannequins. "Créateur non conforme cherche mannequins atypiques. Gueules cassées ne pas s'abstenir". Il sera le premier à faire défiler une top modèle d'origine maghrébine, en la personne de Farida Khelfa, qu'il compte depuis parmi ses muses. Il fera également appel à des mannequins en surpoids ou âgées, en somme, tout ce qu'un public de défilé n'avait pas pour habitude de voir.

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Culture populaire

Evoquer le nom de Jean-Paul Gaultier, c'est évidemment penser corset et marinière mais s'arrêter là serait plus que réducteur. Le styliste est le premier à avoir fait une utilisation chic du jean, à extirper le mouvement punk de la rue pour lui accorder une place sur scène. Mais surtout, Jean-Paul Gaultier a flouté les frontières de la culture populaire en l'invitant dans ses défilés. Il n'a pas hésité à créer des vêtements portés par Beyoncé (cf photo ci-dessous), Kurt Cobain, Mylène Farmer, Björk, Catherine Ringer, Boy George, Depeche Mode, Kylie Minoque, Lady Gaga et... l'accordéoniste Yvette Horner. Couturier du rock, Gautier a aussi été musicien lui même en sortant en 1988 le single, précurseur de la scène house, "How To Do That" dont le clip magnifique était signé Jean-Baptiste Mondino.

"Ce qu'il y a d'enfant terrible en moi tient plutôt à ma manière de travailler et de m'amuser ensuite avec le fruit de mon travail lors de mes défilés, ce qui brouille les pistes, confie Jean-Paul Gaultier. Avant de poursuivre : "Je ne cherche pas à provoquer : j'essaie de refléter ce que je vois et ce que je perçois autour de moi". Une chose est sûre : le créateur a su saisir avec minutie son monde assurément protéiforme.

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