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Louisahhh!!! : "Je suis une reine guerrière !"

Louisahhh!!! : "Je suis une reine guerrière !"

La jeune chanteuse, DJ et productrice Louisahhh!!! repérée en 2011 par Brodinski a sorti il y a quelques semaines un nouvel EP, Friction, avec Maelstrom chez Bromance. L’occasion de la rencontrer.

Elle a les cheveux courts à la garçonne, une frange qui lui donne un côté mutin lorgnant du côté de Louise Brooks. Et cette voix grave qui se déploie sur des morceaux deep house dont une nouvelle livraison est arrivée fin février avec l’EP Friction, composé avec le Français target="_blank">Maelstrom. Il y en a du chemin parcouru entre cet opus que l'Américaine Louisahhh!!! (Louisa Pillot de son vrai nom) dit plus "mature" et son premier succès en entonnant en 2011 "Let the beat control your body", sur le titre du même nom signé Brodinski.

Celle qui ne veut pas être réduite à une "techno voice" a pris de l’assurance depuis ses débuts de DJ dans de minuscules salles de New York. Et a trouvé sa famille de substitution avec Bromance. C’est dans la cave de leurs locaux qu’on l’a rencontrée pour parler électro, rébellion et vie parisienne.


Comment tu te sens quelques semaines après la sortie de ce nouvel EP ?

C’est assez amusant, parce qu’en général il y a quelque chose de l’ordre du blues "post sortie". Sur le moment, je suis là à dire "Mon dieu, je l’ai fait, j’ai fait cet EP !", pour moi c’est incroyable mais les gens passent rapidement à autre chose. Parce que le monde continue de tourner ! (rires)

Justement, comment tu as vécu la réception de Friction ?

Là, les retours sont très différents parce qu’en jouant les tracks en club j’ai vu que les gens connaissaient les chansons, avant même la sortie, notamment grâce à une super promo et parce que le public fait plus attention à mon travail maintenant. Et quand tu vois que ta musique plaît, tu te sens un peu comme un parent qui se dit que son bébé a réussi. (rires)

Et comment a grandi le "bébé" ces dernières années ?

Mon travail avec Maelstrom a clairement évolué, notre communication est encore meilleure, nous sommes vraiment sur la même longueur d'onde. Ce qui est bien ce que nous ns'avons pas de recettes ou de routine de création. Pour "Body Music" par exemple, je me suis réveillée avec l’idée de cette chanson, je lui ai envoyé et il a travaillé autour. Et ensuite ce sont des allers et retours pour finir le morceau, l'améliorer, parce qu’on travaille à distance.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Brodinski a suggéré qu’il m’aide pour mon premier EP, Transcend (2013,ndlr). Le jour où je suis arrivée France, je suis allée directement chez lui : "Je suis là !". Je suis restée avec lui une semaine, avec sa femme, ses enfants et sa mère. C’était la meilleure manière de faire connaissance avec le pays ! Au fur et à mesure, on a évolué chacun de notre côté dans notre travail, ce qui a permis de nous diriger vers une techno plus adulte quand on s'est retrouvés pour Friction, plus concentrée autour d’une énergie qui structure les morceaux.

Tu préfères travailler en collab’ ?

J’ai été habituée à bosser avec des gens et je trouve cela très gratifiant la plupart du temps. Je suis encore en train d’apprendre à fonctionner de manière plus autonome, en solo. D'ailleurs, la musique sur laquelle je bosse seule a une sensibilité beaucoup plus pop, un peu plus mainstream et mélodique. C'est bien de pouvoir alterner entre ça et une techno plus underground.

Tu vis à Paris depuis quelques temps. C'est mieux pour travailler ? 

Oui, la ville est petite et donc beaucoup plus praticable. New York c’est dur, à LA tout est en train de se casser la figure et c’est difficile de motiver les gens pour faire des choses ensemble. Ici tout le monde partage des bureaux ou des studios parce qu'il n'y a pas assez de place (rires) ! Cela encourage le partage, ça permet aussi de se recréer une famille, une communauté. Et puis, en Europe il y a un public qui a vraiment faim de musique électronique, avec des jeunes très excités par la dance music. C’est un endroit merveilleux pour apprendre à être DJ. Et pour jouer.

Et chanter, ça a toujours été évident ?

Non c’était même très effrayant au début, parce que cela me rendait particulièrement vulnérable. Et l’enjeu était aussi de rendre les textes signifiants donc j’avais besoin que quelqu’un m’encourage dans cette voie. Et là, Louis m’a demandé d’écrire le texte de "Let The Beat Control Your Body". Mais j’ai toujours écrit et chanté, et tous mes héros sont des chanteuses comme Shirley Manson (Garbage, ndlr), Debbie Harry (Blondie, ndlr), Patti Smith, Chrissie Hynde (The Pretenders, ndlr)... ce genre de femmes fortes.

Tu penses qu'il faut être d'autant plus forte quand on évolue dans le milieu ?

Cela m’a pris du temps de savoir qui j’étais en tant que femme et d'arrêter d’essayer de copier le comportement des garçons. Mais j'ai compris que la féminité pouvait être très puissante. Par exemple, j'ai vu Planningtorock sur scène et... elle est incroyable ! C’est une telle femme, une déesse. En la voyant, je me suis dit "Waouh, la femme c’est le pouvoir!". Et moi aussi quand je joue, je suis une reine guerrière. (rires)